Championnats de France kata – Objectif reconstruction

Après les championnats du monde à Bercy, mais aussi un championnat d’Europe des jeunes qui a montré les limites actuelles du kata français, les championnats de France 2013 étaient la première étape d’une reconstruction voulue par les entraîneurs. Elle est marquée par la percée des Feracci.

E. CHARLOT / photos : DENIS BOULANGER

Sandy Skordo

Sandy Scordo, vice championne du monde, mise sous pression par Alexandra Feracci.

« Ces championnats de France sont la première étape. Sur cette base on va bâtir une équipe pour les Championnats Méditerranéens qui auront lieu du 26 au 28 mai prochain à Chypre et qui nous permettront de cibler des catégories potentiellement médaillables. Sont-ils capables de se battre pour un championnat du monde ? Les jeunes peuvent-ils s’affirmer dans un contexte supérieur ? C’est la question que nous voulons éclaircir ». C’est par ces mots que l’entraîneur Ayoub Neghliz mettait en perspective ces championnats de France kata 2013 dans lesquels on retrouvait les déçus de la campagne de Konya. Quant à Thierry Masci, nouvelle cheville ouvrière chargé, avec les entraîneurs, de rénover le kata français, il en profitait pour réunir les professeurs pour échanger les points de vue et préparer le travail à venir. La nouvelle dynamique du kata français est engagée. Sur le tapis, on a vu de belles fratries comme les frères Ngoan du SKB Epinay-Sous-Sénart et surtout les sœurs Ferraci de l’Athlétic Club Ajaccio qui avaient préparé leur affaire et se mettaient particulièrement en valeur sur ce championnat. Jonathan Maruani fut très à son avantage en individuel… et bien malheureux en équipe masculine. Les vaincus du jour : Sandy Scordo, subissant le contrecoup physique de Bercy, est dominée en finale par sa challenger la plus forte Alexandra Feracci, l’espoir montant Enzo Montarello, battu très tôt dans la compétition.

Laëtitia Feracci

Laëtitia Feracci

Laëtitia Feracci sur les traces de sa soeur

Chez les plus jeunes, Franck Ngoan du SKB Epinay- Sous-Senart impressionne. Couvé d’un oeil appréciatif par l’encadrement, ce petit gabarit a déjà l’expression précise et nette d’un cadet, voir d’un junior. Il est opposé à un « shito-ryu » très brillant en finale, le Corse Gabriel Miniconi, qu’il dominait par 5-0 dans un affrontement de très bon niveau. Chez les filles, l’explosive Noémie Fonseca, du SKB, sortait victorieuse 3-2 d’un affrontement serré avec Léa Salomon du Mistral Elite qui lui tenait la dragée haute par ses sauts et ses prises de risque. En cadets, le Provençal Théo Pons du Art Kombat de Sandy Scordo, 7e seulement de la coupe de France 2012 en minimes, et vainqueur au premier tour du finaliste de la coupe de France l’année dernière (comme de la précédente), Alexandre Mouton, retrouvait en finale le technicien du Mabushi Club Karaté, Sorey Morassi, vainqueur de cette même coupe de France. L’un et l’autre proposaient un Gankaku, le kata « à la mode ». Sorey Morassi, nettement au-dessus, manquait de tout perdre par un gros déséquilibre final, qui ne lui coûtait finalement que deux drapeaux. Chez les filles, c’était la première manche de la remarquable prise de pouvoir des soeurs Feracci sur ce championnat. Laëtitia et son Suparienpei allait dominer en finale le Unsu de Lila Bui par 5-0. Si la Corse était passée de justesse sur la jeune Perrine Mortreux d’un drapeau en demi-finale, elle fut impeccable contre une Lila Bui qui s’était montrée très forte ce jour là et dont la progression a été considérable. L’année dernière, elle était septième seulement de la Coupe de France en minime. Une petite erreur sur son saut lui interdisait de rivaliser en finale.

