Équipe de France : un été de préparation

La préparation des championnats du monde de Paris bat actuellement son plein. Une période de travail qui a commencé dès le début de l’été par plusieurs stages. Revivez ces moments décisifs avec les acteurs de l’équipe de France.

L'équipe de France à l'entraînement.

Kata, kumité, même combat ! On a affûté ses lames tout au long de l’été.

Pas de Plage, de soleil ni de farniente Pour les karatékas de l’équiPe de france qui ont multiPlié les stages un Peu Partout dans l’hexagone. Beaucoup de travail physique et technique, mais peu de compétitions. Un choix délibéré selon Thierry Masci, directeur des équipes de France : « Nous avons choisi de ne pas trop les faire sortir pour éviter que les adversaires ne récoltent de pré- cieux renseignements. Cependant, les deux équipes kata étaient en stage au CREPS de Chatenay-Malabry (13-16 septembre), ont fait des démonstrations en septembre et seront présentes à la Coupe de France (10 novembre à Pierre de Coubertin, Paris). Quant aux combattants, ils ont pu se jauger lors de la Rencontre Internationale organisée à Paris (INJ), le 25 août, et à l’Open d’Allemagne d’Hanau, les 22 et 23 septembre. » Une période de préparation avec quelques changements impor- tants pour atteindre les objectifs. « Nous n’avons pas été bons en équipe aux championnats d’Europe. Ça a été une grosse déception. Il fallait réfléchir à la meilleure façon de rebondir, proposer autre chose au groupe. Ça faisait trois ans que les entraîneurs étaient en place, il y avait une forme d’habitude qui s’était créée. Changer l’encadrement en faisant permuter les responsabilités entre Louis Lacoste qui prend en main les garçons, Yann Baillon et Olivier Beaudry qui vont apporter leur regard aux filles, a permis de relancer la préparation. Le mes- sage a été limpide : tout le monde doit de nouveau faire ses preuves. Pour être dans les premières nations, il faudra au moins quatre médailles d’or, beaucoup plus qu’il y a deux ans à Belgrade (un titre pour l’équipe combat féminine). Nous comptons beaucoup sur les individuels. En équipes, nous devons rester humbles, même si le fait de ne pas partir favoris, notamment chez les filles, peut nous aider. Et puis Bercy est l’endroit idéal pour se transcender… » De Montpellier à Bugeat en passant par Briançon, La Bourboule, ou encore Font-Romeu, retour sur deux mois intenses avant le sprint final vers Bercy qui débutera par le stage de Marcoussis comportant mises en situation et travail psychologique basé sur l’approche de l’événement et sa gestion. Le compte à rebours est lancé.

Montpellier

Acte 1

Hérault. du 2 au 7 juillet, début officiel de la préparation pour les championnats du monde. stage de cinq jours pour l’équipe combat. tests physiques et médicaux. encadrants: Thierry Masci, Yann baillon, olivier beaudry, Louis Lacoste.

Louis Lacoste

Entraîneur de l’équipe de combat masculine

« Donner le ton »

« C’était le premier rendez-vous de la préparation, forcément très important, d’autant que nous avons opéré des changements dans l’encadrement qu’il fallait annoncer avec force. Des changements également valables dans la communication avec les athlètes, on était quasiment dans la justification avant. Notre mode de fonction- nement n’était pas forcément mauvais, mais nous ne voulions pas nous empêtrer dans une routine. Ça ne garantit en rien de bons résultats à Paris, mais nous avons déjà pu constater des progrès. Dans un stage long (une semaine), et rare à cette période de l’année, avec une charge de travail très importante, personne n’a tri- ché. On leur a montré que nous nous remettions en question, on leur a demandé la même chose. Un championnat du monde à la maison, c’est une fois dans une vie, on doit se donner les moyens de ne pas passer à côté. »

Nadir Benaïssa

+84 kg, co-capitaine de l’équipe de France

« Un état d’esprit différent »

«notre regard doit être tourné vers l’objectif: gagner ces championnats du monde à domicile. on jugera le changement d’entraîneurs après. ce qui est certain, c’est que cela a été fait pour que nous réussissions, donc il faut s’entraîner encore plus que d’habitude. on sent toute la détermination dans le regard des coachs, on n’a pas le droit de tricher, surtout que notre discipline réclame une remise en question constante. dès ce premier rendez- vous, on a senti un état d’esprit différent. c’était bien d’être à montpellier, dans un environnement familier, pour repartir avec un nouveau groupe.»


