Nouveau centre national d’entraînement

Montpellier, nouveau joyau

L’idée avait germé en 2011, le projet a longtemps mûri et aujourd’hui, le voilà qui sort de terre. Locataire pendant 18 ans des murs du pôle France de Montpelier, le karaté français s’est doté d’un nouveau pôle France – dont il est désormais propriétaire – pour accueillir l’élite nationale. Coup de projecteur sur cette nouvelle structure et ceux qui auront la charge d’en assurer le fonctionnement.

Antoine Védeilhé

1995. Le premier pôle France de karaté labellisé par le Ministère des Sports ouvre ses portes et c’est sur l’avenue de Palavas, à Montpellier, que l’élite nationale, sous l’impulsion de Thierry Masci, pose alors ses valises. Dix-huit années ont passé pendant lesquelles le karaté français a parfait son apprentissage du haut-niveau et des moyens à mettre en œuvre pour pouvoir rayonner dans le paysage du sport français. Dix huit années dont l’une d’elle, 2012, avait été depuis longtemps marquée au fer rouge par les instances dirigeantes de la FFKDA et qui restera à jamais gravée dans les mémoires des amoureux du karaté. 2012, c’est bien sûr le souvenir d’un palais omnisports de Paris-Bercy archi-comble pendant cinq jours pour vivre l’apothéose d’une équipe de France intouchable, installée à jamais au Panthéon. Mais, après l’aventure humaine et sportive, l’année 2012 restera aussi comme le début d’une nouvelle ère pour le karaté français. En lançant en septembre dernier les travaux de construction d’un nouveau pôle France, dont la Fédération sera propriétaire, Francis Didier, le président de la FFKDA a fait étalage de ses ambitions. En se dotant d’une telle « hyper-structure », creuset des champions de demain, la fédération française se veut visionnaire. Née dans les esprits à la fin de l’hiver 2011, ce nouveau pôle arrive à un moment charnière de l’histoire du karaté français et même au-delà. « Avec le karaté inscrit sur la short-list des disciplines olympiques pouvant intégrer les Jeux de 2020, cette construction sonne comme une anticipation et le reflet d’une fédération qui avance sans cesse » explique Francis Didier. Toujours boudé par les médias, le karaté, après Bercy 2012, montre une nouvelle fois qu’il est capable de se doter des moyens de ses ambitions. Construire du neuf pour façonner de nouveaux champions : tel est l’objectif de ce renouveau. 3 700m2 de terrain, 1400 m2 d’enceinte, 700m2 de tapis, la FFKDA a frappé fort et étalera dès le mois de juin et après neuf mois de travaux, son nouveau visage au moment où une vague de jeunes, façonnée dans les murs de l’avenue de Palavas, s’apprête à prendre la relève en équipe de France. Le chemin pour 2020 se fera avec eux. Et c’est toujours à Montpellier que ça se passe, là où tout a commencé.

« Des locaux à l’image de la FFKDA »

Marie-Pierre Gatto*. Celle qui travaille depuis dix ans à la FFKDA va prendre la tête de l’administration du pôle dans un mélange d’enthousiasme et de fierté.

« Je suis ravie de déménager. Aujourd’hui, la fédération va travailler dans des locaux qui sont enfin à son image ce qui n’était pas le cas avant avec un bâtiment désuet, vétuste. Ce pôle est représentatif de la FFKDA . À Bercy, nous avons fini première nation, nous étions donc dans une belle dynamique pour changer d’environnement. Je me suis beaucoup investie dans le suivi du chantier depuis le mois de septembre. C’est une fierté d’avoir pu participer à ce projet, ça m’a beaucoup enrichie. Le président m’a confié l’habillage du site. J’ai choisi, en concertation avec lui, de doter l’enceinte d’une partie en bois car c’est sobre, à l’image du karaté : élégant. Dans la décoration, j’ai voulu des matériaux nobles. À l’intérieur il y a du verre, du bois, du béton ciré… Ce pôle va nous donner une reconnaissance et permettre au karaté d’être vu et reconnu. Avant, les gens ne savaient même pas qu’il y avait une antenne de la FFKDA à Montpellier. Là, nous sommes installés dans une zone en plein essor. Je suis fière d’emménager dans des locaux qui ont été construits pour nous, pour le travail que nous faisons. Le slogan de la ville c’est : “Montpellier, la ville qui fabrique des champions”. Désormais, le karaté est à la hauteur. » * Directrice administrative

« Du fonctionnel, pas d’ostentatoire »

Associé du cabinet Rio-Chrétien, l’architecte Jérôme Chrétien a dessiné et façonné la nouvelle place forte du karaté tricolore. Habitué des gros chantiers, l’homme assure avoir livré à la FFKDA « une belle réussite ».

