Championnats de France kata

Les leaders en imposent

Minh Dack flamboyant, Sandy Scordo assurée, l’équipe masculine écrasante, le championnat de France de kata n’a guère laissé de doute sur la hiérarchie actuelle. Les meilleures chances françaises pour les championnats du monde sont dans les « starting blocks ». emmanuel charlot / PHOTOS : D. BOULANGER

Les deux leaders de l’équipe de France savent évidemment que c’est à l’international qu’ils seront attendus, sans doute plus que jamais, en cette année 2012.

On le craignait un peu freiné par des douleurs articulaires récurrentes, voire même « déclinant » au moment de passer aux choses sérieuses. Minh Dack, leader français de ces dernières années chez les garçons a pleinement rassuré. Planant sur la compétition comme à ses meilleurs moments, il a réglé ses deux adversaires principaux en quart et en finale – Romain Lacoste et Jonathan Maruani (vainqueur sur la maturité de William Geoffray en demie) – par deux 5-0 et un majestueux Matsumara Bassai pour finir, décidément une belle idée qui pourrait lui permettre de forcer quelques portes à l’international. L’honneur de lui prendre son seul drapeau perdu de la journée ? Le précoce Harinjaka Presto en demi-finale, qui s’installe résolument en liste d’attente pour sa première année senior. Elle avait beau craindre les effets d’un sauna imprudent pris trois jours plus tôt, Sandy Scordo a maîtrisé sa journée. Si elle se montrait effectivement un peu « molle » dans les premiers tours, elle se hissait néanmoins sans perdre une plume jusqu’au duel décisif, en demi-finale, contre la jeune Corse volontaire Alexandra Feracci, elle aussi impeccable jusque-là. Si le kata Unsu de Sandy Scordo, sorti pour l’occasion, était dynamique, en passant en second et avec un kata plus long et plus libéré que ce qu’elle avait proposé aux championnats d’Europe de sa catégorie d’âge, la jeune Feracci marquait les esprits et se permettait de prendre deux drapeaux à son aînée. Les entraîneurs nationaux Yves Bardreau et Ayoub Neghliz n’y voyaient pas de mauvais signe : « C’est normal, Sandy Scordo est dans sa préparation, il lui manque des réglages. Elle doit monter en puissance dans les prochains tournois internationaux pour marquer les esprits ». Sandy Scordo emportait ensuite beaucoup plus facilement sa finale contre Céline Baumann, ex-Cardonnel en envoyant un Unsu plus tonique pour faire pièce au kata shito-ryu Suparinpei de son adversaire. L’expérience aidant, celle-ci est dans une excellente dynamique depuis plusieurs mois, illustrée par une médaille d’or à la « Millon Cup » avec une victoire face à Alexandra Feracci. Mais pas de faille cette fois et Sandy Scordo s’imposait 5-0.


Jonathan Maruani et ses camarades de l’équipe de France étaient aussi au rendez-vous.

L’analyse
Yves Bardreau, entraîneur national
« Bon signe »
« On voit arriver de nouveaux visages chez les minimes autour des intéressants champions de France, Ludivine Bressy du Mistral Elite chez les filles, et Maël Rakotoson du Abushi Veigne Karaté, chez les garçons. C’est une bonne chose. Pour les seniors, c’est au contraire la confirmation de nos points forts et de nos leaders qui est rassurante. Sandy Scordo et Minh Dack assument leur rang, ce qui est important dans le cadre de la préparation. On trouve aussi sur les podiums Jonathan Maruani et Romain Lacoste chez les hommes, Clotilde Boulanger chez les féminines, tous membres des équipes de France. C’est un bon signe. Quant au championnat lui–même, il a été d’un niveau assez irrégulier. Si l’ensemble est bon, certaines catégories restent assez faibles. »


