William Rolle

Un petit Prince devenu gladiateur

Avec son talent d’exception en bandoulière, le petit Prince de Garges avait jusque là plutôt brûlé les étapes dans un contexte toujours concurrentiel. Débarqué dans la compétition en minime avec son Shureido sur le dos, le petit technicien appliqué jusquelà sur ses bases kata, marque vite les esprits. La bonne fée qui se penche, déjà, sur son berceau, c’est Olivier Beaudry, son professeur, après Daridge Brahmi et Philippe Mallet. Dès sa dernière année juniors, il intègre l’équipe de France seniors en battant le seigneur de la caté, un certain Davy Dona. 2006 : il est troisième des championnats d’Europe, battu par le Turc Kemaloglu, sur « un coup de chiqué ». Le Turc malin n’affronte pas le karaté du petit Prince français, mais trouve les moyens de le dominer. Kemalolgu, encore… 2007, année décisive, William Rolle entre en école de kiné et change de catégorie, venant sur les plates-bandes du leader du moment, Mathieu Cossou. Il lui faut un an pour desceller le socle de l’ancien titulaire et n’a bientôt plus d’autres rivaux que les pointures internationales encore de taille à freiner sa montée en puissance… et notamment son ombre inversée, Kemaloglu le roublard, qui lui refait en 2008 le coup de 2006. Les championnats du monde lui échappent, il n’est « que » troisième. En 2009, nouvelle désillusion : le Grec Triantafyllis, un ancien champion d’Europe battu par Rolle l’année précédente, l’arrête en demi-finale des championnats d’Europe. « Il a reculé, joué tactique et gagne aux drapeaux. Si j’avais su le battre, je le laissais dans le trou. Au lieu de cela, je le remets en selle… ».

« Aller la chercher, n’avoir aucun regret »

Même si le Prince des karatékas français bat tous les meilleurs, en particulier dans les places de trois qu’il emporte presque toujours, des grains de sable grippent sa belle mécanique, il lui manque un petit supplément d’âme, de hargne, de charisme auprès des arbitres… En 2010, l’Italien Massa le prive d’Europe, et d’équipe, car l’encadrement français, contre son gré, lui demande de ne se consacrer qu’à lui, d’aller chercher enfin la médaille d’or. Les championnats du monde sont un échec. Le petit Prince a besoin d’être aimé, a perdu sa confiance. Par quoi la remplacer ? En 2011, Triantafyllis lui fait encore le coup du plus malin, du plus mûr. « Je me demandais vraiment si c’était toujours ceux qui n’attaquent pas qui doivent gagner »… Mais comme le dit Paul Valéry « les jours qui te semblent vides et perdus pour l’univers ont des racines avides qui travaillent les déserts ». Ses examens lui rappellent que le karaté n’est pas tout. Houria entre dans sa vie, devient sa femme et sa plus précieuse interlocutrice. Le fan de Van Damme qu’il était dans sa prime jeunesse se voit désormais en Spartacus, en gladiateur. Sur un tatami, on ne meurt pas, mais il ne faut perdre aucune occasion d’être pleinement soi-même, d’aller au bout de l’idée. William Rolle n’attend plus la récompense que son talent mérite, « il faut aller la chercher, n’avoir aucun regret ». Soudain porté par un arbitrage qui favorise enfin les attaquants, il y parvient comme dans un rêve sur ces championnats d’Europe, lessivant en finale le Turc Kemaloglu, renvoyé enfin à ses propres limites. Au retour, comme un signe, il ouvre « L’Esprit Guerrier » le livre envoyé par Francis Didier à la veille des championnats. « Ça me parle. J’y retrouve l’esprit de mon père ». Le petit Prince est devenu roi. Un roi combattant.♦  E.C