Coupe de France combat seniors

Une compèt’ sous influence

Marvin Garin a de gros moyens. Il s’impose en -67 kg et se forge un destin d’outsider dans la catégorie de William Rolle.

À moins d’un mois des championnats du monde de Bercy, la Coupe de France 2012 n’a pas échappé à cette puissante influence. En l’absence des leaders, ce sont les prétendants qui en ont profité.

« Si la coupe de France avait eu lieu un mois plus tôt, on aurait pu en faire un dernier test national pour les championnats du monde, mais là, c’est vraiment un peu trop tard pour prendre des risques avec les titulaires de l’équipe nationale » analysait Thierry Masci, le directeur des équipes de France. L’énormité de l’événement à venir écrasait donc un peu l’événement national et l’encadrement des équipes de France, s’il était attentif aux efforts des prétendants pour briller à cette occasion, avait aussi, et surtout, l’œil braqué sur ceux qui seront à Bercy et qui étaient tout de même là pour leur club en équipes, comme William Rolle, Mathieu Cossou ou Ibrahim Gary, ou engagés en individuel, comme le jeune Salim Bendiab en +84kg, lequel a gagné sa sélection dans l’équipe nationale qui fera les championnats du monde. Bonne nouvelle, tous ceux-là ont parfaitement réussi leur week-end. Mais il y avait ceux qui étaient là pour profiter de l’occasion. Une Coupe de fronce sans ses leaders habituels, c’était aussi une belle opportunité pour se mettre en valeur.

Masculins

Bendiab s’affirme

En -60 kg, on aurait pu attendre la montée en puissance de l’ancien champion d’Europe cadets 2009 Antoine Cuenca, finaliste l’année dernière. Mais peut-être fragilisé par son départ du pôle France de Montpellier, il tombe dès le premier tour. En finale, l’expérience de l’ancien champion d’Europe et médaillé mondial juniors Sofiane Ainine lui permettait de gérer la fougue du frangin de Lamya, Ghilas Matoub, battu 6-1. Sofiane Ainine se replace.

En -67 kg, Anthony Gillet s’était classé sur les deux dernières coupes de France, remportées par le grand absent William Rolle, mais il est cette fois battu par le jeune Agoudjil, vice champion d’Europe juniors 2011, lequel ne parvenait pourtant pas jusqu’en finale. C’est le Bourguignon de Saint-Florentin Yves Martial Tadissi qui arrachait cette accession. Tadissi ? Un combattant d’origine congolaise déjà deux fois champion d’Europe juniors (2009) et espoir (2011)… pour la Hongrie ! En finale, ce sera cependant au Français Marvin Garin que reviendra l’or. Bel espoir de la catégorie, le vif combat- tant de Sarcelles, champion d’Europe cadet puis junior ces dernières années, commençait par marquer deux points rapides, mais se faisait reprendre par son ad- versaire. Il emportait néanmoins l’or d’un coup de pied parfait à six secondes de la fin.

En -75 kg, Romain Alloux, Dimitri Deniau étaient des outsiders possibles. Ils étaient battus par l’inattendu Abdel Ohid Boujaaba, espoir en 2011. L’affrontement était intense en finale contre le Malgache Aminrina, 32 ans et futur représentant de Madagascar à Bercy ! Rien n’était marqué sur le combat et, malgré l’activité de son adversaire, c’est Boujaaba qui emportait trois drapeaux sur deux.

En -84 kg, Le Parisien Mickaël Serfati avait sans doute des choses à prouver, et d’abord à lui-même, ce week- end là à Coubertin. Titulaire dans l’équipe de France kumite des derniers championnats d’Europe, il a per- du depuis sa place pendant la préparation. Il parvient sobrement en finale, dans un demi tableau où apparaissait aussi Larry Dona, qui se ne classe pas cette fois sur le podium. En face, Medhi Lakehal, champion d’Europe juniors 2010 et finaliste l’année dernière, était éliminé rapidement et c’est Sylvain Bottin qui privait de finale le champion de France espoir Jordan Laugier en demie. Mais Mickaël Serfati, très sûr en contre, marquait le premier rapidement contre le combattant de Venissieux et contrôlait. Sa manifestation de joie disait toute sa détermination à rester au contact.

En +84 kg, L’affrontement masculin du jour, c’était en poids lourds, qu’on le trouvait : Face à Florian Malguy, éternel outsider pour l’équipe nationale, lui qui fit partie (en remplaçant) de la dernière équipe de France championne du monde en 2004, se dressait la longue et fine silhouette du jeune champion d’Eu- rope espoir 2011, le Nordiste Salim Bendiab. Une finale identique à celle des Open l’année dernière, emportée alors par Bendiab. Un combat d’hommes forts, avec l’enjeu pour le combattant de Condé-sur-Escaut de prouver qu’il méritait bien sa sélection dans l’équipe masculine kumite des championnats du monde. Fort toute la journée, le Parisien Malguy prenait la tête du combat et menait encore d’un point, 2 à 1, à quelques secondes de la fin. Mais Bendiab revenait à égalité avec un balayage qui lui permettait de frapper au visage son adversaire déstabilisé, et prenait le dessus d’un coup de pied définitif à une seconde de la fin ! Une belle dé- monstration pour ce jeune combattant brillant, venu chercher ici des combats et de la confiance après une blessure au genou.

Féminins

Première pour Agier

En -50 kg, Marina Piacenta (dont la petite sœur Marjorie vient de rentrer des championnats du monde cadets avec une médaille de bronze) do- minait une catégorie plutôt faible avec ses sept engagées. En finale, elle dominait Houria Rolle, la jeune femme du tout nouveau champion d’Europe William Rolle, par 5-0 et un beau mawashi.

