Championnats de France combat

Le temps des changements

Entre retraités à remplacer, champions à confirmer, jeunes loups à adouber, le premier championnat de France combat de l’ère « post-Bercy » a jeté les bases de la nouvelle équipe de France pour les années qui viennent.

E. Charlot, O. Rémy / photos : DENIS BOULANGER

C’était à Toulon, dans un écrin digne du Palais Omnisports de Paris-Bercy, que l’élite nationale avait fait le voyage vers la province et le soleil pour son rendezvous national majeur. Quelques « sudistes » comme Nelly Moussaid par exemple, en avaient profité pour se confronter une nouvelle fois aux meilleurs.

En -50 kg, il n’y a « pas eu de match », tant la supériorité actuelle de la petite bombe du Budo Club Savigny-sur- Orge, Alexandra Recchia, est éclatante. Des 8-0 à la pelle, dont un en 45 secondes contre la jeune Melissa Viranaiken et un 9-0 brutal en finale contre Natisha Fernando, du Clichy Wado-Ryu. La championne du monde est seule en France. C’est presque aussi clair en -55 kg pour la jeune championne réunionnaise du Bras Panon Lucie Ignace, même si elle est un peu moins prolifique. Maëva Samy est là cependant pour lui donner la réplique. Mais trop prudente, la combattante de Sarcelles laissait, sans trop réagir, Lucie Ignace emporter son troisième titre successif en seniors. Dans l’ombre de l’absente Lolita Dona, les -61 kg couronnaient Leila Heurtault (Samouraï 2000 Le Mans) devant Alizée Agier (FKC Semurois), deux des filles qui montent (voir par ailleurs). C’était un peu la même configuration dans la catégorie des -68 kg où Tiffany Fanjat laissait le champ libre à ses concurrentes, dont Nelly Moussaid, revenue tenter sa chance pour cette année, et battue d’un petit point par Sonia Fromager. Lamya Matoub, montée de catégorie, sortie d’entrée, c’était une revenante, et même deux pour le prix d’une, qui se hissaient en demi-finale. Emilie Cacheux, meilleure combattante de la catégorie -60 kg en 2007, à l’époque sous son nom de jeune fille (Emilie Lhommeau) mais aussi la Lyonnaise Emmeline Mottet, ancienne internationale. Emilie Cacheux parvenait en finale, face à sa camarade de club Mégane Lauret du Samouraï 2000, qui avait disposé de Mottet, pour une victoire finale de Cacheux à la décision. En +68 kg, tandis que Nadège Aït-Ibrahim se retrouvait logiquement en finale, sa challenger attendue, comme les deux années précédentes, Ruth Soufflet, dominait d’un point Anne- Laure Florentin pour la rejoindre. La victoire se jouait à la décision, unanime en faveur de la championne du monde Aït-Ibrahim, au karaté plus éclatant.

Salim Bendiab

Salim Bendiab

Bendiab au rendez-vous. Chez les hommes, Johan Lopes (CSA Hauts de Rueil), grand déçu des championnats du monde, n’abdique pas. Une série de 8-0 plus tard, il se retrouvait en demi-finale face à Antoine Cuenca, qui en prenait sept à son tour. Fayçal Abbadi (Fontenay Karaté Club) a pris de la maturité, mais pas suffisamment pour empêcher Lopes de marquer un point important avant de finir sur un balayage. Les deux habituels héros de la catégorie des -67 kg, William Rolle et Mathieu Cossou, se retrouvaient une nouvelle fois en finale, mais cette fois, c’est Mathieu Cossou qui prenait le dessus sur le champion d’Europe et médaillé mondial (voir par ailleurs). Davy Dona absent, Logan Da Costa (Karaté Do Longwy), l’aîné de la fratrie, a eu bien raison de tenter sa chance dans la catégorie ouverte des -75 kg, puisqu’il parvient en finale et l’emporte finalement sur Abdel Oshid Bouaaba (Sauvegarde Karaté Club Besançon) par 2-1. Larry Dona partait très fort dans la catégorie vedette des -84 kg en accumulant les scores fleuves et en dominant Mickaël Serfati (SIK Paris) par un ura-mawashi majestueux puis un énorme balayage. Mais si Kenji Grillon se montrait plus sobre, c’est lui qui contrôlait la finale de bout en bout avec un joli 5-0 au compteur. Enfin, on l’attendait, il y est. Salim Bendiab prend le leadership des +84 kg en battant Florian Malguy en finale 5-3, après que celui- ci ait battu le champion en titre, Nadir Benaissa. La montée en puissance de Bendiab est irrésistible.

