Témoignages

Marie-Thérèse Rochery // 62 ans Chevigny Saint-Sauveur (Bourgogne)
« Le levier de la confiance »
Depuis trois ans, le partenariat entre l’office de retraite de Chevigny Saint-Sauveur et la ligue de Bourgogne a permis de créer un cours dédi é aux « seniors ». Ils sont aujourd’hui une vingtaine dont cinq femmes à le fréquenter assidûment. Marie-Thérèse Rohery, ancienne cadre supdirectrice d’usine, honore ce rendez-vous hebdomadaire depuis plusieurs mois. Une élève qui prépare avec sérieux sa ceinture jaune.
« J’ai fait beaucoup de sport tout au long de ma vie : du hand, de l’athlé, du volley, de la course à pied, de la voile, beaucoup de randonnée aussi ces dernières années, mais jamais d’arts martiaux sans doute parce que j’ai été élevée à la campagne et que l’offre n’existait pas. C’est au moment où la retraite est arrivée – je me suis alors retrouvée de 70 heures hebdomadaires à aucune activité ou presque, que j’ai poussé la porte du dojo sur les conseils de quelques connaissances qui m’ont vanté les mérité de la discipline, de la rigueur, du travail mental et évidement de motricité que proposait le karaté. Très vite, c’est aussi devenu une source de gain de confiance en moi. Une confiance sur mes moyens physiques, et celle dans la capacité à affronter les choses de la vie, les situations, les petites incivilités. Se sentir un peu moins fort, sur ses jambes et dans sa tête… On ne vit cela que quand on arrive à un certain âge, mais cela provoque une vraie remise en question. On se sent un peu diminué. Le karaté m’a permis d’être plus sereine. Il m’a aussi permis de retrouver de la souplesse, celle que j’avais acquise en gym il y a de nombreuses années. Et je dois avouer que je me suis prise au jeu. Je vais sur internet visionner les katas (rires). Nous n’avons cours qu’une fois par semaine mais je m’entraîne une ou deux fois, en plus, chez moi. Je ne crois pas avoir manqué un seul entraînement en deux ans. L’ambiance est excellente, les valeurs d’éducation, les règles du dojo, qui manquent peut-être à notre société, me semblent tellement actuelles… Le regard de mon entourage ? (Elle rit). Ça les amuse ! »

Émilie Milleliri // 15 ans, ACA Karaté Ajaccio (Corse)
« Un vrai coup de foudre »
Née en 1997, cette adolescente ceinture verte-bleue a déjà cinq ans de pratique derrière elle. Pour elle, le karaté, c’est comme une évidence. Au point qu’à un âge où, logiquement, on se cherche parfois, elle a entraîné dans son sillage le reste de sa famille.
« J’ai toujours été attirée par les sports de combats mais j’ai eu immédiatement le coup de foudre pour le karaté. J’aime tant les katas que l’esprit de combat ! Je pense avoir la culture de la technique, j’ai vraiment envie d’explorer et d’approfondir ce domaine. Le karaté est un élément indissociable de ma vie, se fondant parfaitement au milieu de ma famille et de ma scolarité. À aucun moment, je n’envisage de stopper ma pratique, même pas après ma ceinture noire ! ».