Ce qu’en dit le doc’ « une période propice aux blessures »

Jean-François Pertek, médecin de L’équipe de France de karaté depuis huit ans connaît bien les risques liés à la préparation d’un grand championnat. Une expérience qui lui permet un meilleur accompagnement des karatékas.

«Préparer un grand championnat signifie une charge de travail plus importante. La pression de l’événement qui approche, le plus grand nombre de séances font que les difficultés physiques sont plus grandes. il ne faut pas oublier non plus que certains athlètes jouent leur sélection à l’entraînement, sur les oppositions et par conséquent ne s’économisent pas. Un stage par mois en plus des compétitions, c’est beaucoup. Le corps est plus sollicité et a moins de temps de récupération. ce sont des moments propices aux blessures, parfois graves. La petite douleur musculaire ou articulaire est une alerte qu’il faut savoir entendre et ne pas négliger, au risque qu’elle s’aggrave. Pour éviter ces désagréments plus qu’embêtants durant une préparation, nous suivons de très près nos combattants, en collaboration avec les kinés et les entraîneurs qui nous alertent s’il y a un problème. Les athlètes savent que nous sommes là pour leurs résultats qui dépendent de leur condition physique. ces stages estivaux avaient lieu dans une période difficile pour les organismes en raison des fortes chaleurs et du Ramadan pour les karatékas de confession musulmane. mon travail a donc été de répondre présent dès le moindre signe de fatigue et de procéder aux examens nécessaires. Un arrêt supérieur à deux semaines à moins de deux mois d’un grand championnat commence à devenir problématique… il a fallu ne rien négliger.»


Ayoub Neghliz

Entraîneur kata

« Travailler le foncier »

«briançon constituait notre premier regroupement après les championnats d’europe et la coupe d’europe des régions en fin de saison dernière. Un moment très important qui nous a permis de faire des tests médicaux. thierry masci est aussi venu faire signer aux karatékas la charte du haut niveau, leur rappelant les obligations à respecter en équipe de France. L’occasion de leur annoncer les objectifs et le programme de la préparation. Pourquoi briançon? c’est en altitude, on peut travailler le cardio en même temps que le foncier. nous sommes déçus de l’absence de minh dack (resté en Nouvelle-Calédonie, NDLR). nous lui avions demandé de se préparer de son côté, ce qu’il n’a pas fait. c’est d’abord triste pour lui (voir par ailleurs, NDLR). on a fait une sortie en canyoning pour travailler la cohésion. »

Jessica Hugues

Membre de l’équipe de France kata féminine championne d’Europe 2012

« S’adapter à l’altitude »

Sortie en canoë-kayak

Rafting pour les uns, VTT pour les autres : la France attend une équipe soudée et conquérante à Bercy.

«Nous étions contents de tous nous retrouver. C’est dommage que Sonia Fiuza (sa partenaire avec Clotilde Boulanger), n’ait pu y prendre part pour cause de bles- sure, Clotilde et moi avons dû nous entraîner seules. En plus de la reprise, qui n’est jamais évidente, il n’était pas simple de s’adapter à l’altitude. Mais ce fut quatre jours géniaux avec une sortie en canoë-kayak à laquelle même Marie-Pierre Gatto (assistante du Directeur des équipes de France, NDLR) a participé, et une visite aux championnats du monde d’escalade. Toutes ces sorties nous ont fait un bien fou. Être tous ensemble est important pour la cohésion d’un groupe. »

Font-Romeu

Stage olympique

Pyrénées-orientales. du 23 au 28 juillet, équipe combat au centre national d’entraînement en altitude (cnea). travail physique en altitude (1850m) et tests d’efforts. encadrants: thierry masci, Yann baillon, olivier beaudry, Louis Lacoste.

Olivier Beaudry

Entraîneur de l’équipe combat féminine

« Une grosse solidarité »

« C’était la deuxième fois que nous venions avec les seniors à Font-Romeu. nous étions encore dans une période de travail de fond avec beaucoup de répétition gestuelle, du travail physique et musculaire afin que tous soient prêts pour la suite de la préparation. L’altitude a permis de plus travailler en cardio. Ça n’a pas été facile pour certains qui étaient en plein Ramadan. Le gros point positif: une grosse solidarité dans la difficulté. nous avons pu rencontrer des athlètes qui se préparaient pour les Jo, ça nous a poussé à travailler encore plus dur pour la plus grande des compétitions de karaté.»

