Professeurs d’aujourd’hui

Transmettre – Du voleur au passeur

Apprendre, c’est voler. Ce n’est pas nous qui le disons, mais la tradition sagace qui incite le néophyte – l’apprenti – à partir à l’assaut de ce qui lui manque, à se faire prédateur de la connaissance, quand le comportement moyen lui suggère l’indolence, et notre époque en particulier, d’être un simple consommateur.

TEXTES : E. CHARLOT, O. REMY ET J. BOUET / PHOTOS : D. BOULANGER ET D.R.

Les histoires de sagesse « martiale » ne comptent plus le nombre de ces disciples secrets dissimulés dans l’armoire (le grenier ou un tonneau) pour capter les secrets du maître à l’entraînement – lequel, persuadé par ce comportement décidé, finit par prendre le dit voleur comme premier disciple. Si le bon disciple est d’abord un voleur, un égoïste éclairé, on le retrouve quelques cycles plus tard dans la position du donneur. Du bon voleur de ses débuts, il est devenu celui qu’il faut voler à son tour… L’égoïsme est devenu générosité. De l’un à l’autre, il y a eu l’aventure d’une maturation par la pratique, l’avènement d’un homme. Transmettre : « Envoyer quelque chose au-delà » dit l’étymologie. Au-delà de soi-même d’abord. Et cela réclame d’avoir pris conscience que les choses n’ont pas commencé avec nous et ne s’y arrêtent pas. Qu’elles méritent d’être à la fois préservées et offertes, et qu’il y a là une double responsabilité à prendre : après avoir été un chercheur passionné, devenir un conservateur, un diffuseur. Le transmetteur est un homme de métier, maître de la méthode, un homme de l’art, défenseur d’un patrimoine. Ce qui est transmis, c’est une forme de travail, un contenu. Mais le transmetteur est sa propre enseigne. Le patrimoine, il l’incarne, la méthode il l’a appliquée à lui-même. Ce qui est transmis, c’est un exemple. Ce parcours complexe, cette lourde responsabilité à prendre ne vont pas de soi. Devenir professeur n’est pas si naturel. Comment et pourquoi des pratiquants d’abord concentrés sur eux-mêmes sont-ils, à un moment ou à un autre, devenus des passeurs ? Quelle prise de conscience les y a poussés ? Quel parcours les y a menés ? Quel aspect de cette aventure humaine les a concernés plus que les autres, quel type de transmetteur sont-ils ? Officiel Karaté Magazine les interroge sur cette transformation, sur leur motivation. France, Mickaël, Irène, Francis, Christina et les autres sont les transmetteurs du karaté d’aujourd’hui.


Les profs en chiffres…

8 994 Diplômes d’Initiateur Fédéral (DIF) 378 Diplômes d’Animateur Fédéral (DAF ) 168 Certificats de Qualification Professionnelle (CQP) 3 793 Brevets d’État d’Éducateur Sportif 1er degré 333 Diplômes d’État de la Jeunesse, de l’Éducation Populaire et du Sport 337 Brevets d’État d’Éducateur Sportif 2e degré 3 Brevets d’État d’Éducateur Sportif 3e degré.


Franck Lavaine (École du Dragon Blanc de Templeuve, Nord)

« Happé par la pratique »

Ce gérant d’un organisme de formation en secourisme du travail pratique les arts martiaux vietnamiens depuis plus de vingt ans dans le Nord. Sa plus grande leçon ? L’apprentissage et l’enseignement ne supportent pas l’isolement.

« J’ai commencé les arts martiaux vietnamiens en 1989, à Templeuve, avec Olivier Dhélemmes, le fondateur du club, après qu’un copain qui faisait du viet vo dao m’a montré des techniques. J’ai trouvé cela original, une vraie découverte. Très vite, passés les premiers cours, j’ai eu envie de me mettre à la compétition et le passage à l’enseignement s’est fait naturellement. Olivier m’a rapidement demandé de reprendre le club… Je ne pouvais qu’accepter. Me confier ces responsabilités et m’entraîner dur pour les compétitions, jusqu’à sept à huit heures par jour en période de préparation, a fait que j’ai été happé par la pratique. Elle est devenue ma vie, de plus en plus. La pratique est devenue une passion, la passion une manière d’envisager ma vie, un investissement de chaque jour, voire de chaque instant qui s’est parfois aussi fait au détriment de ma famille. Je suis allé jusqu’au Japon pour me rapprocher au plus près de ma passion, la nourrir aussi, de manière à alimenter mes cours, mes élèves. Donner, c’est aussi donner en qualité… Un de mes professeurs n’était pas issu de la compétition et ne me guidait donc pas lors de ces évènements. Cela m’a marqué, j’ai peutêtre manqué de choses. Du coup, je passe beaucoup de temps avec mes propres élèves, en compétition, mais aussi à l’entraînement. Je vois les cours comme un moment d’échange et de partage intenses. Parce que, au-delà de l’apprentissage technique, ce qu’ils retiendront aussi j’espère dans quelques années, c’est, comme moi, la somme des rencontres que j’ai pu faire. C’est ce qui fait de moi autant l’élève que le prof que je suis aujourd’hui. La plus grande leçon que j’ai apprise ? Je n’aurais pas progressé si j’étais resté seul dans mon coin. À ce titre, je ne suis qu’un trait d’union. »   J.B.