Ils ont dit…

Johan Lopes (1er en -60 kg)

« Zéro point encaissé » « Certaines défaites ont été difficiles à encaisser dernièrement, comme être éliminé au premier tour à Bercy. Mais il faut continuer à avancer. Renouer avec la victoire était important. En plus, j’avais mis plein de choses en place à l’entraînement que j’ai reproduites en compétition, je pense que c’est ça qui m’a propulsé vers le haut. Aucun adversaire n’a marqué de point contre moi, je suis très content. »


Mathieu Cossou (1er en 67 kg)

« La bonne ! » « Cette fois, c’est la bonne ! Depuis les championnats du monde, j’avais les crocs, je voulais gagner, surtout contre William (Rolle). O n combat souvent l’un contre l’autre et c’était important pour moi de gagner contre lui cette fois. Mes proches me soutiennent toujours quand je suis face à lui donc je suis content de leur avoir donné ça… E t à moi aussi (rires). »


Logan da Costa (1er en -75 kg)

« Pari réussi » « J’ai fait mon karaté, ça a payé. Le changement de catégorie est un pari réussi. Le titre de champion du monde n’a pas changé grand-chose, je pense, sauf peut-être que je m’entraîne plus encore. L’or, il n’y a que ça qui compte. Le reste laisse toujours un goût d’inachevé. »


Kenji Grillon (1er -84 kg)

« Objectif Grand Chelem » « Je n’avais jamais été champion de France senior. Psychologiquement, c’est une grosse préparation avant les E urope, je me devais de bien faire. Je suis champion du monde, je savais donc que j’étais attendu. Depuis les championnats du monde, mon objectif, c’est de boucler le “Grand Chelem” : monde- France-Europe. C’était la deuxième étape. »


Salim Bendiab (1er en +84 kg)

« Montrer que j’ai progressé » « J’avais à cœur de gagner, d’abord pour décrocher ma sélection aux Europe mais aussi pour montrer que j’ai progressé. À Bercy, j’étais blessé et je n’avais été sélectionné que pour les équipes. Maintenant, je veux que la France renoue avec la victoire dans cette catégorie, puisqu’aucun poids lourds Français n’a eu de médaille depuis 2008. »

Elles ont dit…

Alexandra Recchia (1re en -50 kg) « Tout gagner »

« Les sportifs sont gourmands, on en veut toujours plus, alors vivement l’an prochain ! Entre l’Open de Paris et Rotterdam, j’ai eu quelques problèmes et j’ai eu du mal à relever la tête mais ce championnat m’encourage. E n plus, en -50 kg, la seule qui me posait vraiment problème c’est Emily (Thouy), mais elle a changé de catégorie. Ce qui ne m’empêche pas de donner le meilleur de moi-même. J’ai envie de tout gagner »


Lucie Ignace (1re en -55 kg) « Beaucoup de sollicitations »

« J’ai eu beaucoup de choses à gérer depuis les championnats du monde. Je suis sollicitée, ça a vraiment changé ma vie. J’ai beaucoup travaillé mais j’étais dans l’optique de me faire plaisir. Le titre, c’est important, mais je reste un peu frustrée de ne pas avoir eu des filles qui me rentrent dedans davantage. »


Leila Heurtault (1re en -61 kg) « Un rêve »

« Ces championnats c’est une marche vers mon rêve : devenir championne du monde. O n ne m’attendait pas forcément parce que je suis la petite jeune, mais je prouve que je suis là. Je vais continuer à tout donner et on verra. » Émilie Cacheux (1re en -68 kg) « Aucune pression » « Forcément, j’aurais des choses à redire. Sur mes premiers combats, je ne me suis pas complètement lâchée au niveau technique par exemple, il y a toujours une petite appréhension. Mais j’ai repris l’entraînement en septembre après ma grossesse, pour le plaisir. Je n’avais donc aucune pression, je crois que c’est la première fois que je me fais vraiment plaisir sur un championnat. »


