Lolita Dona

La force de la mère

Dans quelques semaines, le petit Kenzy aura cinq ans. Il y a quatre ans, en 2009, sa jeune mère, entrée dès 2003 en équipe de France et revenue tambour-battant après cette naissance au meilleur niveau, commençait à gagner des médailles européennes et mondiales avec régularité. Un hasard ? Bien sûr que non et cela ne fait aucun doute dans l’esprit de Lolita. « Cela m’a apaisée. Je me suis souvenu que le karaté, même à ce niveau, c’est du plaisir. Un jeu. Quand j’étais plus jeune, je refusais le stress et il avait un effet négatif sur moi. Maintenant que je sais que la vrai vie est ailleurs, et que j’ai commencé à la construire, je l’accepte et c’est devenu un atout ». Quand on lui demande ce qu’elle dirait à l’impétueuse Lolita Péret, la brillante attaquante de 20 ans qu’elle était il y a quelques années… et qui avait alors tant de mal à contrôler ses attaques et à gagner les grands combats, elle répond : « je lui dirais qu’elle a bien de la chance d’avoir un père qui l’accompagne aux compétitions, une mère qui lui a donné son caractère et ses racines de gitane. Qu’elle a bien de la chance car elle a une famille merveilleuse, qu’elle va avoir un mari formidable et un fils… ». Le mari, c’est Davy Dona, un autre paramètre essentiel de l’équation Lolita. « C’est le plus grand karatéka français pour moi. Quand je m’entraîne avec lui, cela va dix fois plus vite qu’avec mes adversaires en compétition. Il m’a beaucoup aidé dans ma progression. » Sur ces championnats d’Europe, c’est encore Davy qui apporte, peut-être, cruellement, la dimension qui manquait encore à Lolita.

« Toujours à l’attaque, mais sans les contacts au visage »

À son corps défendant. Après avoir lutté pour revenir dans l’équipe de France, il manque son pari, échouant à passer le premier tour, sous les yeux de sa femme. Cette part de douleur, de tristesse qui l’accompagne alors dans son propre parcours, c’est peut-être finalement le poids de drame qu’il lui fallait pour faire peser sur son caractère la volonté de revanche sur le sort qui accompagne souvent la performance des champions. « Je n’étais pas dedans, mais Davy m’a encouragée et je me suis dis : cette fois tu vas au bout ». Intense, mais contrôlée, Lolita est alors passée à travers la compétition sans rien lâcher à ses adversaires, toujours à l’attaque, mais sans les contacts au visage qui lui avaient coûté tant de victoire il y a quelques années (un problème qu’elle avait déjà appris à dominer avec Yann Baillon et Marc Pyrée et que le changement de règles d’arbitrage relativise aujourd’hui) et avec des fulgurances d’impératrice en coup de pied et en balayage – notamment un fauchage intérieur de la jambe avancée qui lui est venu naturellement à l’Open de Paris et qu’elle a travaillé ensuite avec les copines Émily Thouy et Anne-Laure Florentin. Lolita Dona, vice championne du monde en 2010, sera à Paris, forte de son premier titre européen. Sur le tapis, cette fois, elle sera seule à défendre les Dona, la famille. Une responsabilité qui la rendra bien difficile à vaincre. E.C.