Championnats d’Europe cadets-juniors-espoirs

Les Français, leaders européens chez les jeunes !

La France a frappé fort aux championnats d’Europe des jeunes, cadets, juniors et espoirs, qui avaient lieu cette année en Azerbaïdjan. Avec quatorze médailles dont six en or elle est première nation européenne.

Le Directeur Technique National Dominique Charré avait fixé le cap : affirmer la valeur du karaté français « en emportant plus de finales qu’on en perd ». Mission parfaitement accomplie par les délégations « jeunes » de la France, qui reviennent de Bakou avec quatorze médailles et six titres, ceux de Steven Da Costa (combat / cadet -57kg), Rayan Baroudi (combat / cadet -70kg), Francine Richonnier (combat / cadette -47kg), Sophia Bouderbane (combat / junior -48kg), Shana Amengle (combat / junior -53kg), Enzo Montarello (kata junior). C’est mieux en nombre de médailles qu’en 2010 (11 médailles) et 2011 (13 médailles), c’est beaucoup mieux sur le plan des titres puisque la France n’avait ramené que quatre titres il y a deux ans, et trois l’année dernière. Cet effort, couronné de succès, de mieux conclure les finales, vaut à l’équipe française sa plus belle récompense : la première place au classement européen des nations, un honneur qu’elle ne s’était pas procurée dans ces catégories d’âge depuis la très belle année 2009 pendant laquelle elle avait emporté 16 médailles… dont 11 d’or aux championnats d’Europe. Mais c’était à Paris, devant le public français. Cette fois, c’est dans l’atmosphère glaciale de la lointaine Bakou, au fin fond de l’Azerbaïdjan, que la France affirme sa supériorité sur le karaté européen. Une démonstration de force plus impressionnante, donc, et qui situe bien le rapport de force. La France peut être première nation en « terrain neutre » et c’est une excellente nouvelle. Mais si l’encadrement peut exprimer une satisfaction légitime pour cette étape très réussie, la concentration reste de mise. Comme pour les deux années précédentes, un trio de rivaux reste extrêmement menaçant : l’Espagne toujours très proche du leader est, cette fois encore, deuxième nation (avec 5 titres en kata notamment), l’Italie, légère-ment décrochée en 2010, mais première nation en 2011, est cette fois quatrième. Enfin, et surtout, la Turquie, 16 médailles en 2010 (dont 7 en or, 1e nation), 17 médailles en 2011 (dont 5 en or, 3e nation) est cette fois encore extrêmement présente sur les podiums avec 17 médailles… dont 13 médailles de bronze ! L’opposition ne désarme pas, mais la France, à Bakou, a frappé les trois coups de son championnat du monde seniors. Réussir une belle prestation chez les jeunes était le meilleur prologue à la grande pièce seniors qui va se jouer à Bercy avec les mêmes objectifs et les mêmes impératifs.

Bonifier cette génération
Autre raison de rester vigilant, c’est surtout avec les très jeunes, les cadets, que les masculins ont ramené de l’or. Signe qu’il faut continuer à travailler avec la génération jeune qui arrive à maturité, mais aussi que s’affirme déjà une nouvelle génération de combattants français. Pour laquelle Steven Da Costa (cadet, -57 kg), combattant du Karaté Do Longwy, est en train de devenir une sorte de leader informel après sa troisième place mondiale en Malaisie en 2011. Il s’impose en effet à Bakou en marquant seize points pour deux encaissés seulement. La tendance est aux Da Costa, puisque Logan, vice champion du monde cadets en 2009, qui n’avait pas fait levoyage de Malaisie, a cette fois défendu la catégorie des -21 ans en -68 kg et s’est hissé jusqu’en finale. Chez les cadets, Rayan Baroudi (IKC Saint-Victoret), un peu nerveux au premier combat pour son premier grand rendezvous international – il revient au score dans les dernières secondes – trouve un rythme irrésistible pour traverser son quart et sa demi-finale par 8-0 à chaque fois, avant de contrôler sa finale par 4-0. Une liberté d’expression qu’il va falloir suivre de près. Comme pour les seniors, les jeunes filles affirment une étonnante autorité sur leur catégorie d’âge. Les cadettes emportent trois médailles sur trois possibles (dont celle de la petite soeur Serfati, Sandy, deuxième en -54 kg), pour un titre en -47 kg pour Francine Richonnier (Karaté Do 71) qui ne prend pas un point contre elle sur l’ensemble de la compétition.

