Championnat de France 2e Division 2012

Épreuves de rattrapage

Les championnats de France 2e division qui ont eu lieu au stade Pierre de Coubertin les 28 et 29 Avril distribuaient les derniers billets pour les championnats de France élite. ANTOINE VÉDEILHÉ / PHOTO : D. BOULANGER

L’ambition d’un championnat de France qui doit booster l’élite prend forme.

Une belle salle, Coubertin, un règlement tout neuf (voir par ailleurs), des têtes d’affiche et des internationaux sur le bord des tapis ou dans les tribunes (Nadir Benaïssa, Mathieu Cossou, Johan Lopes…) : les championnats de France « 2e div’ » avaient fière allure. Plus qu’une étape intermédiaire entre les jeunes et les seniors élites, cette édition new look était l’occasion pour ceux et celles qui n’avaient pu remporter le titre de champion de ligue de décrocher les derniers accessits pour les championnats de France élite. Outre les finalistes des championnats de ligue, on retrouvait donc ce week-end là les podiums des inter-régions, eux-mêmes ouverts à tous ceux et celles qui n’avaient pas terminé parmi les deux premiers de leur championnat de ligue respectif. Plus de 300 combattants étaient ainsi réunis et seuls les quatre premiers se sont vu décerner le droit de monter dans le dernier wagon pour aller affronter l’élite du karaté national. Cette formule « nouvelle mais pas figée » selon les termes du DTN Dominique Charré, ressemblait bien à une dernière séance de rattrapage. Pour le DTN, ces 2e div’ ont montré « qu’il y a la place en France pour un championnat élite et un championnat fédéral. Certes l’élite du karaté français est un cercle relativement fermé mais en donnant de l’ampleur à la 2e division, on voit enfin des gens qui sont tellement bloqués par un ou deux combattants extrêmement forts dans leur ligue qu’ils ne pourront jamais “sortir”. Ces championnats sont donc l’occasion pour eux de venir se montrer et de gagner le droit de se frotter à ce qui se fait de mieux sur la scène nationale. » Pour preuve, Antoine Cuenca ou encore Lucile Breton, sur le podium aux championnats de France élite l’an passé ont du passer par la case 2e div’. Depuis, la jeune combattante de Saint-Brieuc a fait mieux…

Une hiérarchie établie
Masculins : Cuenca, Lakehal et les autre

L’an passé, Antoine Cuenca (-60kg) avait créé la surprise en éliminant, au terme d’un combat spectaculaire, le tout récent vice champion d’Europe Johan Lopes en demi-finale des championnats de France élite. Cette fois c’est Alexis, le petit frère de l’international, qui se dressait sur sa route et l’issue du combat a été la même. Victoire du pensionnaire du Sen No Sen Venissieux nette et sans bavure : 5-0. Logique tant il avait dominé sa catégorie toute la journée. Dans la catégorie supérieure, c’est Anthony Payen (-67kg), habitué des championnats élite qui s’est imposé à la décision des arbitres au terme d’un combat âprement disputé (3-2). En -75kg, le tout jeune Nouredine Amirat est venu à bout (1-0) de Sofiane Duchamp Lecheval, peut-être pourtant le meilleur combattant de la catégorie. En -84kg, il y avait Mehdi Lakehal et les autres. Sérieux, il a passé tous les combats sans encombre et s’est défait en finale de Sylvain Bottin, 5e aux élites l’an passé (3-1). En +84kg enfin, Terence Bandudi Kusa, déjà placé en 1re div’ a facilement disposé de Franck Souissa (5-0). Dans une compétition par équipes qui comptait notamment Nadir Benaïssa, Aziz Rghioui ou encore Kenji Grillon, tous venus apporter de l’expérience à leurs clubs respectifs, c’est le Club Arlésien de Karaté Do des frères Abdesselem qui s’est imposé.

Féminines : Les favorites s’assument

Les finales n’ont accouché d’aucune surprise et ce sont celles qui avaient largement dominé leur catégorie dans la journée qui se sont logiquement imposées. En -50kg, Sabrine Jelassi s’est défaite sans trembler de Myriam Moumou (5-0). Ce fut encore plus facile pour Léa Rossi, l’élève de Nathalie Leroy qui a remporté 8-0 sa finale des -55kg. En -61kg, Lucile Breton, passée par l’équipe de France a assumé son statut et a facilement maîtrisé sa finale (7-0). En -68kg, Clémentine Chastel, 5e aux élites l’an passé n’a pas non plus donné à son adversaire l’occasion de l’inquiéter et s’est imposée 3-0. C’est chez les+68kg que la finale aura été la plus accrochée et c’est finalement Julie Sampiana qui s’est imposée 3-2. Dans la compétition par équipes, ce sont les filles du Samouraï 2000 de Didier Moreau qui ont décroché le titre de championnes de France en battant en finale (2- 1) l’Impact Karaté Académie de la ligue de Provence.