Alain Lacroix // 53 ans AS Lardy-Janville (Essonne)
« Une révélation »
Quadra en surpoids, cet ouvrier dans l’imprimerie a débuté le karaté sur le tard. Dix ans après, 3e dan, il est un pilier de son club de cent licenciés. Mieux, il s’est découvert une véritable âme de professeur, la responsabilité d’un message juste et l’envie de participer au développement d’une discipline ouverte et moderne.
« J’avais fait du karaté dans les années 70. Puis, en 1998, j’y suis revenu via le taï-jitsu. Après une blessure au pied, j’avais pris du poids. C’était difficilement compatible avec la course à pied, ma passion durant de longues années. J’ai gouté à la compétition régionale et cela m’a plu. J’ai aussi rapidement eu envie de m’investir en passant mon DIF en 2006, en arbitrant, en participant à l’organisation de la coupe d’Ile-de-France de taï. Du coup, j’ai passé mes grades, j’enseigne, je m’implique dans la discipline. Si, au départ, j’ai été séduit par les chutes, les immobilisations, les étranglements et les clés, bref le côté aussi efficace que spectaculaire de la discipline, je me suis aussi rendu compte qu’elle correspondait bien à une demande. Le taï, la self-défense de manière générale, c’est moderne, tout simplement ! Pourquoi ? Parce que les gens recherchent la variété : celle des défenses contre armes, des techniques, des possibilités de faire face aussi et de se faire plaisir que l’on ait 6, 25 ou 55 ans, homme ou femme et même ensemble. L’ouverture d’esprit de cette discipline qui se nourrit de tout ce qui est intéressant est positive. D’ailleurs, quand on fait un stage multi arts martiaux, on se sent parmi les plus à l’aise. En tant qu’enseignant, j’ai aussi appris à m’adresser à des publics différents, que ce soit les milieux sociaux, les capacités motrices ou intellectuelles… J’ai grandi. Enfin, je sais que cette porte du dojo poussée il y a 13 ans a révélé chez moi, au-delà du plaisir sur le tapis, une âme de dirigeant associatif et de “passeur” de l’information et de la culture de ma discipline. »

Jean-Marie Roger // 65 ans Ippon Karaté Abbeville (Somme)
« Une adaptation perpétuelle »
Ce 4e dan possède 40 ans d’expérience(s) d ns le karaté dont il a connu les prémices lorsque celui -ci était encore sous l’effigie de la Fédération Français e de Judo. Motivé comme au premier jour, il n’a qu’un objectif : être sur un tapis le plus longtemps possible.
« J’ai réalisé mes premiers pas dans le karaté avec l’ami Michel Muller (aujourd’hui 6e dan), lorsque j’ai créé le club de Cayeux-surmer. En 1985, j’ai remis ça en donnant naissance au Karaté Valericain. J’ai créé d’autres structures avant de me stabiliser en 1998 avec le Ippon Karaté Abbeville, mon nouveau bébé. Je m’y entraîne deux fois par semaine et j’y donne des cours. C’est tellement plaisant de pouvoir transmettre ses connaissances. Mais attention, cette discipline nécessite une remise en cause permanente. On peut toujours progresser, on ne maîtrise jamais parfaitement un mouvement. Et, en prenant de l’âge, on doit réadapter sa pratique et sa forme de corps. L’échauffement devient plus léger, les coups de pieds circulaires se transforment en coups vers les tibias… Je travaille plus dans le style jutsu. J’envisage le karaté comme un perpétuel recommencement. Au début, je voulais savoir me défendre. Désormais, je veux poursuivre la formation de mon esprit. J’ai appris à regarder la vie autrement, à devenir plus tolérant envers les autres. Je me suis pleinement investi dans la formation de jeunes, d’animateurs, d’instructeurs fédéraux, j’ai été juge, arbitre, vice président dans la ligue de Picardie… Et le karaté me l’a rendu tout au long de ces années, y compris en m’adressant la médaille d’argent de la Jeunesse et des Sports. Quelle belle reconnaissance ! Vraiment, ça me ravit de pouvoir redonner à cette discipline tout ce qu’elle m’apporte et toutes les amitiés qu’elle m’a permis de tisser. J’espère pouvoir la pratiquer encore longtemps, très longtemps. »