Pauline Bouchet sans opposition

Emeline Joujou passé chez les seniors (où elle était battue rapidement) et Marie Hervas étant blessée, Pauline Bouchet du SKB, déjà victorieuse de la Coupe de France en novembre en juniors, comme du championnat de France et de la Coupe l’année précédente en cadette, n’a pas eu de mal à confirmer sa grande domination nationale. En finale son Gankaku rencontrait le Gankaku de Marine Leborgne du Yoshi Karaté Club Escalquens. Les deux filles se montraient à la hauteur, mais Marine Leborgne, plus petite et exprimant un peu moins de puissance, était dominée 4-1. « C’est mon 6e titre d’affilée. Sur le conseil des entraîneurs, j’ai commencé un gros travail musculaire au niveau des jambes. » commentait Bouchet. Encore du SKB chez les garçons avec la montée en puissance du grand frère Ngoan, Kewin, alors que Christ Signavong, meilleur cadet 2012 et vainqueur de la Coupe de France en novembre en juniors, était écarté d’entrée. Ce Shotokan traditionnel un peu à la japonaise, depuis trois ans en Essonne, déjà finaliste en novembre et en avril pour les championnats de France précédents en cadets et titulaire à Konya pour les championnats d’Europe, a encore passé un cap. Il se hissait facilement en finale pour y retrouver Jeffrey Catto du Karaté Club Val de l’Indre. Favori, Kewin Ngoan lâchait le titre pour un gros déséquilibre que la prestation réussie de Catto ne faisait pas pardonner. Les deux frères Ngoan n’allaient pas être tous les deux champions de France 2013.

Feracci triomphe de Scordo

Battu au premier tour pour des problèmes d’équilibre, le junior Enzo Montarello, en vue de l’année dernière n’allait pas se mêler à la lutte… toute relative de cette catégorie chez les masculins. En effet Jonathan Maruani du SKB, membre de l’équipe médaillée mondiale désormais privée de son leader Jonathan Plagnol, toujours volontaire pour se remettre en question et au travail, allait profiter de l’absence de Minh Dack blessé au poignet pour affirmer un peu plus son autorité. 5-0 à tous les prétendants, y compris en finale face à Kenzo Cambronero du Dojo Lantonnais malgré ses sauts exceptionnels de hauteur. L’événement du jour, c’est plutôt du côté des filles qu’il fallait le chercher. Tandis que s’inclinaient les membres de l’équipe championne d’Europe en titre et médaillée mondiale, Clotilde Boulanger et Jessica Hugues (battue 3-2 par la finaliste de l’année dernière, l’Alsacienne Baumann), comme prévu, la Corse Alexandra Feracci de l’Athletic Club Ajaccien, retrouvait en finale une Sandy Scordo un peu en roue libre – et occupée aussi par ses protégés du Art Kombat de Monteux. La jeune prétendante allait démontrer que si sa prestigieuse aînée, vice championne du monde, a de la marge à l’international, elle n’en a plus guère au national. Son chattanyara Kushanku totalement lâché et maîtrisé disposait d’un Unsu trop modeste de Scordo et ne lui laissait qu’un drapeau. Si ce n’est pas encore un renversement de tendance, c’est un avertissement net. « J’étais une lionne sur le tapis ! Je suis très fière de ma prestation. Sandy est leader et ira aux Europe, mais je suis là. La victoire de ma sœur m’a inspirée ». La Corse avait le sourire ce samedi à l’INJ.

Un rendez-vous attendu… et manqué

Jonathan Maruani

Jonathan Maruani

Tout le monde voulait voir ça : l’affrontement de la jeune équipe de la Ligue 93, qualifiée pour les championnats d’Europe à la suite de sa prestation à l’Open de Paris, opposée aux cadres de l’équipe de France recomposée sous l’étiquette SKB Elite Epinay sous Sénart, en quête de pendule à remettre à l’heure. Mais les jeunes se « crashaient » d’entrée pour une erreur de main entre Gojushiho Sho et Dai et pire, opposé en finale à la deuxième équipe du SKB, le leader du groupe Elite, Jonathan Maruani, prenait un KO en plein bunkai et ne parvenait pas à se relever ! Chez les féminines, le Tsuki Karaté Club du Val d’Oise, déjà vainqueur de la Coupe de France 2011, l’emportait sur le ES Templemars Karaté Club de l’ASPTT Lille. En juniors, emmenée par Sorey Morassi et Mael Rakotoson, l’équipe du Mabushi Veigne KC tenait la dragée haute aux garçons du SKB d’Epinay et grâce à leur bunkai précis l’emportait de quatre drapeaux. Une prestation excellente. Chez les filles, le Mistal Elite de Noémie Goze, discret au niveau individuel, se reprenait bien dans le collectif en dominant par 5-0, dans une rencontre de très bon niveau, le Annecy Dojo Karaté de Lila Bui, une jeune très en vue ce week-end là, à l’INJ.