Marien Akambo

+84 kg, premier stage en équipe de France

« Au delà de l’énorme plaisir d’être appelé pour la première fois en équipe de France, il s’agissait d’un gros stage de préparation en altitude, au niveau du karaté et des activités annexes puisque nous avons fait 42 km de VTT en forêt pendant 6h : 3h de côtes, de descentes, matin et après-midi, sur une journée. Personne n’a lâché, toute l’équipe est vraiment soudée pour aller de l’avant. Ce fut un très bon moment, venu ponctuer une très belle semaine de stage dans un endroit idéal pour se préparer. »

Bugeat

Tous ensemble

Corrèze. du 5 au 11 août, à l’«espace 1000 sources», combat/kata. travail plus spécifique karaté et activités diverses visant à renforcer la cohésion et la dynamique de groupe. encadrants: thierry masci, ayoub neghliz, Yves bardreau, Yann baillon, olivier beaudry, Louis Lacoste.

Yves Bardreau

Entraîneur kata

«Une semaine disciplinée »

« Bugeat ne nous est pas totalement inconnu, l’équipe de France de boxe s’y prépare aussi régulièrement. C’est un peu reculé, il n’y a pas d’éléments perturbateurs, on peut se concentrer à fond sur la préparation. Nous étions encore dans une période de développement physique et psychologique, très peu dans la stratégie. Beaucoup de foncier avec un peu de technique, mais ce n’était pas le fil conducteur. On avait à gérer de petites blessures chez les filles, tout s’est bien déroulé. Cette semaine a per- mis à Sandy Scordo, qui sortait d’une compétition moyenne à Djakarta (Indonésie), en finissant 5e, de se relancer. L’occasion également de mettre en place quelques changements dans le programme de l’équipe masculine, que nous gardons pour nous. On préfère l’effet de surprise à la répétition des compétitions. C’était une semaine disciplinée, presque scolaire, mais toujours dans une bonne ambiance. »

Sandy Scordo

Vice Championne d’Europe 2012, kata féminin

« Pas de cadeaux ! »

« C’était le grand stage foncier de la préparation et il est arrivé au bon moment. J’ai eu des entraînements un peu moins intenses en fin de semaine car je partais pour la coupe du monde de corée (Busan). c’était un stage pivot avec du quantitatif en début de semaine et plus de qualitatif sur la fin. c’était plus convivial d’être avec l’équipe combat durant les repas, même si on s’entraînait séparément. Le « run and bike » (par trois, deux qui courent et un sur un vélo) que nous avons fait en milieu de semaine restera un très bon souvenir. J’étais avec clotilde (Boulanger) et Lucile (Breton). comme j’avais un début de tendinite, il m’était difficile de courir, je suis restée sur le vélo. nous avons quand même terminé deuxièmes derrière tiffany Fanjat, Ruth soufflet et Alexandra Recchia. On ne s’est pas fait de cadeaux! »

La Bourboule

La réflexion avant l’action

Puy-de-dôme. du 26 au 31 août, équipe combat. deux fois 2h d’entraînements quotidiens: technique et la stratégie de combat. encadrants: thierry masci, Yann baillon, Louis Lacoste, olivier beaudry.

Yann Baillon

Entraîneur de l’équipe combat féminine

« Une période transitoire »

« La Bourboule, c’est l’idéal pour rester dans notre logique de cohésion. Il n’y a pas grand-chose à faire, les karatékas restent ensemble le soir, échangent, c’est fonda- teur. Au menu : repas, karaokés, randonnée pour aller visiter les volcans d’Auvergne. Nous voulions bousculer nos habitudes du Centre d’Entraînement de Montpellier. C’était la première fois avec les seniors, mais nous préparons régulièrement les grands championnats juniors ici. L’accueil de la ville et de la ligue d’Auvergne est exceptionnel, c’est une ambiance propice au travail sans ce stress de l’organisation. Sur le plan du karaté, nous étions dans une période transitoire. Après avoir beau- coup travaillé la technique en juillet-août, nous nous sommes attachés à l’approche technico-tactique des combats, du travail avec adversaire sur les points faibles que nous avions pu déceler le 25 août, et sur les enchaînements. »

Tiffany Fanjat

Championne du Monde 2008 des + 60 kg

« Le dernier stage estival »