Lancelot Ribot // 17 ans Taïki Club (Paris)
« La présence »
Ce lycéen en classe de terminale aborde le baccalauréat avec sérénité. S’il se destine à longues études, sa tête bien faite et sa persévérance vont bien avec sa pratique sur le tapis.
« Pourquoi le karaté ? Honnêtement, c’est d’abord un hasard. La motivation première de mes parents était de trouver un club de sport à proximité de notre domicile, avec des cours ouverts aux enfants dès l’âge de cinq ans. Le Taïki Club, dans le 6e arrondissement de Paris, se trouvait là. Depuis, j’ai fait mon chemin, sans jamais rien lâcher. Je suis aujourd’hui ceinture noire 1er dan. Mon intégration a été facilitée par l’adhésion de mes deux soeurs et de mon père dans ce club. Avec quatre pratiquants dans la famille, comment ne pas en parler durant les repas ? Il y a eu des périodes où j’enfilais le kimono dix heures par semaine. J’aime la dépense physique, mais, même si je suis jeune, je crois que je mesure aussi le message qui est diffusé, celui du respect notamment, par exemple à l’issue d’un combat où on s’est pourtant bien envoyé (rires). J’ai aussi appris, grâce à la compétition, à accepter la défaite, à analyser mes erreurs pour mieux rebondir. Le karaté forge mon caractère : lorsque vous entrez dans un dojo à l’ambiance solennelle et que vous montez seul sur un tatami, vous prenez confiance. J’ai pensé à ça, à la présence, quand je me suis présenté à l’épreuve orale de français en première. »

Dominique Peronnet // 50 ans Sempaï Grasse Karaté (Alpes-Maritimes)
« Une révélation »
Cette quinqua ceinture marron, licenciée depuis 10 ans au club de Grasse s’échappe de son bureau deux fois par semaine pour retrouver ce qu’elle appelle sa « grande famille du karaté ».
« En inscrivant mon fils au karaté, il y a dix ans, j’ai découvert un sport qui m’a immédiatement séduite. J’ai été très bien intégrée au groupe d’adultes composé d’une vingtaine de femmes représentant la moitié des pratiquants du cours seniors. Désormais, je m’entraîne deux fois par semaine durant 1h30. Pour moi, c’est avant tout une dépense physique qui me procure le plus grand bien, moi la sédentaire qui travaille dans un bureau toute la journée. Mais j’ai trouvé d’autres choses au dojo. Actuellement, il me semble que notre société s’individualise et tend vers l’indifférence. Ce que j’apprécie au club, c’est la solidarité et l’entraide entre tous, celle notamment pour progresser ensemble. C’est très fort quand on découvre ça ! Le karaté m’a aussi fait réfléchir sur ma propre vie, la rigueur et l’exigence à mettre dans chaque chose. C’est le moteur qui me permet d’avancer et de continuer à me construire. Ca peut paraître fort mais, telle une religion, on ne revient jamais de ce sport. Je me sens véritablement associée à une grande famille. »

Nadia 40 ans // Tai-jitsu club et self-féminine Ballancourtois (Ballancourt-sur-Essonne, Essonne)
« Ça a changé ma vie »
Cette jeune femme discrète au point de vouloir conserver l’anonymat (!) a découvert le karaté il y a un an et demi. Mère de famille, elle s’offre un nouveau challenge qui lui permet d’envisager la vie autrement… Rien de moins.
« Nouvellement arrivée dans la ville pour des raisons professionnelles, j’étais à la recherche d’un club de sport, en ayant toujours fait du sport, jusqu’à lors, notamment du judo. J’ai mené ma petite enquête et le club de karaté avait les meilleurs échos. Je ne suis pas déçue par l’école du taï-jitsu, style du club, dont les séances se déroulent dans une ambiance très conviviale. Je ne voulais pas pratiquer d’activités « classiques » ou refaire un sport que je connaissais déjà. Découvrir le karaté sur le tard me paraissait être un joli challenge. Cette initiative a eu rapidement des conséquences directes sur ma vie. Après un an et demi de pratique, je me sens plus sincèrement épanouie. Mon entourage le remarque et m’encourage dans ce projet. Je suis plus harmonieuse et rend ma fille et mon mari plus harmonieux aussi. Le karaté impose une maîtrise de soi et de son corps. Je tends à me construire vers cette voie là. »

