Krav-maga

« Quelle première ! »

C’était un défi qui apportait son lot de défiance : pourtant, à l’issue des premiers championnats de France technique de l’histoire, le milieu du krav-maga, très impliqué, semble déjà avoir épousé la nouvelle dynamique proposée par la FFKDA pour les pratiquants de cette discipline.

Textes : Olivier Remy. Photos : Denis Boulanger.

Élément d’une dynamique. Ces championnats de France technique –voulus comme tels par le président de la FFKDA lui-même- sont d’abord l’expression d’une dynamique générale du krav-maga : 9300 licenciés pour quelque 240 clubs, des stages internationaux avec des experts israéliens mondialement reconnus, d’autres avec des professeurs français avant de décliner cette transmission des connaissances dans les trente ligues lors de la prochaine saison… Le krav-maga a le vent en poupe. « Pas facile cependant de convaincre, au départ, les uns et les autres d’un championnat de France rassembleur de tous les courants, reconnaît Giovanni Tramontini, DTN adjoint en charge du dossier. Mais je crois que nous avions bien travaillé sur le règlement et l’organisation pour que chacun puisse s’exprimer et proposer clairement une compétition de démonstration qui a rassemblé soixante-dix équipes ».

Appropriation. Avec un constat clair : si cette idée de rassemblement est partie « d’en haut », les pratiquants se sont sentis concernés. Trente officiels, dix bénévoles… « tous du milieu du krav-maga, souligne encore Giovanni Tramontini. Les gens se sont appropriés l’événement et c’est vraiment ce qui a fait sa réussite sur le fond. Une véritable prise de responsabilité qui est de très bon augure pour la suite.» « Nous avons décidé d’organiser ces championnats de France pour répondre à une attente, à une frustration de certains de ne pas pouvoir faire de la compétition et qui avaient un besoin de confrontation, confirme l’expérimenté Alain Formaggio, 5e dan membre de la commission nationale krav-maga, professeur au Dojo de Grenelle et au Club Daumesnil. En plus de faire partie de l’organisation, j’ai présenté deux équipes de ceintures noires de chacun de mes clubs. Ce qui fait quatre équipes dans la catégorie élite. Je n’étais pas forcément venu pour faire des résultats, mais remporter les 4 premières places de la catégorie « reine » de cette compétition est une réelle satisfaction. Ces championnats étaient l’occasion de regrouper et de montrer tous les courants de krav-maga, il y en a une dizaine, et de se retrouver pour une grande fête de la discipline. »

Des combattants bien préparés. La formule : deux catégories de niveau chez les ceintures noires, la même chose chez les ceintures de couleur, une prestation technique par binôme en confrontation (2 hommes, 2 femmes ou mixte) avec un travail libre d’une minute à minute-trente (maximum 2 minutes en finale) avec ou sans arme au choix des équipes pour un vote aux drapeaux venant évaluer le niveau technique (Percussions des membres supérieurs et inférieurs, saisies, étranglement, projections, immobilisation, etc), l’attitude globale, la variété des enchaînements proposés, le réalisme, l’originalité, le cohérence générale et évidemment le contrôle. Le niveau technique ? « Il y a eu de très belles prestations, assure Giovanni Tramontini. Honnêtement, je m’attendais à quelques temps d’arrêt sur les prestations mais tous ces compétiteurs, 140 au total, étaient visiblement très bien préparés. Les styles étaient parfois différents, du très technique à des formes plus viriles. Les différences de sensibilité étaient là, mais il y avait toujours beaucoup d’impact. Une minute trente,c’est long à tenir. Mais le rythme était excellent et le travail de mémorisation, pour que cela soit crédible, vraiment bon. Je me suis régalé.» L’histoire retiendra le nom de ces premiers champions de France de l’histoire de la discipline organisée au sein de la FFKDA… visiblement très heureux si l’on en juge les nombreux messages sur les réseaux sociaux après ce week-end. « Presque toutes les régions de France étaient présentes même si je pense que beaucoup de clubs ont fait les timides et attendaient de voir comment ça allait se passer avant d’y participer, analysait encore Alain Formaggio. La compétition s’est déroulée avec une excellente atmosphère, un public très respectueux aussi. Cette première édition s’est très bien déroulée et je pense que c’est parti pour plusieurs années. La machine est lancée maintenant ! »