En -55 kg, l’internationale Aurélie Calizingoué, débarrassée cette fois de la tutelle de sa rivale Lucie Ignace, s’emparait enfin du titre en battant de deux points sa partenaire de club à Orléans Vivienne Macchiarelli. En -61 kg, la jeunesse d’avenir était à l’honneur. On re- trouvait en finale la prometteuse vice championne du monde juniors Alizée Agier, récente finaliste de l’Open d’Allemagne devant la championne du monde australienne Mah, mais c’est bien sa rivale Leila Heurtault qui semblait devoir une nouvelle fois la battre, après l’avoir rejoint en finale en écartant notamment la championne de France Lucile Breton. Dynamique et mobile, Leila Heurtault, qui a été choisie pour le dernier championnat d’Europe juniors plutôt qu’Alizée Agier, a le don de faire « déjouer » cette dernière. Elle menait trois à zéro et semblait laisser sa rivale Agier dans l’impuissance. Mais tout à sa volonté de ne pas se laisser fixer par sa grande adversaire, elle sortait une fois de trop du tapis… et se retrouvait disqualifiée ! Une belle occasion gâchée pour Heurtault et un premier titre en seniors un peu heureux pour Agier.

Les équipes

La surprise Orléans

« Ça fait longtemps qu’on attendait ça. C’est une belle victoire d’un groupe jeune ». Celui qui parle ainsi, c’est Olivier Baillon, entraîneur du Budokan Karaté Orléans, l’équipe qui vient de créer la surprise en emportant cette coupe de France par équipes féminines face au Sarcelles de Lamya Matoub, Tiffany Fanjat, Maeva Samy et autre Ruth Soufflet. Un groupe costaud qui avait tout emporté depuis 2006. Pour arriver en finale, les filles de Sarcelles avaient sorti le SIK Paris, l’Entente Saint-Florentin, et le Samouraï 2000 du Mans. Orléans s’était frayé un chemin face aux Essonniennes du Karaté Shotokan et aux Vendéennes du Fontenay Karaté Shotokan. Le groupe de Gentilly, emmené par Gilles Cherdieu, leur avait effectivement tenue la dragée haute, avec une vic- toire de Sonia Fromager pour Gentilly sur Anne-Laure Florentin. Mais Orléans peut se féliciter de son recrutement judicieux. Avec l’arrivée de Florentin et d’Aurélie Calizingoué, venues renforcer l’impact déjà donné au groupe orléanais par Emily Thouy, l’équipe peut désormais faire peur et montrer la voie aux autres prétendants. Sarcelles, l’équipe régnante, n’a pas vu venir le coup qui allait mettre fin à sa longue série. Anne-Laure Florentin frappait la première avec une victoire déterminante et large (5-0) sur Maeva Samy. Avec sa vitesse et sa mobilité, Emily Thouy concluait victorieusement cette révolution de palais. Elle touchait trois fois la grande Lamya Matoub, et justifiait ainsi en passant sa sélection dans le groupe France pour les championnats du monde. Impuissante en troisième combattante, mais très belle joueuse, Tiffany Fanjat faisait le bilan lucide de cette mésaventure : « Je suis d’autant plus déçue que c’était ma dernière compétition avec l’équipe. Mais les filles en face avaient vraiment les dents longues et elles ont vraiment élevé le niveau. Je leur dis chapeau bas. Ça montre qu’il faut se remettre constamment en question ». Bien vu. Sarcelles, chez les filles, a trouvé à qui parler dans les années à venir. Sarcelles n’a pas tout perdu. Sa forte équipe masculine garde son titre. Mais ce fut mouvementé ! Parvenue sans difficulté en finale, l’équipe de William Rolle, Ibrahim Gary et autres Mathieu Cossou, tous membres de l’équipe de France, y retrouvait les valeureux membres du SIK Paris, si souvent placé. « On aurait bien aimé gagner», commentait avec philosophie et son sourire habituel l’entraîneur mythique Serge Chouraqui « parce que cela fait 40 ans aujourd’hui qu’on est engagé dans cette compétition. La première fois qu’on l’a emporté, c’était en 1972. Mais ça reste du plaisir… ». Une remarque bien venue, vue l’ambiance de cette finale disputée. D’un balayage contre l’éternel Max Gazzini, Ibrahim Gary avait amené la première victoire et trois points à Sarcelles. Le Parisien Florian Malguy faisait alors face à Terence Kusa Bandudi, qu’il avait éliminé la veille en demi-finale. Ambiance électrique, une poussée, un coup de tête apparent du combattant de Sarcelles, suivi d’un moment de tension, les partenaires montant sur le tatami suivis par ceux qui souhaitaient les en empêcher. Après le retour au calme, Terence Kusa Bandudi se voyait sorti du combat par disqualification. Un 8-0 très favorable à Paris… mais c’est le champion d’Europe William Rolle qui montait pour Sarcelles et malgré la valeur de l’opposition de Mickaël Serfati, prenait la victoire en plantant six points. Thomas Aubertin, qui n’avait pas combattu de la journée, ramenait alors une nouvelle victoire à Paris en surpassant Cédric Sioussaran par 3-1. Tout se jouait donc sur le dernier combat entre le solide Moustapha NDiaye pour Paris et l’international Mathieu Cossou pour Sarcelles. Lequel contrôlait par- faitement et donnait une nouvelle victoire à son club en marquant cinq points. « J’ai pris ce combat comme une préparation. Avoir à gagner un combat décisif, c’est une situation dans laquelle je vais peut-être me retrouver dans un mois. Nous avons gagné cette coupe en 2002 et sans interruption depuis 2006. Notre force, c’est de toujours trouver des ressources, même quand noussommes contestés. » EMMANUEL CHARLOT