 

Christina Charmeil (Dojo de Grenelle, Paris)

« À l’occidentale, au 21e siècle »

Photographe, cette jeune femme de 29 ans a déjà 15 ans de karaté derrière elle et n’a pas perdu ses objectifs de vue. Déjà 4e dan et titulaire du Brevet d’État 2e degré, elle enseigne à son image : moderne, déterminée et bien ancrée dans la discipline.

« J’ai mis les pieds sur un tapis pour la première fois au lycée, avec Alain Toubas (7e dan)… Et je n’ai jamais quitté le club. Apprendre, être exigeant avec soi-même, le puzzle s’est mis en place et je me suis mise à vouloir enseigner vers l’âge de 21 ans. D’abord comme assistante pendant cinq ans. J’étais jeune, mais je pense que j’avais ça en moi depuis longtemps. J’ai toujours été assez forte en sport et, à l’école, on me demandait souvent des conseils… Moi, ça me plaisait d’y répondre. J’ai vite fait mon bilan : j’adore transmettre ! Reste que la passion, la connaissance, ne suffisent pas toujours. Enseigner, c’est une expertise. Alain Toubas m’a vraiment fait confiance. Il m’a fait bénéficier de son expérience et encouragé à passer mon Brevet d’État 1er degré, pour lequel j’ai énormément appris. J’ai passé le 2e degré dans la foulée car j’en avais besoin pour travailler auprès des enfants hospitalisés et développer le karaté féminin. Alain m’a donné la passion de transmettre, je m’appuie sur son perfectionnisme et sur la qualité des formateurs que j’ai croisés comme Jacques Tapol, Brice Gardebien, Olivier Massoutier ou encore Philippe Sauvage. Mais je crois qu’enseigner, c’est aussi mettre sa propre « patte ». Alors je donne les cours que j’aurais voulu recevoir, avec les bases solides que l’on m’a transmises. J’utilise notamment plusieurs pédagogies selon les publics. J’ai appris dans la tradition et je m’inscris dans son respect, mais aussi dans l’ouverture à la modernité. On est en Occident, pas au Japon où tout est très codifié, discipliné. L’ouverture à tous les publics me semble très importante, voir tous ces gens qui ont envie d’apprendre, c’est super, ils me rendent autant que moi je donne. C’est mon moteur. »    J.B.


 

France Souchon (KC Thouaré, Loire-Atlantique)

« Un outil incomparable »

Cette Assistante maternelle de 40 ans est venue au karaté sur le tard. Appliquée et rigoureuse, elle décrochait son 1er dan au bout de trois ans de pratique. Une révélation sur le plan personnel.

« J’ai pratiqué pas mal de sports avant le karaté : la boxe française, en compagnie de mon mari, le badminton, le tai-chi… J’avais plus de trente ans, en 2006, quand mon mari a décidé de remettre le kimono après avoir arrêté plusieurs années par manque de temps. Je l’ai suivi… et j’ai découvert un outil de développement personnel formidable au niveau mental et physique. J’ai décroché ma ceinture noire en 2009. Je ne suis pas bien grande, je suis comme tout un chacun, et je me suis dit qu’il fallait absolument que plein d’autres gens vivent cette expérience. J’ai encore peu de recul, alors je m’appuie sur les choses que m’a apprises mon professeur, Jean-Luc Siedlis, et je participe à un maximum de stages en parallèle pour apprendre, rattraper un peu le retard vis-à-vis de ceux qui ont toujours côtoyé ce milieu. Je peux ainsi directement recevoir de grands techniciens comme Philippe Babin (aussi son formateur), Jean-Louis Morel, Jean-Pierre Fischer. Ils m’ont permis de progresser dans ma pratique personnelle et mon enseignement. C’est comme une formation continue. Avec ces stages, on se projette également dans nos cours, on se dit que l’on va pouvoir enseigner telle chose et pas telle autre à ses élèves, on prend un maximum d’informations. Je ne serai jamais une grande technicienne, mes élèves ne viennent pas parce que je suis une ancienne championne, je propose autre chose. Je ne pense pas qu’il soit essentiel d’être un grand karatéka pour bien enseigner mais il faut être passionné, croire à ce que l’on fait, ne jamais penser que tout est acquis, se remettre en question continuellement et écouter les autres autant qu’on voudrait l’être. D’ailleurs, je fais un bilan à chaque fin de saison pour être meilleure l’année suivante. Dans le futur, je souhaiterais passer les diplômes fédéraux pour enseigner aux personnes handicapées, car le karaté peut être pratiqué par tous. »    J.B.


