Jean-Luc Reichmann

«Fier d’être combattant»

C’est à Toulouse alors qu’il avait 14 ans, que celui qui allait devenir l’un des animateurs les plus populaires du PAF, a poussé pour la première la porte d’un dojo. Une rencontre qui l’a transformé pour toujours. Si un accident de moto a mis fin à ses ambitions, le karaté reste un ancrage puissant chez celui qui n’hésite jamais à mettre en avant la discipline à l’antenne. Un combattant dans l’âme qui est toujours resté en contact avec son club et, sans en faire trop, pioche dans son expérience de combattant pour prendre des risques et avancer. RECUEILLI PAR OLIVIER REMY

Jean-Luc Reichmann

Jean-Luc Reichmann

Concrètement, qu’est-ce que tu penses avoir appris dans le karaté que tu n’aurais pas trouvé ailleurs ?

(Spontané) Ce rapport à l’autre, au partenaire-ad- versaire, et un mental où tu es obligé d’être fort. En karaté, tu apprends à ne pas reculer devant le dan- ger. Tu apprends à chercher la faille de l’autre aussi, à interpréter son langage du corps, donc être à son écoute. Surtout, tu es confronté à toi-même: si tu veux progresser, si tu veux gagner, tu dois prendre des risques. C’est un miroir pour soi-même. C’est assez spécifique aux arts martiaux, avec tous les codes qui s’y rattachent, je pense.

Tu es venu passer une journée entière aux derniers championnats du monde. Mais ton karaté à toi, jusque-là, c’était quoi ?

J’ai effectivement découvert des combattants que je ne connaissais pas, mais ma génération, c’est celle de Valéra. À l’époque, c’est ce qui se faisait de mieux. Et je crois savoir qu’il fait encore pas mal le karaté, hein ? Vraiment, il incarnait ma passion : sa posture, son at- titude martiale. Quand je le voyais, je voyais ce à quoi j’aspirais: on n’est pas dans la représentation sur un tapis, on ne peut pas tricher. Il n’y a pas de place pour les «tralalala» (sic). T’es en kim’ et tu es obligé d’y al- ler. Quand tu pratiques sincèrement, cela ne te quitte jamais vraiment. Je suis allé jusqu’à la ceinture noire avec un professeur exigeant. C’était un chemin très in- téressant au cours duquel il a fallu se livrer. En fait, je le dis, j’en suis heureux aujourd’hui, je suis fier d’être un combattant, de faire partie de cette famille. Parce que le combat m’a toujours passionné.

Tu vis depuis des années sous les feux des projecteurs, devant les caméras, tu possèdes toi-même une immense notoriété. Comment tu te situes dans ce monde là ?

Justement, la télé, c’est un combat. Bon, le mot est peut-être un peu fort, mais il y a de la dureté dans la télévision. C’est à la fois un monde de paillettes, un peu superficiel, en tout cas éphémère, mais il y a une sorte de violence intérieure, quelque chose de fort. Et je crois qu’on le vit mieux quand on a fait un sport de combat. En tout cas, c’est ce que je me dis.

Tu parles souvent du karaté quand tu donnes des interviews, voire à l’antenne. Tu as encore le temps de t’entraîner ?

Non et, avec le métier que je fais, je ne peux malheureusement plus prendre le risque de prendre un gros coup de pied dans la tronche. Je suis déjà pas si beau (rires). Je suis à l’antenne 365 jours par an, je fais du cinéma, je suis sur scène au théâtre. Là, tu arrêtes de prendre des risques. Mais le dojo, quand j’y pense, c’est toujours quelque chose de spécial. C’est une ambiance de travail, une odeur, du partage… Je vais sans doute y retourner faire un tour dans les prochaines semaines pour me préparer physiquement pour un film. Ce sera juste pour le physique, mais ça va me démanger.

Est-ce que les gens que tu croises sur le plateau, le milieu de la télé, des people peut-être, te parlent du karaté ?

