Le monde à vos pieds

La dernière fois… c’était en 1972. La France avait obtenu l’organisation du deuxième championnat du monde à Paris. La grande équipe de l’époque recevait chez elle avec l’ambition de montrer, pour le présent et pour l’avenir, toute sa force. Affirmation de soi sur le plan sportif, mais aussi au-delà, affirmation de la richesse d’une culture, du poids d’une histoire, de la stabilité d’une organisation, il y a tout cela dans le fait de recevoir chez soi le monde entier pour mettre en scène le grand rendez-vous mondial du karaté. En 1972, les fers de lance, les Valéra, Sauvin, Gruss, Setruck et Petitdemange allaient donner la direction pour toute une génération et asseoir la position du karaté français. Il aura fallu quarante ans exactement pour que cette opportunité nous soit à nouveau donnée. C’est peut-être que le karaté français a trop bien profité de cette première rampe de lancement qui la conduisit jusque dans les années 2000 à une domination exceptionnelle, ponctuée entre autres de six victoires par équipes masculines kumite. C’est aussi parce que le karaté, s’il n’est (toujours) pas olympique, est bien universel. Des championnats du monde organisés deux fois aux États-Unis et deux fois au Mexique, en Afrique du Sud, en Malaisie, à Taïwan, même le grand frère du judo ne peut pas se targuer de pouvoir en dire autant. Il n’empêche, quarante ans, c’est long ! Surtout si l’on considère que des grandes nations comme le Japon et l’Espagne ont eu trois fois ce privilège. C’est donc à un moment particulièrement rare et particulièrement important que nous sommes conviés à Bercy – la grande enceinte du sport français. Des travées pleines, un public par milliers scandant comme un tonnerre le nom de ses favoris! Le karaté n’a jamais connu ça, et vous non plus, qui en rêviez pour votre discipline favorite. Pendant cinq jours, le monde – celui du karaté au moins – sera à vos pieds. Le karaté n’est pas encore aux Jeux, mais il est à Bercy et ce sera immense. Que vous soyez, dans quelques semaines, l’heureux détenteur d’un billet et présent sur place, ou seulement devant un écran (enfin du karaté à la télévision !) ou même seulement en pensée avec les combattants et les techniciens, voici le dossier qui va vous permettre de mieux suivre l’aventure. Les dates et les horaires, les adversaires potentiels (même si toutes les surprises sont possibles jusqu’à la clôture des inscriptions), les chances françaises, les points de vue et les souvenirs des experts et des anciens. Tout est à lire dans les pages qui suivent  Emmanuel Charlot


Dominique Charré, Directeur technique national

« L’Équipe de France a besoin de vous »