 

Mickaël Grundman (CSM Ile-Saint-Denis, Seine-saint-Denis)

« Mes premiers cours ? Une révélation ! »

Au même club (CSM Ile-Saint-Denis) depuis qu’il a commencé le karaté il y a 25 ans, Mickaël Grundman (Brevet d’État 1er degré depuis 2006) s’est découvert une âme de prof qu’il ne soupçonnait pas.

« Les raisons qui ont fait de moi un jeune karatéka puis un professeur débutant n’ont rien à voir. J’ai commencé le karaté parce que c’était à la mode, sans doute aussi parce que j’avais le sentiment d’avoir besoin d’être à la hauteur face à mon environnement puisque je vivais en banlieue. Très vite, la rigueur de l’entraînement, l’approche du combat et la sensation de me dépasser m’ont fait aimer ce sport. La manière dont je suis devenu le « passeur » à mon tour s’est fait beaucoup plus logiquement : l’assistant du professeur voulait se retirer et m’a demandé de prendre sa place. C’était une responsabilité, des contraintes aussi, mais j’y ai immédiatement vu une richesse. D’ailleurs, mes premiers cours furent extraordinaires ! Trouver les mots, être là au milieu des élèves qui vous font confiance et qui attendent de vous… J’ai adoré ça ! J’ai eu la chance d’avoir deux professeurs qui m’ont fait tout voir du karaté. Le premier, Robert Bocquet (5e dan) était très axé sur la technique, alors que Benamar Benzemra (4e dan) est plus orienté combat et compétition. Pour moi, il n’y a jamais eu d’opposition entre les deux approches. Le karaté, c’est un art complet. Alors, à mon tour, je tente de réaliser le meilleur alliage possible entre ces deux types d’enseignements. J’ai également repris une idée dont j’ai observé qu’elle nous avait fait tous beaucoup progresser : dans mon dojo, ce sont les élèves qui doivent démontrer les exercices et non pas seulement les exécuter. Ma responsabilité ? Aller plus loin, repousser mon horizon d’aujourd’hui pour amener mes élèves au meilleur niveau technique et de compréhension des principes de la discipline. Afin qu’ils aient les clés pour me dépasser et transmettre à leur tour. »    J.B.


 

Jennifer Reteau (Wado Karaté Champenois, Aube)

« Play* karaté… »

En anglais, on ne « fait » pas du karaté, on « joue* » au karat é. Pour Jennifer, assistante d’éducation dans un collège de 28 ans dont vingt-et -un déjà passés sur les tata mis, c’est l’idée de ba se : un enseignement de qualité mais aussi un espace de respiration dans une époque où les loisirs sont devenus autant un luxe qu’un espace de détente primordial.

« Au départ, je n’étais pas destinée à faire du karaté, alors être professeur… Je voulais jouer au foot ou faire de la boxe mais mes parents n’ont pas voulu. Alors je suis allée au Wado Karaté Champenois. J’y ai trouvé une ambiance et j’y suis restée. Puis, je suis venue un peu par hasard à l’enseignement, pour aider mes professeurs qui commençaient à être âgés. Cela fait désormais cinq ou six ans que j’enseigne. J’ai compris que j’aime bien travailler avec les gens, le contact humain. Et moi qui voulais devenir prof de sport avant quelques problèmes au genou, être dans cette position de l’enseignant quelques heures par semaine me permet aussi de renouer un peu avec cet objectif. En fait, sans faire de raccourci trop rapide, je crois que l’apprentissage doit distinguer deux choses : l’objectif et les moyens. Passer ses grades, progresser techniquement, avoir des résultats en compétition lorsqu’on en fait, ce sont les objectifs que chacun se fixe. Ce qui a changé en revanche dans l’apprentissage, donc le chemin qui mène à tout cela, c’est la manière dont on s’y prend pour intéresser les différents publics. Il n’y a pas de recette miracle pour être un bon professeur, mais je crois qu’il faut savoir travailler en fonction de l’époque dans laquelle on vit et utiliser les outils pédagogiques en conséquence, même si à la fin on apprend la même chose. Je pense notamment que le karaté doit être envisagé comme un jeu. Le karaté, ce n’est pas chiant ! Lorsque les gens sortent de leur journée de travail, il faut qu’ils trouvent du plaisir autant que de la progression. On ne peut plus faire des cours durs comme avant, ni des kihon pendant une heure. Je ne regrette pas d’avoir connu ça. Cela m’a façonnée et j’étais prête pour cela. Mais aujourd’hui, la donne a changé, les gens ne sont plus prêts à « encaisser » ce type de séances. On doit davantage expliquer. Car, pour la plupart des pratiquants, il s’agit quand même d’un loisir.»   J.B.