Nadège Aït-Ibrahim (1re en +68 kg) « Conquérante »

« Ces championnats de France représentaient une étape importante pour moi, une grosse préparation avant les Europe qui arrivaient très vite. La reprise a été dure après les monde : atteindre le sommet c’est grisant et on veut en faire toujours plus mais le corps a du mal à suivre. Mon objectif, c’est de récupérer le titre européen que j’ai perdu en 2012. J’y vais conquérante mais pas arrogante. »

Et à la fin…c’est Sarcelles qui gagne

Les filles de Sarcelles emmenées désormais par Ruth Soufflet (Tiffany Fanjat étant cette fois sur la chaise de coach) dominait cette année Fontenay Karaté Shotokan, CA Combs-la-Ville et le KC Gentilly en poule pour retrouver en finale les filles du Samouraï 2000 du Mans, comme en 2012, profitant toute la journée du leadership de la nouvelle championne de France Emilie Cacheux, sauf en finale. Sarcelles alignait d’entrée la finaliste Maeva Samy qui faisait l’essentiel, puisqu’elle marquait neuf points à un à Manon Leroy. Et si Lamya Matoub courrait ensuite après le score face à la nouvelle championne de France Leila Heurtault, en revenant à 3-3 dans les dernières secondes, elle assurait quasiment la victoire de Sarcelles. Difficile en effet pour la vice championne de France des -68 kg Mégane Lauret de reprendre huit points à la vice championne de France des +68 kg Ruth Soufflet. Elle perdait le combat par 5-3. Pour les garçons, l’habitude de la victoire sans interruption date déjà de 2007, championnat et coupe mêlés. Comme l’année dernière, ils retrouvaient le SIK Paris. Pour Sarcelles, Ibrahim Gary, dispensé des individuels, battait Anthony Hornez d’une touche, mais le Parisien Moustapha N’Diaye répliquait lui aussi d’une petite touche à quinze secondes de la fin de son combat contre Medhi Lakehal, ce qui permettait à Paris d’y croire avec ses points forts Malguy et Serfati venant derrière. Mais c’est William Rolle qui montait face à Florian Malguy, pour un remake du formidable duel de l’année dernière. Et le champion d’Europe 2012 d’échapper aux charges adverses… tout en plantant deux ura-mawashi de haut vol pour un 9-1 cuisant. Mickaël Serfati face à un Franck Chantalou plus que trentenaire et loin de son pic de forme pouvait-il inverser la tendance ? Pas une seconde. L’ « ancien » s’était montré très à l’aise toute la journée et le Parisien allait prendre notamment un gros mawashi en contre. 5-0 pour Chantalou, 3-1 pour Sarcelles. Et à la fin…

 Heurtault – Agier, la relève est arrivée

Heurtault - Agier

Heurtault - Agier

Ces deux-là ne se quittent pas. Quand Alizée Agier sort d’une victoire à la coupe de France juniors 2010 en -59 kg, Leila Heurtault encore en cadette est finaliste -54 kg, en avril 2011, pour le championnat de France junior, les voici toutes les deux en finale. C’est Alizée Agier qui gagne et qui va faire vice championne du monde juniors cette année-là. À la Coupe de France suivante, elles sont une nouvelle fois en finale, et c’est Heurtault qui prend le dessus. Elle récidive au championnat de France suivant, en 2012 et profite de l’Open de Paris pour frapper les trois coups de sa carrière seniors avec une victoire précoce qui fait date. 2013 ? Bis repetita. A lors que la -50 kg Emily Thouy a cru pouvoir faire de cette catégorie son jardin, elle est battue par Heurtault par 3-0. U ne fois encore, Leila Heurtault, plus incisive, va marquer cinq points, pour trois à Alizée Agier. Mais les entraîneurs nationaux ont compris le message. Les deux combattantes sont qualifiées pour les championnats d’Europe, Heurtault en -61 kg, Agier en -68 kg. La France a-t-elle trouvé deux nouveaux joyaux pour sa couronne ?