Ils raccrochent le kim’

Sonia Fiuza et Jonathan Plagnol

Sonia Fiuza « J’AI BOUCLÉ LA BOUCLE »

Championne d’Europe juniors puis seniors, médaillée mondiale cadettes puis à deux reprises en seniors, la brune niçoise met fin, à 26 ans, à sa carrière  à haut niveau à l’issue d’une année 2012 de toutes les émotions. Désormais, place à sa nouvelle vie. Le témoignage, aussi, de la difficile réalité d’une karatéka de haut niveau…

On l’avait quittée sur son nuage, les yeux emplis de larmes de bonheur après son titre européen par équipes en mai dernier, à Ténérife. Un bonheur partagé avec Clotilde Boulanger, « la partenaire idéale, l’amie, la confidente, celle avec qui j’ai vécu les pires et les meilleurs moments », et Jessica Hugues, « que je connais depuis toute petite. Sa mère m’avait même appelée pour que je l’entraîne. On a eu le même parcours : d’abord en individuel, puis capitaine d’équipe juniors… Hasard ou pas, c’est le destin. » Trois mois seulement de travail en commun avaient fini de créer une équipe. Championne d’Europe seniors donc, « un sommet », avouait-elle, déjà plongée dans la préparation des championnats du monde de Bercy, quelques années après le même titre en juniors et une médaille mondiale cadette en individuels. « J’aurai connu cinq équipes, dont quatre avec Clotilde », rappelait cette bosseuse, ultra concentrée sur chaque objectif. « Je n’ai pensé que karaté pendant dix ans. » Et la capitaine exemplaire de passer en revue les moments en creux, dont deux grosses blessures aux genoux, mais aussi les rencontres qui ont marqué sa carrière, sa vie tout court à vrai dire, comme celle de Christophe Pinna, Niçois comme elle. « Il a toujours su trouver les mots ». Ceux d’Ayoub Neghliz, sur la chaise de coach aux Canaries, étaient aussi pleins de respect en mai dernier : « Sonia ? Elle est très responsable. Tu sais qu’elle va donner le meilleur, toujours. » Un titre européen qui a fait son bonheur. Qui la fait sourire aussi… « J’ai eu plus de reconnaissance depuis que j’ai annoncé l’arrêt de ma carrière qu’après l’or décroché à Ténérife. La faute aussi sans doute aux nageurs niçois qui ont brillé aux JO. » Un règne continental inattendu qui avait tout de même dû créer quelques espoirs d’or mondial, elle qui fut vice championne du monde en 2008 avec Clotilde Boulanger et Céline Chevallier… « Bien sûr, on y croyait, mais la préparation a été difficile et finir l’année sur une deuxième médaille en grand championnat, c’est déjà un beau happy-end », dit-elle sobrement.
À seulement 26 ans, et à l’heure où la relève ne poussepas franchement très fort, n’y avait-il pas d’autre issue ? La réponse de Sonia est à son image, claire et franche : « Jessica et Clotilde connaissaient ma décision depuis le début de la prépa, Ayoub aussi. Je sais que c’est un choix personnel qui pèse sur cette équipe, mais Bercy, c’était boucler la boucle : les mondiaux, en France, à Bercy, que veux-tu faire de mieux ? En plus, j’ai une importante charge de travail à la direction des Sports de la Ville de Nice qui m’emploie et concilier les deux projets devenait très compliqué. Des mois et des mois sans week-end, sans repos… On aurait pu continuer encore, mais je ne conçois pas de faire les choses à moitié. Il faut être honnête avec soi-même et avec les autres : je crois que je n’avais plus envie. À un moment donné, il faut choisir. »
Sa nouvelle vie ? « Des soirs où j’aurai moins la pression de m’entraîner. Un investissement auprès de la ligue Côte d’Azur aussi pour transmettre ce que j’ai appris et mon travail d’éducatrice.» Quant au message à ses camarades d’équipe, il est limpide : « Équipe un jour, équipe toujours. Je serai toujours là pour elles. » OLIVIER REMY

 

Sonia Fiuza et Jonathan Plagnol

Sonia Fiuza et Jonathan Plagnol

Jonathan Plagnol

CETTE FOiS, C’EST LA BONNE !

C’est certainement l’un des plus beaux parcours du kata français qui raccroche pour de bon. Un titre de champion du monde décroché en 2008 à Tokyo puis un premier arrêt, avant un come-back réussi en 2011 avec, à la clé, une médaille de bronze remportée à Bercy. Des performances qui forcent le respect et une attitude irréprochable sur le tapis comme en dehors. Retour sur la carrière de Jonathan Plagnol, figure incontestée du kata français.

