Marien Akambo

Champion du monde de l’ombre

Si le palmarès ne retiendra que le nom des sept combattants tricolores titrés par équipe à Bercy, le karaté français se souviendra longtemps de Marien Akambo.

Marien Akambo

Marien Akambo

À 41 ans, ce Congolais d’origine a fait partie intégrante de l’équipe de France, des premiers stages de préparation jusqu’au huitième point héroïque de Mathieu Cossou en finale. À la fois père courage et grand frère modèle. Il fut discret lors de cet Open, mais tellement précieux au karaté français ces derniers mois. Ne dites jamais à Marien Akambo qu’il est trop vieux pour le karaté. Sinon, comme la fédération congolaise depuis 2006, vous risquez de passer à côté d’un combattant hors-pair. D’une belle rencontre, aussi. Thierry Masci, lui, n’a pas fait d’erreur en le contactant le lundi 28 mai 2012, au lendemain des championnats de France. « À son âge, quand je l’ai vu mettre en difficulté Florian Malguy
en quarts de finale (Il menait 4-1 avant que Malguy ne lui brise le nez, ndlr), j’ai été vraiment impressionné », se souvient le DTN adjoint, en charge des équipes de France, qui lui propose alors d’intégrer le groupe France en vue des championnats du monde de novembre. « Je n’ai pas hésité une seconde, comme un enfant qui reçoit son cadeau d’anniversaire, se rappelle le grand Marien. Je lui ai juste répondu : “Donnez-moi un mois pour me rétablir du nez et je serai là pour le stage de Font-Romeu.” » Rendez-vous est pris avec l’histoire.
Pourtant, disons-le, en mai dernier encore, tout séparait ces jeunes aux dents longues du quadragénaire, double champion de France vétéran. Deux titres auxquels s’ajoutaient ses six couronnes congolaises et ses deux titres de champion d’Afrique, acquis pendant que les Grillon, Bendiab, Da Costa et compagnie jouaient encore aux billes dans la cour de récré.
« Au premier abord, c’était un peu difficile car on ne se connaissait pas. Heureusement, tous ont vite compris que je n’étais pas là pour prendre leur place mais pour les accompagner », rapporte Akambo. « En plus d’apporter ses qualités de karatéka, je voulais qu’il leur mette du plomb dans la cervelle, qu’il leur parle d’autre chose que de jeux vidéos et de karaté, insiste Masci. Il a commencé à vouvoyer tout le monde alors que c’était lui le vrai monsieur. »

L’exemplaire 8e champion du monde

Car l’homme a déjà bien bourlingué dans sa vie. Et pas que sur les tatamis. Père de sept enfants, également ceinture noire de judo de très bon niveau (Il fit même les Jeux d’Atlanta en 1996 !), il est aussi chef d’une entreprise de sécurité basée à Besançon. Une ouverture d’esprit qui lui a permis de s’acclimater aussitôt, que ce soit en  VTT dans les cols pyrénéens, gants aux poings ou sur les bancs de musculation. « Bête et discipliné, j’ai souffert comme tout le monde, sans jamais voir ma fatigue ni mon âge. Tout fut même oublié quand on m’a remis l’équipement bleu-blanc-rouge. À partir de là, je me devais d’être toujours présent.» Et quand Louis Lacoste veut le laisser en retrait sur les Opens d’Allemagne et de Bosnie ? L’idée est chassée aussi vite qu’elle est venue par celui qui voulait ressembler à Chuck Norris et Bruce Lee dans les rues de Brazzaville. Pas pour une question d’égo, mais par stratégie. « En combattant, je savais que je perturberai les observateurs présents, qui allaient se torturer l’esprit à savoir qui était ce grand bonhomme sous le kimono français », souligne Marien le tacticien.
Dès lors, il ne manquera aucun rassemblement jusqu’à Bercy, perdant au passage sept kilos. Quand ses nouveaux potes bégaient leur karaté contre le Kazakhstan au premier tour, c’est lui qui donne de la voix. Lors de l’échauffement précédant l’ultime duel contre la Turquie, c’est lui qui fait réviser les gammes des cinq titulaires. Et qu’importent la médaille et les primes, si Marien Akambo n’a pas entonné La Marseillaise sur la plus haute marche
du podium, son jour de gloire est bel et bien arrivé. Lui,l’exemplaire 8e champion du monde.
Depuis ? Marien prépare actuellement son Brevet d’État. « Un vieillard qui meurt, c’est toute une bibliothèque qui brûle », cite le bachelier littéraire, qui veut transmettre à son tour les valeurs qui font sa force depuis bientôt trente ans. ANTOINE FRANDEBOEUF