Il a dit…

Ayoub Neghliz (ENTRAÎNEUR KATA ) « Construire tôt »« L a compétition nous a permis d’affiner la sélection pour les championnats méditerranéens. En cadets, nous emmenons Théo Pons et Loick Tranier, les deux meilleurs cadets 1re année et chez les filles, Laëtitia Feracci et Lila Bui dont on veut voir l’impact au niveau international. Pour les juniors, ce sera Sorey Morassi et Kewin Ngoan, Jeffrey Catto n’étant plus de cette catégorie d’âge au niveau international. Nous avons décidé de ne pas emmener de féminine. Pauline Bouchet n’est pas du tout mise de côté, c’est notre meilleure Française, mais la concurrence étrangère est très forte et nous pensons qu’il faut la préparer pour être performante à ce niveau. Une réputation positive, ça se construit tôt ».

 Les champions de France 2013

FÉMININS

Seniors Alexandra Feracci (Athletic Club Ajaccien)

Juniors Pauline Bouchet (Sporting Karaté Budo Elite)

Cadettes Laëtitia Feracci (Athetic Club Ajaccien)

Minimes Noémie Fonseca (SKB Epinay sous Senart)

Par équipes seniors Tsuki Karaté Club (Val d’Oise)

Par équipes juniors Mistral Elite (Languedoc-Roussillon)

MASCULINS

Seniors Jonathan Maruani (Sporting Karaté Budo Elite)

Juniors Jeffrey Catto (Karaté Club Val de l’Indre)

Cadets Sorey Morassi (Mabushi Veigne Club Karaté)

Minimes Franck Ngoan (SKB Epinay sous Sénart)

Par équipes seniors SKB Epinay sous Sénart (Essonne)

Par équipes juniors Mabushi Veigne Club Karaté (TBO)

 Rencontre avec Nadia Dumont

« La technique au centre »

Nadia Dumont

Nadia Dumont

On l’a retrouvé à la réunion des professeurs voulue par Thierry Masci, discrète et passionnée. Elle ? Nadia Dumont. Elle fut athlète de haut-niveau de 1989 à 1999, treize fois championne de France individuel dont deux titres par équipe et presque autant à la coupe, championne d’Europe cadettes, vice championne d’Europe seniors en individuel et par équipe, quatrième mondiale individuel et par équipes avec Michèle Forstin et Catherine Bernard. Elle fut aussi… Miss Pays de Savoie et sixième dauphine lors de l’élection de Miss France 1994 ! Aujourd’hui 4e dan, mariée et mère de quatre enfants elle est enseignante et directrice technique adjointe au Shotokan Karaté Club de Seynod « Ecole Dumont » en Haute-Savoie (après avoir entraîné le « Flot du Ki » en Bretagne pendant 13 ans) et elle s’investit comme arbitre régionale dans sa ligue et comme intervenante et formatrice pour le CQP. En plus de sa pratique du Shiatsu, elle est aussi professeur de danse orientale et réalise des spectacles où le karaté se mixte à cette autre passion. « Le karaté est un art de combat et de vie. Le lien avec la danse ? Le travail, la stabilité, la rapidité, le centrage et les équilibres. Les énergies sont différentes, mais complémentaires. Mon projet ? Continuer à transmettre un savoir-faire et tout ce que m’a apporté cette discipline. La volonté fédérale de créer plus de lien et d’échanges avec les professeurs est une bonne nouvelle car nous avons des choses à entendre comme à dire. Je voudrais faire entendre un souci : il ne faut pas que le physique, nécessaire, empiète sur la technique, qui est fondamentale ».