Cadets
Christ Signavong désabusé
Revanche de l’année dernière, c’est cette fois Pauline Boucher, du Dojo Lantonnais, qui emportait le titre cadettes devant Marie Hervas du Mistral Elite. Victime d’un déséquilibre dans sa démonstration, Marie Hervas était battue d’un petit 3-2 par Pauline Boucher. Victorieux dans la douleur au premier tour de la compétition cadets de Thomas Cuny (Tsuki Karaté Club), qui lui prenait deux drapeaux avant d’aller jusqu’au bronze, Christ Signavong parvenait ensuite à passer les obstacles avec son karaté shotokan propre et net pour prendre le titre que lui avait arraché l’année dernière en finale l’Orléanais Jeffrey Cato. Cette fois, c’est Signavong qui emportait la finale par trois drapeaux à deux – pour un petit manque de vitesse et d’explosivité – devant le technicien des Ulis, Ngoan Kewin Putharavorn. Perfectionniste et un peu atteint par le choix de l’encadrement de ne pas amener les individuels cadets et cadettes aux derniers championnats d’Europe, le jeune homme ne sautait pas de joie. « Je n’étais pas d’équerre. C’est mon premier titre de champion de France, mais rien n’a été facile aujourd’hui. Je n’étais pas dedans. Je comprends le choix des entraîneurs de ne pas nous amener et c’est sans doute une motivation pour tenter maintenant de mériter vraiment une sélection. Mais, en même temps, c’est dur parce que ce sont ces sélections en équipe de France qui aident pour aller s’entraîner quotidiennement. Je dois encore travailler sur le démarrage, des détails… Désormais, je passe junior et on verra. Je ne me projette pas encore sur les seniors ».


Les Girondins du KC Lantonnais que l’on savait solide chez les filles… Fait aussi autorité chez les garçons qui emportent le par équipe cadets-juniors.

Équipes
Le Dojo Lantonnais persiste
Ce championnat de France a permis aussi à l’équipe nationale masculine au complet de montrer son talent et de préparer son bunkaï des championnats du monde, sous l’étiquette du Sporting Karaté Budo « Elite », victorieux, comme l’année dernière ou l’année d’avant, du Sporting Karaté Budo. Clairement, Épinaysous- Senart ne semble pas près de lâcher le sceptre national et l’équipe nationale s’affirme comme une excellente chance de médaille à Paris. De la récidive encore, en équipe seniors avec les Alsaciennes du Karaté Club Horbourg Wihr, emmenées par Céline Baumann. Revanche des individuels, elle s’impose avec son groupe à la nouvelle formation de Provence « Art Kombat » et à son leader de prestige, Sandy Scordo. En équipes cadets-juniors masculins le Dojo Lantonnais persiste et signe lui aussi : victorieux, il y a deux ans en cadets et l’année dernière en cadets-juniors, il récidive en 2012. Chez les filles en revanche, ce sont cette fois les Toulonnaises du Samouraï 83 Toulon qui s’imposent, et cela face aux nouvelles venues d’Annecy Dojo, décidément un club en lumière sur ce championnat 2012.


La technicienne du KC Colombes, Emmeline Joujou, n’aura montré aucune faille et s’adjuge le titre juniors.

Juniors
Emmeline Joujou, plus mûre
En juniors, la Francilienne du KC Colombes Émeline Joujou, privée de sa grande rivale habituelle, et victorieuse l’année dernière, Jessica Hugues, ponctuait son championnat avec son élégance coutumière par un dernier 5-0 contre la Corse Jenna Sicard Alberti. « J’ai beaucoup travaillé le démarrage, la puissance, car on me faisait le reproche d’en manquer un peu, analysait la championne junior. Il fallait que je me renforce pour faire un kata plus mûr, pour travailler comme une senior. C’est mon premier championnat victorieux et c’est une très belle récompense de mon travail, d’autant que j’ai emporté aussi la coupe de France et la Milon Cup. » C’était un peu la relâche, en revanche, pour la révélation de ces derniers mois, Enzo Montarello chez les garçons. « J’étais à 100% dans ma tête, mais sans doute un peu fatigué et crispé. La saison a été longue », avouait-il. On pouvait le comprendre. Champion d’Europe trois semaines plus tôt, le Marseillais venait de conclure une année parfaite. C’est son co-équipier en équipe nationale, Thomas Preux qui lui jouait le mauvais tour en quart de lui voler un drapeau de trop en sortant son meilleur kata, un kanku-sho parfaitement maîtrisé. Mais en finale, il était à son tour battu par l’inattendu Rémi Martorana, du Annecy Dojo Karaté, un « shito » en belle progression qui n’en revenait pas de sortir vainqueur d’une journée où il n’avait emporté les cinq drapeaux que sur son premier combat : « Jusque-là, je n’avais jamais vraiment percé. J’avais de gros défauts techniques que je corrige progressivement. J’ai fait beaucoup de karaté toutes les vacances et je prouve ici qu’on peut venir d’un petit club que personne ne connaît vraiment et gagner le championnat. C’est une bonne leçon pour tout le monde ! ».