Dimanche 25 novembre 2012, il est 12h20 quant le natif de Lyon tombe dans les bras d’Yves Bardreau, entraîneur national kata et coach de longue date, en lui soufflant, avec émotion, « ça y est, c’est fini ». L’équipe masculine de kata vient de décrocher une belle médaille de bronze même si c’est l’or qu’elle était venue chercher. À cet instant, personne ne veut l’entendre, mais Jonathan le sait, cette médaille vient clôturer une belle carrière dictée par une détermination et un sens du partage hors du commun. Flashback…
Jonathan a 6 ans quand il commence le karaté au SKO Fleury. Dès ses débuts, il impressionne par sa polyvalence.
Son physique, plutôt trapu, l’amène progressivement à travailler la technique pure du kata. « Lors de mes prestations en jeunes, je n’avais qu’un seul but, attirer tous les regards de la salle sur moi. » Une volonté sans faille qui est vite devenue un de ses points forts, lui permettant d’accéder à l’équipe de France et à l’INSEP. Là-bas, il rencontre Yves Bardreau, son coach avec qui il tisse des liens très forts, mais surtout Julien Dupont et Ayoub Neghliz avec qui il cohabite durant deux années. Ce dernier considère d’ailleurs Jonathan et Julien comme « ses plus belles rencontres du karaté ». Une complicité réciproque qui dépasse largement le cadre sportif et qui constitue la clé de leur réussite sur le tapis. « Des aventures, je pourrais vous en raconter mille, on parlait karaté, on vivait karaté, dans le seul et unique but de ramener des titres ». À la mise en place du Bunkaï lors des championnats d’Europe de 2001 à Sofia (Bulgarie), Jonathan explique que le « kata a pris une autre dimension, a fait naître la fantaisie et l’innovation qui manquaient
cruellement à la discipline ». Dès lors, les résultats pouvaient commencer à tomber. Champion d’Europe seniors en 2006 en Norvège puis vice champion du monde la même année à Tampere en Finlande alors que Jonathan souffre d’une luxation de l’épaule. « Je savais que ça pouvait lâcher à tout moment, mais il m’était impensable de devoir abandonner mes partenaires. » De l’insouciance ? Plutôt le sens du partage et la volonté d’aller au bout des choses. Des valeurs qui mèneront l’équipe deux années plus tard au titre ultime de champion du monde. « Gagner en finale contre le Japon au Japon, c’était fantastique et ça mettait un point final à tout ce qu’on avait mis en place durant toutes ces années », se souvient Jonathan qui, quelques mois après, mit fin une première fois à sa carrière après l’arrêt de ses deux coéquipiers.
Février 2011. Le moment choisi pour le cadre commercial en activité dans le Sud de la France pour remettre les pieds sur le tatami. « À cette période, les meilleurs ne m’impressionnaient pas, j’avais envie de revenir, de me lancer un nouveau défi en vue des championnats du monde qui se déroulaient en France. » Un retour qui posait plusieurs questions quant à son engagement dans le projet et sa condition physique. Des interrogations immédiatement balayées par son coach Yves Bardreau. « Il était le bienvenu, d’abord parce qu’il était champion du monde. Et surtout parce que c’était quelqu’un de fiable que je connaissais déjà ». Une confiance à laquelle s’ajoutait la naissance d’un double rôle au sein de ce nouveau collectif formé par Jonathan Maruani et Romain Lacoste. « J’étais en quelque sorte le grand frère, quand il y avait des décisions à prendre, je m’en chargeais. Je faisais le lien entre l’encadrement et l’équipe, j’apportais une forme de stabilité quand eux m’aidaient physiquement. Ça a été une période extrêmement difficile, je devais réussir à concilier travail et entraînements. Pour autant, ils ont toujours eu confiance en moi », raconte celui qui a mis tout en œuvre pour emmener cette équipe sur la troisième marche du podium. Une période usante pendant laquelle Jonathan a dû faire des sacrifices et se remettre en question chaque jour. Certainement les débuts d’une retraite sportive annoncée. « Ma vie a été dictée par le karaté pendant près de 23 ans ». Usé, pas tant physiquement, mais surtout psychologiquement, Jonathan explique qu’il n’avait « plus envie d’aller à l’entraînement », qu’il voulait « savoir ce que c’était que la vie sans karaté ». Enfin, pas tout à fait… « Je pense finir de passer mes diplômes pour pouvoir enseigner. J’imagine déjà monter mon club, transmettre le savoir et l’expérience accumulés toutes ces années et pourquoi pas rencontrer et battre les élèves de mes anciens partenaires », conclut en riant ce grand compétiteur qui restera dans les têtes comme un capitaine exemplaire. THOMAS BLANC

 

Betty Aquilina se retire aussi

Elle a attendu la fin des mondiaux de Bercy et même l’Open de Paris, en janvier dernier, mais ça y est, c’est dit : Betty Aquilina, vice championne du monde 2010 des -50 kg a mis un terme à sa carrière de karatéka sans bruit, à l’heure où celle de sa grande rivale, Alexandra Recchia, a pris une belle envergure. « Je garde des contacts avec le monde du karaté pour l’instant, notamment avec mon entraîneur Louis Lacoste, à Montpellier. Mais après 24 ans de compétition, je me rends compte que je n’ai jamais fait de karaté pour le plaisir, sans objectif. Je dois aussi prendre soin de moi. Au karaté, on prend des coups. Il faut être vigilante. Je suis un peu frustrée, j’aurais bien aimé refaire les mondiaux et les gagner. C’était mon but, les gagner », sourit-elle. Une fin de carrière qu’il faut savoir gérer, aussi « j’ai un suivi psychologique pour faire mon deuil. L’exigence et l’intensité
que l’on met dans notre quotidien pour atteindre le meilleur niveau ne peuvent pas s’effacer comme ça, du jour au lendemain. » En attendant de passer le cap, Betty s’entraîne au foot en salle et a décidé de former un groupe de musique. Pour jouer une nouvelle partition dans sa vie. LAURE BLANCHELANDE