Franck Tonnelier (Association Brieuchine de Viet -Vo-Dao, Morbihan)

« Construire l’homme vrai, tout est dit »

Franck pratique le viet vo dao depuis 25 ans et s’occupe de la section enfants dans son club. Il raconte comment l’enseignement peut dépasser le simple cadre du sport.

« Mon club, je l’ai découvert un peu par hasard en discutant avec Guy Hervé, le professeur. Quelque chose se dégageait de lui, un charisme, un discours puissant très axé sur les valeurs, que je tente à mon tour de dispenser à mes élèves. J’étais volontaire, mais lui m’a donné cette soif d’apprendre, de la confiance aussi pour m’ouvrir à d’autres disciplines afin de s’enrichir, notamment sur le plan de la préparation physique. Ma conception de l’art martial, c’est qu’il doit servir dans la vie de tous les jours, comme l’évoque l’esprit de notre devise, « construire l’homme vrai ». On va bien au-delà d’une simple pratique sportive et je crois que c’est assez unique. Mon but dans mes cours est donc de donner confiance à mes élèves en leur apprenant des choses qui pourront leur servir dans la vie de tous les jours, passer un bon moment tout en étant dans une ambiance de travail. Je les pousse notamment vers la compétition car je pense que c’est un bon moyen de prendre confiance en soi. Qui a connu ce miroir sait ce que cela peut apporter voire révéler chez soi. Enseigner, c’est avoir envie de partager quelque chose, donner sans attendre en retour. Cela vient seul. Après, il y a des rencontres. Un homme comme Michel Kervadec m’a beaucoup fait progresser. »    J.B.


 

Irène Salles (Kajin Club Paris 11, Paris)

« Devenir professeur est une succession d’étapes »

L’enseignement ? Une exigence, des rencontres et l’humilité de se souvenir que l’on reste élève toute sa vie.

« C’est sur les conseils d’un ami que j’ai commencé le karaté il y a trente ans. J’étais assez impulsive et nerveuse, il me fallait un sport qui me permette de me défouler. C’est allé au-delà de mes espérances. La passion de la discipline m’est tombée dessus. Ma progression fut assez bonne, ce qui m’a donné l’envie, petit à petit, d’aller plus loin que la simple pratique. J’ai eu la chance que mon professeur, Daniel Serfati, me demande de le remplacer durant ses absences, ce qui m’a permis de voir qu’être professeur n’était pas simple et demandait beaucoup de travail et d’apprentissage, notamment sur le plan de la pédagogie. Me retrouver de l’autre côté du tatami m’a donné envie de passer des diplômes pour devenir enseignante à part entière, pour me sentir légitime aussi. J’ai donc passé le DIF, puis le CQP. Ce que j’en retiens ? Cela m’a beaucoup aidé dans le ciblage des objectifs de mes cours, un apport que j’ai couplé à l’enthousiasme et la pédagogie que m’a donnés Serfati. On ne se décrète pas bon professeur. Bien enseigner est le fruit d’une succession d’étapes et de rencontres. Et puis, il ne faut pas oublier que l’apprentissage se fait aussi pendant les cours que nous suivons chaque semaine en tant que pratiquant. On reste élève toute sa vie. »    J.B.


 

Francis Terrenoire (Eidokan Castres, Tarn)

« On n’a jamais fini d’apprendre »

Cet ancien milita ire de 63 ans est un « touche-à-tout » des sports de combat. Du krav Maga au yoseikan en passant par le aïto self-défense qu’il enseigne… Son histoire ? Celle d’une remise en question permanente et d’une curiosité de tous les instants.