Arbitrage : nouvelle formule

Les championnats de France 2e division étaient l’occasion pour les participants de découvrir une nouvelle formule des combats à laquelle ils devront désormais s’habituer.

S’en est définitivement fini des ippon, nihon, sanbon. Place désormais au plus commun yuko, waza-ari, ippon. À l’avenir, et suite à une demande de la fédération japonaise de karaté, les arbitres compteront les points comme au judo. Cette petite nouveauté n’est pas la seule à venir modifier cette année les règlements du karaté en compétition. La France est en effet à l’origine d’une modification de la réglementation des combats validée par la WKF à l’occasion des championnats du monde juniors qui ont eu lieu en Malaisie l’hiver dernier. Désormais, si les combattants sont à égalité à l’issue du temps réglementaire, les arbitres useront de leurs drapeaux pour donner leur décision. Adieu aussi donc au hen sho sen. Inscrites dans les règlements internationaux à partir des championnats d’Europe de Tenerife, ces nouvelles règles ont été appliquées pour la première fois sur les tapis de l’Hexagone à l’occasion des championnats de France 2e division. Hervé Puveland, responsable national de l’arbitrage à la FFKaraté explique cette petite révolution : « Le fait qu’il n’y ait plus de prolongation oblige les combattants à tenter davantage et à tout donner pendant le combat, notamment dans les dernières secondes. Cela permet d’avoir un rythme plus soutenu ». Le déroulement de la journée semble lui avoir donné raison puisqu’on a vu des combattants s’engager plus qu’à l’accoutumée. « S’ils veulent l’emporter, ils n’ont pas le choix, ils doivent aller au bout d’eux-mêmes. Et c’est tant mieux pour le spectacle » conclut Hervé Puveland.


L’oeil d’Olivier Beaudry, entraîneur national
« Une réserve de talents »

« Le niveau était supérieur à celui de l’an passé. La compétition commence à ressembler à l’objectif que l’on s’était fixé, c’est-à-dire d’avoir une élite et une réserve de talents. On a pu voir que les favoris – souvent des jeunes déjà expérimentés – vont au bout, mais qu’on a aussi des combattants qui émergent. Ce sont ceux là que l’on vient surveiller parce qu’on est conscient qu’il existe une grosse différence entre ceux qui sont dans les pôles et ceux qui s’entraînent dans leur club, parfois seuls, deux fois par semaine. Certains talents peuvent passer entre les mailles et nous voulons voir ce qu’ils valent. Faire un podium aux 2e div’ est une bonne chose. En revanche, quelqu’un qui passe au travers est une immense déception. Après, une sélection se fait sur deux ans. Il s’agira donc pour tous les “nouveaux” de confirmer.»


Ils ont dit…

Anthony Payen, 1er en -67kg (Karaté Club Martial Ensisheim)
« Du niveau !»

Vainqueur à la décision d’une finale très disputée, Anthony Payen a insisté sur la symbolique que représente une victoire aux championnats de France 2e div’.     « La médaille est belle mais elle reste symbolique car à choisir, je préfère faire un podium en élite. Mais, je dois dire que le niveau à partir des demi-finales était très relevé. J’ai l’habitude de combattre en élite et je peux assurer que le dernier carré de ces championnats à le niveau de la 1re div’. Je gagne à la décision alors que j’ai beaucoup subi sur la fin mais je pense que mon balayage au début du combat a pesé dans la décision finale. La suite ? Comme depuis 10 ans, essayer de finir sur le podium aux élites. »

Sabrine Jelassi, 1er en -50kg (Vedene Karaté Club)
« Continuer à travailler »

Toute heureuse de se voir avec une médaille d’or autour du cou, la jeune combattante du Vaucluse sait qu’il lui reste du travail pour espérer briller à l’étage supérieur. « C’est un titre alors forcément, je suis super contente. C’est aussi la preuve que je me suis bien préparée tout au long de la saison. Certes, ce n’est que la 2e div’ mais au vu de mon parcours et de ma finale, je suis fière d’avoir la médaille d’or autour du cou. Maintenant, je sais qu’en soi, cette médaille ne signifie rien. Il me reste des progrès à faire et je vais devoir continuer à travailler pour espérer faire des résultats aux élites. L’avantage de cette compétition est qu’elle va me permettre d’arriver bien en jambes et avec une bonne dose de confiance en moi. »

Lucile Breton, 1er en -61kg (KC ST Brieuc Issei Dojo)
« La fin de la malédiction »

Troisième aux championnats de France élite l’an passé, Lucile Breton avait à coeur d’assumer son statut de favorite. Mission accomplie, en attendant mieux. J’ai l’habitude de combattre en élite mais je suis extrêmement contente de cette médaille car le niveau général était bon, notamment à partir des quarts de finale. Aussi, c’est un titre et pour moi, ils comptent tous. D’ailleurs, je n’étais venue pour rien d’autre que cette médaille d’or parce que je n’avais rien gagné cette saison. Aux inter-régions, j’étais en finale mais j’ai été disqualifiée. Alors là, c’est un peu la fin de la malédiction. »