«La bourboule était le dernier stage estival, juste après la Rencontre internationale de l’inJ. çaaétéunpeuduren début de semaine car nous avons eu peu de récupération, mieux à la fin, grâce à une coupure salvatrice en milieu de semaine et une balade en montagne tous ensemble. notre semaine s’est axée sur plus d’oppositions et de vitesse, un travail sur la distance à tenir face à l’adversaire et sur les enchaînements car les entraîneurs se sont rendus compte, à l’inJ, que nous nous arrêtions souvent après une technique. Le dernier soir, on a mangé ensemble, puis dansé et chanté une bonne partie de la soirée. Une belle conclusion avant la dernière ligne droite.»


la sélection pour bercy connue le 20 octobre

La sélection pour les championnats du monde sera dévoilée les 20 et 21 octobre prochains lors de la coupe de France (salle Pierre de coubertin, Paris). L’occasion de présenter les athlètes sélectionnés «qui ne combattront pas en individuels mais peut-être en équipes de clubs le dimanche, pour ceux dont les clubs seront engagés», confirme thierry masci. Une sélection sans minh dack, médaillé européen à neuf reprises en kata individuel. «il n’a participé à aucun stage, n’a pas fait les tests physiques et médicaux. il n’a pas saisi la dernière chance qu’on lui offrait le 5 septembre au Pôle France de montpellier: une démonstration technique visant à évaluer sa capacité à bien figurer à bercy, qui ne nous a pas donné satisfaction (le jury était composé de thierry masci, ayoub neghliz, Yves bardreau et hervé Puveland, responsable national des arbitres, ndLR).» Un coup dur pour la sélection tricolore qui ne manquera néanmoins pas d’atouts.


Montpellier

La boucle (estivale) est bouclée

Hérault. du 30 août au 2 septembre, équipe kata. stratégie, répétition des katas. encadrants: thierry masci, ayoub neghliz, Yves bardreau.

Ayoub Neghliz

Entraîneur kata

« Dans le vif du sujet »

« Ces quatre jours nous ont permis d’entrer dans le vif du sujet, notamment au ni- veau stratégique, surtout pour les équipes. Les championnats du monde sont de plus en plus proches. Les garçons vont garder sensiblement le même programme, alors que les filles vont le modifier. Nous risquons de tomber sur les favorites dès les premiers tours (Japon, Vietnam, Italie, Espagne), malgré notre titre européen, et il y a des katas qui fonctionnent mieux que d’autres contre ces équipes. Septembre a été déterminant dans le peaufinage de ces katas, leur répétition avant d’entrer, en octobre, dans une intensité qui sera proche de celle de la compétition.»

Jonathan Maruani

Membre de l’équipe kata masculine avec Romain Lacoste et Jonathan Plagnol

« Un gros travail stratégique »

« Montpellier a fait la transition entre le foncier et le travail spécifique kata. Un gros travail stratégique et de choix des katas a été réalisé, une période cruciale pour la suite et pour atteindre notre but: la finale. On a gardé un mauvais souvenir de la serbie et des championnats du monde 2010 (5e place, NDLR). cette préparation est différente avec Jonathan Plagnol (capitaine, champion du monde par équipes à tokyo en 2008) à nos côtés. sa présence nous rassure, nous rend plus sereins. on a aussi bien rigolé, mais sans sortir. on doit rester rigoureux si on veut faire de super championnats du monde et enflammer bercy comme le judo l’an dernier!»


Rencontre internationale

Un entraînement de haut niveau

Avec un collectif volontairement élargi (12 filles, 12 garçons), une rencontre inter- nationale avait été mise en place par thierry masci le 25 août dernier avec la participation d’équipes venues de belgique, des Pays-
bas et d’angleterre notamment. au-delà
des bonnes prestations des Français* lors de cette compétition par poules, on retiendra
la petite méforme de Johan Lopes (battu par l’anglais harris et par Fayçal abbady), mais aussi le dynamisme de Logan da costa en -67kg qui emportait sa poule en battant notamment mathieu cossou et les cannes de medhy cecina finaliste des -84kg contre kenji grillon qui ne l’emportait qu’un
à zéro. La compétition donnait aussi un peu de sueurs à l’encadrement avec la blessure au
dos de Lolita dona à l’échauffement avant les par équipes –un pépin qui allait l’éloigner des tapis pour quelques jours et surtout le ko monumental reçu par William Rolle en équipe également, suffisamment sévère pour que le combattant de sarcelles soit privé de karaté jusqu’à fin septembre.

* Victoires pour Emilie Thouy -50kg/-55kg, Lucie Ignace -55kg/-61kg, Tiffany Fanjat -68kg, Nadège Aït-Ibrahim, +68kg; William Rolle -67kg, Azdin Rhioui -75kg, Kenji Grillon -84kg et Ibrahim Gary +84kg.