« La demande de la Fédération française de karaté était relativement précise à savoir : du fonctionnel, et pas d’ostentatoire. Le budget consacré à la réalisation était serré. La qualité de ce projet c’est donc d’avoir pu faire une prestation de qualité avec des moyens réduits. Le projet s’est axé sur un grand dojo qui constitue la moitié du bâtiment. La façade est en aluminium avec des volumes simples en extérieur, habillés de bois. La force de ce pôle aussi c’est que ce n’est ni un gymnase, ni un bâtiment public et pourtant, il peut accueillir de très nombreuses personnes. Une partie de l’enceinte donne aussi sur les jardins. C’était une demande de la FFKDA qui s’est conjuguée avec l’une de nos volontés à savoir une construction aérée, qui s’ouvre sur l’extérieur. D’habitude, notre cabinet travaille plutôt sur des logements ou des écoles, mais avec le délai imparti (six à huit mois) c’est vraiment une belle réussite. Nous apportons une bonne réponse au programme qui nous a été donné. Personnellement, je suis assez content du travail. Dans notre jargon, on a l’habitude de dire quand un de nos travaux nous plait qu’il est “bien sorti de terre”. Et, pour le pôle France de karaté, c’est le cas. Globalement, il a une bonne assise, est bien optimisé. Ce pôle répond à tout ce que l’on voulait. »

Louis Lacoste « J’ai hâte d’y être »

Arrivé en provenance du pôle espoirs de Talence en 2006, Louis Lacoste a successivement occupé les postes d’entraîneur national et de coordonnateur du pôle. Aujourd’hui directeur des équipes de France, il porte un regard admiratif sur l’évolution du haut niveau français, qui s’est faite en parallèle de sa propre carrière.

Recueilli par Olivier Rémy

« Ce nouveau pôle est le symbole de l’évolution très positive que prend la fédération, et j’espère que cela va aller dans le sens de l’olympisme. On est à un moment très important de l’histoire de la fédération et c’est une vraie perspective d’évolution personnelle et collective. De nombreuses disciplines vont nous envier car certains sports, même olympiques, n’ont pas de telles structures, avec les moyens que nous aurons à notre disposition. Désormais, on est des professionnels. Toutes les conditions sont réunies pour que nous nous insérions dans le lanterneau de l’olympisme. Sur un plan personnel, cela arrive au bon moment. Je finis une histoire avec l’ancien pôle et les champions qu’il a vu passer comme Nadir Benaissa. En septembre, le groupe va être renouvelé et ce déménagement, c’est le symbole d’un nouveau départ. Je suis un homme de défi. J’ai connu des évolutions en même temps que la fédération. J’étais à Talence, puis entraîneur des équipes de France jeunes, puis séniors et désormais directeur des équipes de France. Je suis dans le timing de l’élan que prend la fédération, et c’est tant mieux. Le départ de l’avenue de Palavas marque la fin d’un cycle, d’une époque. On y a laissé de la sueur, passé des moments à la fois difficiles et heureux. Mais, l’endroit était ancien, c’était un petit labyrinthe où on se marchait presque dessus. On était plus dans la régression que dans la montée vers l’olympisme. Aujourd’hui, la nouvelle structure est merveilleuse, c’est moderne. Quand on voit l’enceinte, on a envie d’y entrer, d’y travailler. J’ai hâte d’y être. »

Karim Achour « Etre professionnels »

Recruté en 2009, Karim Achour connaît bien la maison montpelliéraine. Coordonnateur de ce futur pôle, il veut s’inscrire dans la même dynamique que celle suivie par le karaté français.

Recueilli par A. V.

« Un nouveau souffle pour le haut-niveau du karaté français, c’est comme ça que je qualifierai ce nouveau pôle. Il devra nous permettre de créer une bonne dynamique avec un groupe nouveau que l’on va façonner pour 2020. Je me suis mis à côtoyer l’élite de façon tardive donc cela me permet de porter un regard neuf sur le tournant qu’est en train de prendre la fédération. Je veux m’inscrire dans la même dynamique de renouveau du karaté français. Ce bâtiment est tout à fait adapté au contexte. Avec six surfaces de combats, on peut préparer les athlètes de façon individualisée. On peut facilement faire de la musculation car la salle est en face des tapis d’échauffements et on peut donc intégrer de la technique entre chaque exercice musculaire. Avant, on faisait des stages de détection avec 30 ou 40 personnes. Maintenant, nous pourrons accueillir jusqu’à 100 athlètes. En revanche, tout n’est pas à jeter dans l’ancien pôle. Certes on l’appelait “le cabanon” mais les résultats de l’équipe de France sont dus à l’esprit collectif que dégageait cette structure. Il faudra reconstruire une dynamique pour instaurer les mêmes valeurs dans ces murs. Ce nouveau pôle implique forcément des attentes. On se doit d’être professionnels, il en va de notre responsabilité. Une nouvelle culture doit être faite et nous avons un beau socle légué par les anciens sur lequel il nous faudra bâtir l’équipe de demain. »

Trois idées pour entourer le parcours de l’athlète

Au-delà d’un bâtiment neuf, un nouveau pôle, c’est aussi de nouveaux moyens, l’occasion d’innover, ou encore d’optimiser. Futur coordonnateur du pôle, Karim Achour travaille sur la mise en place d’unités qui encadreront le parcours de l’athlète. Genèse d’un projet qui pourrait voir le jour en septembre prochain.