Accompagnement et communication. Une vraie belle réussite qui pose déjà les banderilles de nouvelles évolutions pour poursuivre la dynamique initiée. Quatre stages d’experts internationaux sont ainsi déjà prévus pour 2013- 2014, deux à Paris, et deux au tout nouveau centre national d’entraînement de Montpellier « pour aller au plus près des licenciés » se soucie-t-on à la Fédération. Surtout, une pédagogie spécifique et adaptée à la pratique enfants-ados se met doucement en place afin que ces jeunes puissent aussi être présents lors du championnat de France 2014. « Des efforts de communication, notamment sur des documents et des affiches de promotion pour les clubs, sont déjà engagés, annonce Giovanni Tramontini. Des stages de découverte seront aussi proposés aux non pratiquants de krav-maga afin de sensibiliser le plus grand nombre à la discipline et permettre que des sections s’ouvrent au sein des clubs. Nous devons faire en sorte que le bel état d’esprit actuel et le travail que nous faisons tous ensemble profite à tous dans les ligues, les clubs et les départements. » L’aventure continue.

Les vainqueurs

Équipe senior Élite Club Daumesnil (Paris)

Équipe senior Honneurs Club Krav Maga 47 (Nérac, L ot-et-Garonne)

Équipe espoirs 1re division EC Arts Martiaux Patrick Delarue (Nice, Côte d’Azur)

Équipe espoirs 2e division Le Cercle Maillot (Paris, 17e)

Ils ont dit

« Hâte d’être à l’an prochain »

Eric Benhamou est le directeur technique du club ABCC Nice. 5e dan de krav-maga et membre de la commission nationale de krav-maga de la FFKDA , il a présenté plusieurs ceintures noires pour cette première édition des championnats de France. Ils repartent sans aucune médaille mais déjà motivés pour l’an prochain.

« Hâte d’être à l’an prochain ». « On n’a rien gagné mais ce n’est rien. La prochaine compétition est déjà dans l’agenda de la Fédération et on a hâte d’y être. Le but n’était de toute façon pas de battre les autres mais de montrer ce que l’on savait faire. On voulait que les gens sachent que le krav-maga n’est pas réservé, comme on le pense, aux policiers ou à l’armée. Tout le monde peut en faire, les femmes, les enfants. On a mis en avant l’efficacité de notre discipline. On ne voulait pas que cela ressemble à des katas. Et ça a été une grande motivation. Jusque-là, on organisait déjà beaucoup d’interventions, des séminaires ou des stages, mais l’occasion de faire un évènement national ne s’était jamais présentée. On y a tous gagné.»


« Donne envie »

Patrick Vincent est le directeur technique du réputé Cercle Maillot à Paris, 5e dan membre de la commission nationale krav-maga. I l était présent à cette première, accompagné de ses équipes. Les ceintures noires repartent avec une médaille d’argent et une de bronze dans la catégorie « honneurs » tandis que les ceintures de couleur remportent la médaille d’or en 1re division et le bronze en 2e division.

« L’idée forte au sein de la commission nationale krav-maga était de faire un grand rassemblement, pas vraiment une compétition. Et disons le, s’il s’agissait bien des championnats de France, l’esprit du faire ensemble était la valeur commune à partager, bien avant la compétition. L’objectif, c’était de faire découvrir la discipline, de faire des performances techniques, chacun à son niveau. On voulait donner envie aux gens. C’est la raison qui nous a poussés à faire une compétition d’ailleurs. L’idée n’est pas neuve mais il nous fallait une raison de faire une compétition sans dénaturer le sport. Tous les niveaux étaient là pour cet évènement, pour montrer que ce n’est pas le grade qui fait la performance. Cela a aussi servi à prouver à ceux qui connaissaient mal la discipline que le krav-maga, c’est de l’engagement, mais aussi du contrôle et que ce n’est pas un sport dangereux. D’ailleurs, à la sortie de la compétition, des gens sont venus me demander s’il était possible d’inscrire leurs enfants. Ça, c’est très bon signe.»