Dominique Charré

« Cette équipe a une âme »

À quelques jours des championnats d’Europe et à mesure que l’événement Bercy 2012 approche, le DTN a fait son bilan d’étape. Il en est convaincu, cette équipe de France possède une âme et le travail engagé n’a eu qu’un objectif : la précision. recueilli par O.R.

Où en est l’équipe de France ?
Elle met tous les atouts de son côté, que ce soit dans l’encadrement que nous avons ramené à trois coaches combat et deux en kata pour être en phase avec les exigences internationales en vue des mondiaux. Quant aux athlètes, ils sont pleinement engagés dans l’aventure. La planification des compétitions et des stages a été réalisée très longtemps à l’avance, notre parcours de sélection a donc été complet avec six grandes échéances de niveau mondial depuis septembre.

Vous aviez justement choisi de communiquer très tôt sur les sélections et les étapes qui vont mener jusqu’à Bercy…
Oui et quand vous dites « vous », on parle bien du travail de Thierry Masci et des entraîneurs et de leur projet que je soutiens. Ce qui est intéressant, c’est que nous avons pu nous concentrer sur la préparation des championnats du monde et travailler en stage avec ceux que l’on avait pré-sélectionnés. Pour préparer un championnat du monde, ça ne sert à rien d’entraîner une masse de compétiteurs. Il faut travailler le détail, des choses très précises.

Vous avez néanmoins fait appel à des partenaires d’entraînement, en particulier lors d’un récent stage à Montpellier…
Oui, cette équipe de France n’existe que parce qu’il y a désormais, ce qui n’existait pas il y a encore cinq ou six ans, un collectif équipe de France. Nous avons choisi les partenaires d’entraînement en fonction de l’adversité qu’ils pouvaient apporter à ceux que l’on attend comme titulaires. Je voudrais d’ailleurs remercier les professeurs qui nous ont envoyé leurs combattants. C’est une démarche où nous avons tous à y gagner, y compris ceux qui sont des sparring-partners aujourd’hui mais qui pourraient bien, à moyen voire même à court terme, faire partie de cette équipe de France. J’étais au bord du tapis à Montpellier et je peux vous affirmer que cette expérience est très réussie. Cette équipe a une âme et l’ambiance et la cohésion sont excellentes.

Faites-vous de ces championnats d’Europe un véritable objectif ?
Nous allons surtout demander à ceux qui représenteront la France de travailler de la manière dont les entraîneurs nationaux les ont fait progresser jusqu’ici : avec assurance. Je crois vraiment que nous avons fait les bons choix. Après, il peut y avoir la blessure, le manque de chance, un arbitrage mal orienté pour nous… Mais, franchement, je crois que nous avons fait ce qu’il faut et que nous allons réaliser de beaux championnats d’Europe. Et tous les athlètes le savent : on reverra les sélections s’il y a des contre-performances… ce que ne manqueront pas de leur rappeler leurs adversaires des championnats de France dès la fin mai.

Comment vont s’organiser les dernières semaines de préparation ?
Après une rencontre par équipes fin août à Paris, et des stages en septembre-octobre, à la Bourboule notamment, toute l’équipe sera en stage terminal au complexe de Marcoussis, le fief des rugbymen – nous avons d’ailleurs été très bien reçus par la Fédération de Rugby, durant les quinze jours qui précéderont les championnats du monde. Après, ce sera l’heure des derniers briefings pour remonter les ressorts.

Après les championnats du monde, il faudra se projeter très vite sur la suite. Comment voyez-vous les choses ?
Vous avez raison d’en parler et je suis attentif à cet « après ». Toutes nos forces sont évidemment mobilisées pour ces championnats du monde qui s’annoncent magnifiques et qui seront encore plus beaux si le succès sportif est au rendez-vous pour les équipes de France. Mais il faut déjà envisager la nouvelle filière de haut niveau dans laquelle les clubs élite et leur travail seront encore mieux valorisés. D’autant mieux qu’ils seront inscrits dans la convention que nous établissons avec le Ministère. Une reconnaissance et la possibilité aussi d’accéder à des financements locaux nouveaux. Mon souhait est vraiment d’afficher le travail que réalisent nos professeurs. Il s’agira aussi de relancer l’intérêt des jeunes compétiteurs, cadets et juniors en particulier, pour les compétitions locales, départementales et régionales. Il nous faut aussi donner un coup de fouet aux compétitions kata.