Oui, souvent, les gens connaissent mon parcours et moi, j’aime parler d’où je viens. Parce que c’est la vraie vie ça.

Un dernier mot sur ceux qui découvrent ton parcours de karatéka…

Et bien, je ne suis pas qu’un animateur ! Plus sérieuse- ment, quand j’ai vu les derniers championnats du monde, la cérémonie d’ouverture que j’ai vécue, un vrai spec- tacle bien réussi, je me dis que le karaté à sa place aux JO. Nous sommes encore le parent pauvre aujourd’hui, mais ce serait formidable pour notre discipline de pou- voir obtenir la reconnaissance qu’elle mérite. Souvent, je me dis que le karaté est un peu au judo ce que le hand est au basket : un sport génial, mais sous médiatisé. Or, nous aussi, on a nos experts (rires).


Made in Shaolin Toulouse

Lilian Froidure ? Une figure du karaté sudiste, 6e dan, guide de plusieurs générations de karatékas toulousains, dont encore récemment des jeunes de niveau européen comme Maxime Leclaire ou Maxime Coppin et quelques perfs comme celle de Julien Bourguignon, qui a sorti Johan Lopes lors du dernier Open de Paris.LeShaolinToulouse? Sa création, en 1985. Parmi ses élèves, un anonyme qui deviendra l’animateur préféré des Français, Jean-Luc Reichmann. Leur rencontre, c’est son prof qui la raconte, avec pudeur. « J’ai rencontré Jean-Luc quand il avait 14 ans. Le “petit” Jean-Luc ? Il était déjà assez grand ! Il bougeait dans tous les sens, il adorait faire des blagues et amuser tout le monde, se souvient-il. Il avait déjà la vocation pour son futur métier. Il respectait beaucoup le code du karaté mais il apportait sa joie de vivre, sa personnalité ». Ce qui ne l’empêchait pas d’être sérieux dès qu’il s’agissait de l’entraînement. Sérieux au point d’atteindre le niveau des demi-finales des championnats de France. Un karatéka bosseur élevé dans l’exigence de Lilian Froidure. Et puis, comme le dit le proverbe, chassez le naturel… il revient au galop. L’inné de Jean-Luc Reichmann, c’est l’animation. « C’était déjà son truc à l’époque, témoigne Lilian Froidure, et je peux vous dire que, certaines fois, il nous a mis le feu, rit-il. Une fois, on était en route pour la coupe de France. On s’est arrêté à Bordeaux, on a mangé dans un routier. Jean-Luc a réussi à faire rire toute la salle avec quelques blagues. On a bien ri à cette soirée. » À l’époque, le futur Victor Sauvage anime des jeux sur les ondes d’une radio de la Ville Rose. Son entraîneur l’encourage sansa relâche à poursuivre sa voie. « Il ne faut pas avoir de regrets… » Le message est clair. Dix ans de karaté ensemble. De ces échanges nait une amitié sincère, fidèle à l’épreuve des années, des heurts de la vie (Jean-Luc fut gravement blessé dans un accident de la circulation il y a plusieurs années), de la distance et de deux mondes qui n’ont pas grand-chose en commun en apparence. « J’habite à 300 mètres de chez ses parents, dès qu’il est de passage, on se voit ». Jean-Luc Reichmann garde aussi un lien avec son ancien club. Lorsque l’occasion se présente, il endosse le costume de présentateur pour le gala annuel du club, la Nuit du Shaolin, née en 1985 (la 28e édition aura lieu le 30 mars prochain, NDLR), pour financer les déplacements des karatékas aux compétitions. Quand le Shaolin Toulouse se trouve en situation financière dangereuse, il n’hésite pas à faire monter son professeur à Paris, afin qu’il fasse la publicité du club dans son émission. Un geste dont Lilian Froidure lui est reconnaissant. « Il aide beaucoup le club mais il a toujours refusé de mélanger argent et amitié ».
LAURE BLANCHELANDE