Unité d’entraînement : Cette unité de travail comporterait plusieurs aspects de la préparation du sportif à savoir la préparation technique, physique et mentale. Elle intégrerait également l’analyse vidéo. Le travail de décryptage vidéo, initié par Louis Lacoste à Bercy, sera repris en main par Karim Achour, chargé de l’analyse vidéo lors des championnats du monde. « La vidéo renforce les points forts, et améliore les points faibles » justifie celui qui avait comme sujet d’étude lors de son professorat de sport « La vidéo au service de la pédagogie du haut niveau ».

Unité de santé : Cette unité comprendrait le suivi médical de l’athlète ainsi que toutes les phases de récupération qui se ferait conjointement avec le Creps, le CHU de Montpellier et la direction Jeunesse et Sports. Des moyens propres à la réathlétisation de l’athlète après une blessure seraient également mis en place.

Unité projet de développement : Ce serait uniquement le terrain de jeu du staff de l’équipe de France, une sorte de laboratoire d’idées. Les membres de l’encadrement, qui dans ce nouveau pôle seront amenés à se réunir plus régulièrement, partageraient leurs expériences et leur vécu. Ici, on travaillera pour améliorer les méthodes d’entraînement en s’appuyant notamment sur les innovations techniques et sur l’optimisation du matériel physique.

3 questions à Michel Bui

« Le karaté Français est dans le premier wagon »

Président de la ligue Languedoc-Roussilon, membre du bureau directeur et trésorier général-adjoint de la FFKDA , maire-adjoint de la petite commune de Salles d’Aude, retraité d’une PME dans le bâtiment dont il était le patron et ancien président des Sports de combats de la région Languedoc- Roussillon au sein du CROS : Michel Bui est un homme occupé au CV bien rempli. « Je suis un homme de terrain, j’aime quand ça bouge dans tous les sens » explique d’ailleurs l’intéressé à son sujet. Dans ce nouveau pôle, Michel Bui aura un statut particulier puisqu’il sera l’homme de deux situations. Entretien.

Michel Bui, quel sera votre rôle au sein de ce nouveau pôle France ?

J’aurai une double casquette puisqu’en plus d’être le centre d’entraînement de l’élite du karaté français, le pôle accueillera également les bureaux de la ligue Languedoc-Roussillon dont je suis le président. J’aurai donc deux bureaux. L’un, au rez-de-chaussée, sera consacré à la ligue. L’autre, à l’étage du bâtiment, sera destiné aux tâches qui m’incomberont en tant que membre du bureau directeur et responsable de la gestion patrimoniale du pôle. Bien sûr, il va falloir gérer ces nouvelles responsabilités mais c’est une fierté et je pense que cela rentre dans mes cordes. J’ai été président du département avant d’être à la tête de la ligue, j’ai donc connu une certaine évolution qui me permet d’avoir un oeil exercé et d’appréhender au mieux les changements qui sont en train de s’opérer.

Qu’est-ce qui va changer avec ce nouveau pôle ?

Tout. C’est une autre dimension. Cela donne une image d’une Fédération qui bouge, qui avance sans cesse, qui est forte. Ce bâtiment est un bien de la FFKDA, de l’équipe de France et des licenciés qui pourront en profiter lors des stages ou des passages de grade. Désormais, on ne verse plus un loyer à fond perdu et cela, c’était une volonté chère à Francis Didier. Ce pôle arrive au bon moment, après la réussite des championnats du monde. On montre qu’en France, on s’est préparé à devenir « pro ». Actuellement, le karaté est dans un train, avec ce nouveau pôle, la France se place dans le premier wagon.

Sur un plan pratique, quelles sont les différences avec le précédent pôle ?

Pour plaisanter, j’avais l’habitude d’appeler notre précédent bâtiment « le cabanon ». Là, c’est un autre monde. On est vraiment dans une conception adaptée au besoin. Contrairement à l’autre bâtiment, relativement vétuste, ce pôle a été livré clé en mains. Avant nous avions trois salles d’entraînement et désormais, il n’y en a qu’une, immense, qui permet une plus grande concentration d’athlètes. La salle a été mieux conçue, avec une coursive supérieure qui permet, depuis les bureaux, de voir les athlètes s’entraîner. Aussi, le bâtiment est vraiment moderne mais il garde un aspect traditionnel. La structure est métallique mais l’essence des arts martiaux a été conservée avec des revêtements en bois, des extérieurs en cèdre rouge. On n’a pas le sentiment d’être dans un gymnase. D’un point de vue pratique, avant, on était en centre ville avec tous les problèmes que cela peut impliquer. Désormais, on est proche de l’aéroport et d’une sortie d’autoroute. Il y a un grand espace de stationnement qui servira aux stages d’experts. On est aussi proche d’une clinique, d’un centre de rééducation et surtout du CREPS, donc il n’y aura aucun problème pour le logement des athlètes.