Marie-Pierre Huglo // 47 ans EKS Amiens (Somme)
« Un art martial »
Voici trente ans déjà que Marie-Pierre Huglo, 47 ans, se forme dans son club… À son propre étonnement, elle a même démarré une carrière d’enseignante sur le tard. Un virage personnel et professionnel qu’elle impute aussi à l’impact de sa pratique sur sa vie, sa vision des choses et des autres.
« Mon retour au karaté, est passé par le judo. J’y ai inscrit mon fils alors que j’avais moi-même déjà pratiqué cette discipline. Le voir m’a redonné goût au sport de combat. Mais, avec l’âge, j’appréhendais les chutes. Je me suis alors dirigée vers le karaté. Je m’y suis engagée pleinement et tous les jours ! Pourquoi ? Pour l’agréable sensation de bien-être ressentie à la fin de chaque séance. Pour l’esthétisme aussi de la discipline. Et puis j’adore la martialité exigée par le karaté. J’ai longtemps travaillé avec Franco D’Aloia, 5e dan, disparu l’année passée. Il m’a donné goût au karaté et m’a transmis ce plaisir d’enseigner. M’investir dans cette nouvelle pratique a créé un déclic dans ma vie personnelle. J’ai repris mes études à 40 ans pour devenir éducatrice physique et sportive pour l’association UFOLEP tournée vers un public défavorisé. Aujourd’hui, ma vie se construit autour du sport et de son enseignement. Avec le club, nous avons le joli projet de partir au Japon, la saison prochaine. J’ai vraiment hâte, ça devrait être un nouveau moment fort de ma vie de karatéka ! »

Rémi Jehan // 32 ans Karaté Club Cabassois (Var)
« C’est précieux »
Ce 3e dan shotokan représente la génération des années 80, celle des trentenaires d’aujourd’hui.
« Ma génération, c’est celle des années 80 et mon rapport au karaté, sa découverte à tout dire, vient tout droit des livres et des films. Le karaté ? Je suis tombé dedans tout petit ! C’est d’autant plus vrai que j’ai grandi dans un seul et unique club dans lequel j’ai le plaisir de m’entraîner encore aujourd’hui. Le karaté fait même complètement partie de ma vie car j’ai la chance de pouvoir vivre de ma passion. J’aime cette discipline qui représente une façon d’être et de se comporter. Elle m’a beaucoup aidé dans les épreuves délicates que réserve la vie. Le karaté, sous toutes ses dimensions, c’est précieux ! »

Guy Milleliri // 48 ans ACA Karaté Ajaccio (Corse)
« Un défi personnel »
« Père de… » Ou comment un père qui a conduit sa fille Émilie jusqu ’au dojo se retrouve lui -même happé par la discipline à près de cinquante ans. Un défi personnel qu’il espère pouvoir mener jusqu ’à la ceinture noire.
« En allant chercher ma fille à l’entraînement, j’ai commencé à m’intéresser à son sport. Ça m’intriguait, alors je m’y suis lancé ! Puis, ma femme m’a suivi, c’est toujours plus sympa d’appréhender une nouvelle activité, qui nous est complètement inconnue, en famille. J’ai donc repris le sport après une longue période d’interruption liée à des contraintes professionnelles. Et qu’est ce que ça fait du bien ! Ma première motivation ? Vu mon âge, il s’agit d’un certain défi personnel. Ça m’apporte un véritable équilibre avec mon travail. Les différentes écoles que rassemble le karaté révèlent toute la richesse de ce sport. Lors d’un stage de self-défense, j’ai pu côtoyer le maître Hiroo Mochizuki, impressionnant ! L’accès direct à la connaissance, c’est un trésor incroyable ! »