« Mon histoire est assez atypique car j’ai longtemps été professeur de jujitsu dans mon club, le Eidokan Castres Judo Jujitsu. C’est lors d’un stage avec Guy Mennereau que j’ai découvert le aïto selfdéfense, qui m’a éloigné du jujitsu fédéral. Ce fut une vraie révélation qui a fait naître chez moi l’envie de faire découvrir cette discipline au plus grand nombre, d’autant plus qu’il y avait une demande assez importante de self-défense pour tous les publics. C’est donc logiquement que je fonde une section aïto self-défense dans mon club, affiliée à la Fédération Française de Karaté et Disciplines Associées. J’avais déjà la passion de l’enseignement à travers mes nombreuses années passées à enseigner le jujitsu mais cette expérience a tout de même été quelque chose de très enrichissant. Cette remise en question après tant d’années m’a tout simplement montré qu’on n’a jamais fini d’apprendre, de découvrir des choses sur notre discipline. Il est essentiel pour être un bon enseignant d’avoir cette soif infinie d’apprendre, l’envie de découvrir, de se perfectionner sans cesse de façon plus poussée, ce qui permet d’apporter le meilleur contenu possible à ses élèves. Il ne faut pas se reposer sur ses lauriers. Enseigner est quelque chose de magnifique, de responsabilisant, je médite souvent cette phrase que l’on entend chez les anciens : « Il faut avoir la passion d’enseigner, de transmettre ce que l’on a appris pour que le savoir perdure à travers les générations.» C’est de notre responsabilité. »    J.B.


 

Bruno Toussard (Krav Maga La vallée Léo, Essonne)

« L’évolution passe par la transmission »

Pratiquant de krav maga de la première heure, Bruno Toussard évoque avec nous son parcours d’enseignant dans une discipline qu’il a vue naître.

« Lutteur de formation, j’ai souhaité, en arrivant à Paris, faire du karaté mais je dois avouer que je n’ai pas trouvé ce qui me convenait. Je me suis dirigé vers une discipline un peu moins codifiée où le combat est un peu moins encadré. À cette époque, dans les années 95-96, le krav maga est très confidentiel en France et je me rendais régulièrement au théâtre Trévise à Paris, qui était alors le seul endroit où l’on pouvait le pratiquer. Nous étions très peu nombreux au départ, ce qui a exacerbé notre envie de faire connaître notre discipline et donc de l’enseigner. Il y avait une émulation, on avait le sentiment d’avoir découvert quelque chose de formidable et on voulait le partager, un peu comme des pionniers. On m’a donc poussé à monter mon propre club, ce que j’ai fait dans l’Essonne il y a huit ans. Mais quand j’y réfléchis, cette euphorie n’aurait pas été suffisante pour transmettre à mon tour. Je n’aurais sûrement jamais été professeur si je n’avais pas eu cette fibre, ce plaisir de donner pour que l’art du krav maga perdure. Je dois beaucoup à ceux qui m’ont formé, notamment sur le plan technique, mais je crois avoir progressé en pratiquant l’ouverture. Évoluer dans son époque me semble être prépondérant pour pouvoir apporter de nouvelles choses à ses élèves, en faisant par exemple évoluer nos techniques. Un professeur, c’est une responsabilité. On ne peut pas se cacher derrière ce statut. On doit chercher à progresser par ses propres moyens en allant participer à des stages, en visionnant des vidéos, évoluer, chercher, se tromper, en tirer les enseignements et ce continuellement afin de faire progresser ses élèves. Mon but ultime ? Que l’un d’eux me dépasse pour que je puisse lui passer le flambeau. Il est très important de partager ses savoirs car l’évolution passe par cette transmission.»    B.T.


ZOOM

Les 5 ligues qui ont obtenu le plus de diplômés fédéraux (DAF et DIF ) en 2011 :
– Auvergne
– Midi-Pyrénées
– Paris
– Flandre-Artois
– Normandie

Certificat de Qualification Professionnelle 2011, voies d’obtention :
– Formation par Unité
Capitalisable : 175
– Validation d’Acquis
d’Expérience : 3
– Examens secs : aucun

Profil des diplômés en 2011
DAF 378 diplômé(e)s
83% d’hommes, 17% de femmes
25% de moins de 30 ans
24% âgés de 30 à 40 ans
30% âgés de 40 à 50 ans
21% de + de 50 ans
DIF, 821 diplômé(e)s
84% d’hommes, 16% de femmes
25% de moins de 30 ans
23% âgés de 30 à 40 ans
28% âgés de 40 à 50 ans
18% de + de 50 ans
BEES 1
245 d’hommes, dont 50 femmes
DEJEPS
285 d’hommes, dont 34 femmes