Vers le haut. « C’est d’abord un championnat du monde, nous savons comment cela se prépare, qui seront les adversaires, le gabarit de l’épreuve… Nous avons énormément travaillé en deux ans et nous pouvons avoir une confiance raisonnable. Sur le plan de l’organisation, tout va bien se passer, il y a des signes qui ne trompent pas. Sur le plan sportif, ça va être plus tendu, mais on a des combattants capables de gagner des médailles, un champion d’Europe masculin, des athlètes qui, aujourd’hui, gagnent des Open dans toutes les catégories, en combat comme en kata. On part d’un peu loin pour être complétement tranquille, mais le travail accompli depuis Belgrade, en 2010, est significatif. On a enfin recommencé aux championnats d’Europe de Ténérife à gagner plus de finales qu’on en perd et cela nous a ramené vers le haut du classement des nations. Deuxième des championnats d’Europe derrière l’Italie qui sera l’une des nations fortes comme à Tampere (2006), Tokyo (2008) ou Belgrade (2010), et en faisant beaucoup plus de médailles que les autres nations, comme c’était d’ailleurs déjà le cas à Zürich en 2011. L’équipe de France est repartie vers le haut. »
Rien d’ordinaire. « Mais ce n’est évidemment pas un championnat du monde ordinaire, ni pour les athlètes, ni pour la Fédération, ni même pour le public. On a été vraiment bluffé par le fait que c’était plein six mois avant la compétition. C’est impressionnant. Cela montre que dans l’esprit des karatékas français, tout le monde a compris que c’est le rendez-vous de toutes les générations confondues, un moment unique à vivre, et aussi un moment charnière. Il y aura un avant et un après championnats du monde à Bercy. Bien sûr, il n’y aura pas de révolution spectaculaire, ce sera les même gens, le même quotidien. Mais ça va changer le regard des institutions. Tous nos partenaires institutionnels, le Ministère, le Conseil Régional d’Ile-de-France, l’Insep et d’autres, avaient déjà, par une accumulation de petites choses positives, une bonne image de nous, de notre sérieux et de notre volonté à bien faire sur le long terme. Nous avons un crédit, gagné la confiance de tous. Mais là, ils vont vraiment savoir pourquoi. Bercy va rendre tout cela manifeste. »Comme des artistes. « Pour les titulaires, il faut qu’ils comprennent leur chance. Au fond, nous faisons tous cela pour eux, pour que 24 athlètes puissent donner le meilleur d’eux-mêmes devant leur famille, leurs amis, et tout le karaté français rassemblé.Pour une fois, ils ne resteront pas anonymes, tout le monde pourra les voir combattre et les encourager, il y aura des journalistes, des télévisions. On leur donne l’opportunité de gagner un statut au sein de la famille du karaté, d’être  connu toute leur vie en gagnant l’or à Bercy. Ils sont un peu comme des artistes habitués à des salles de 200 places qui ont la chance de se produire une fois au Stade de France ! Je sais qu’ils l’ont compris et qu’ils en sont heureux. Certains vont être portés par ça, d’autres peuvent en être inhibés. On peut penser que Bercy et son public peuvent aussi intimider les étrangers. Si j’ai un souhait, un voeu, c’est de sentir que tout le public présent encourage, permette à nos athlètes de se transcender. Soyez derrière l’équipe de France ! Elle a besoin de vous. » Emmanuel Charlot

Thierry Masci, Directeur des Équipes de France

« Que le public soit content de ses combattants! »

« On voudrait bien dire que ce sont des championnats du monde « comme les autres », mais déjà, cela n’existe pas des championnats du monde comme les autres, et ce sont les premiers organisés en France depuis quarante ans. Alors, c’est clair, ce ne sera pas un événement sportif comme un autre. Pour nous, l’objectif est de faire de cette dimension unique un atout positif. Sur le plan de l’organisation, le premier défi de remplir Bercy est atteint. À nous maintenant de concrétiser tout cela par des médailles, mais surtout de faire en sorte que le public soit content de ses combattants. Nous avons de nombreuses chances de podium et beaucoup de points positifs à faire valoir. Dire que nous allons terminer première nation, ce serait une prétention. Nous avons beaucoup travaillé, mais notre classement 2010, à Belgrade, c’est cinquième nation et il y a énormément de pays qui peuvent emporter des médailles. Tout se jouera sur les médailles d’or qui seront très disputées. Il faut que l’on termine dans les trois meilleures nations. Nous ne serons pas forcément les favoris, même si cela se passe à Bercy, mais nous pouvons nous considérer comme des outsiders à fort potentiel. Les étrangers le savent et nous craindront devant notre public. En deux ans, l’équipe a retrouvé un équilibre entre les filles et les garçons, nos combattants ont pris conscience de leurs lacunes éventuelles, mais aussi de leur talent. Ils sont volontaires et ils ont compris que c’est sur le tapis qu’il faut prouver et prendre des risques pour obtenir des victoires, comme d’ailleurs la nouvelle réglementation d’arbitrage les y encourage. Lors de la préparation, nous avons ouvert le collectif à des gens inattendus comme Mustapha Ndiyae – qui a amené sa maturité et son enthousiasme – Marien Akombo, 43 ans, sept enfants et une entreprise, qui a été un partenaire parfait et un exemple pour l’équipe. On a terminé par une épreuve commune, avec le GIGN, les chiens, les lacrymo… cela a été très dur, mais ils ont fait groupe. Le GIGN sera d’ailleurs dans les tribunes à Bercy. Maintenant, qu’ils profitent de cet événement exceptionnel. Je souhaite pour eux qu’ils puissent laisser s’épanouir leurs qualités de karatékas et d’hommes dans ce rendez-vous » Emmanuel Charlot