ET les filles ?
Les Françaises impressionnent en juniors, en particulier, comme chez les seniors, avec les légères. Deux « clientes » dont il sera sûrement question à d’autres niveaux dans l’avenir, comme c’est le cas aujourd’hui, par exemple, d’Alexandra Recchia, championne d’Europe juniors 2008 en -53 kg. Native de Marseille, formée dans le club du « nonuple » champion d’Europe Alex Biamonti, SophiaBouderdane avait été vice championne d’Europe cadette l’année dernière en -47 kg. La voici championne d’Europe juniors en -53 kg, en battant, en quart, l’espoir le plus prometteur de la catégorie depuis plusieurs années, la Turque invincible jusque-là, Neslihan Caliskan, double championne d’Europe et double championne du monde. Un défi clairement lancé pour l’avenir ! L’autre vient de la région parisienne et elle est la nièce de l’ancien champion du monde de boxe Julien Lorcy. Comme dit le proverbe « bon sang ne saurait mentir » ! Shana Amengle a été deux fois médaillée en cadette en -54 kg. Pour sa première année junior, comme Sophia Bouderdane, elle emporte en -53 kg le titre. Menée 5 à 4 à deux secondes de la fin de la finale par la Luxembourgeoise Warling, médaillée mondiale, elle égalise au bout du suspense et emporte la décision aux drapeaux par 5 à 0 ! Une belle détermination, exemplaire de la dynamique de « chercheur d’or » mise en avant par la Direction Technique. Dans le genre, on peut faire aussi une place d’honneur au technicien Enzo Montarello. Marseillais lui aussi, mais du KC Le Ronin, le champion de France juniors remarqué de l’année 2011 (et vainqueur de la coupe), avait vu Rabah Selmani faire la finale des championnats d’Europe juniors 2011. Battu par l’Iranien qui allait prendre le bronze, il n’avait pas pu se classer pour les championnats du monde juniors de cette même année. Il ne rate pas sa seconde occasion. C’est même à une sorte de prise de pouvoir sur la catégorie d’âge qu’il s’est livré, dans la douleur sans doute, car il ne bat ses trois derniers adversaires que par 3-2, mais très claire, car il domine en finale le Turc Ali Sofuoglu, double champion d’Europe cadets et vice champion du monde juniors. Une entrée en matière parfaite. Malheureusement pour le kata français, si Alexandra Feracci a été championne d’Europe juniors dès 2009 et n’a plus quitté les podiums européens, elle a fort à faire depuis avec l’Italienne Michaela Di Desiderio et l’Espagnole Sonia Garcia. Deux ans que la victoire se dérobe à elle en -21 ans. Elle parvient néanmoins cette fois en finale en battant Di Desiderio d’un drapeau et ne cède dans l’ultime rencontre à Sonia Garcia que d’un drapeau. Décidément le chemin vers l’or est étroit et ne tolère aucun faux pas.


Open de Combat
La répétition générale

C’est à Coubertin, en décembre que les futurs acteurs du championnat d’Europe cadets juniors ont travaillé leurs répliques en open international. On y retrouvait chez les cadets l’excellent Steven Da Costa, vainqueur en -57 kg, mais aussi un autre membre de cette fratrie décidément inépuisable en talents, Jessie Da Costa (à ne pas confondre avec Logan, déjà espoir et futur médaillé européen) victorieux en -63 kg. Il ne partira cependant pas à Bakou. C’est Kévin Aouf, finaliste contre Steven en -57 kg qui prendra le ticket dans cette catégorie, avec profit puisque ce Lyonnais de Vénissieux terminera sur le podium. Les deux légères Sophia Bouderbane et Shana Amengle se mettaient déjà en évidence avec deux victoires, mais on pouvait aussi admirer une belle délégation néerlandaise, qui garantissait à elle seule le label « international ». Elle terminait deux fois en or, notamment avec son leader Nick Gerrese, vainqueur en -66 kg. Déjà médaillé européen cadet et mondial juniors, il se préparait à emporter son premier titre juniors. Gerrese, un nom à retenir.


Dominique Charré
« Maintenir l’exigence »

Le DTN était évidemment à Bakou. Pour suivre la progression de la jeune élite… mais pas seulement. Ambitions et analyse de l’état d’esprit actuel, sans langue de bois.

Quel est votre bilan de ces championnats ?
Dominique Charré : Au tableau des médailles et sur le plan technique, c’est vraiment intéressant et encourageant. Mais la question que je me pose et qui doit m’interroger c’est : est-ce assez ? En effet, après deux journées intenses, on a senti un peu de fatigue, un petit relâchement le troisième jour lors des espoirs, alors même que ceux-ci n’étaient pas en dessous des cadets ni des juniors sur le plan technique. Or, savoir maintenir une intensité sera l’un des enjeux des championnats du monde seniors en fin d’année. J’ai posé le problème à toute l’équipe d’encadrement, les entraîneurs mais aussi le médecin et le kiné, pour trouver des réponses ensemble. Pour aller plus loin. Le haut niveau, c’est l’exigence. Après les championnats du monde en Malaisie, nous nous étions donné deux objectifs prioritaires : davantage de finales gagnés que de finales perdues et travailler sur l’étroitesse et la qualité des relations pour amener l’athlète sur le tapis dans les meilleures conditions. En Azerbaïdjan, la collaboration entre tous est montée d’un cran et les titres sont au rendez-vous. On respecte donc notre tableau de marche.

On sait que la véritable échéance, sera à Bercy…
Oui, évidemment. C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles j’ai choisi, avec le staff des entraîneurs, d’annoncer tôt les sélections individuelles et par équipes pour les prochains championnats d’Europe seniors à Ténérife. Un parcours de sélection a eu lieu entre mai 2011 et le dernier Open de Paris, à l’issue duquel on a pu faire un bilan. Les athlètes étaient au courant des échéances. Je crois que les choses sont claires et c’est bien pour travailler dans la sérénité.

Des sélections qui font, vous le savez, toujours l’objet d’un peu de grogne de la part des clubs…
Oui, et c’est bien que nous l’évoquions. D’une manière générale, qui peut me dire honnêtement et objectivement aujourd’hui que nous n’alignons pas la meilleure équipe ? J’entends les critiques, mais j’aimerais surtout qu’elles soient suivies de propositions concrètes. Prenons les -84kg justement : nous avons décidé de ne prendre ni Cédric Siousaran ni Mickaël Serfati. Tout simplement parce que leurs résultats ou plutôt leur manque de résultat au cours des trois dernières grandes compétitions –aucune médaille- ne peut pas nous faire espérer une médaille européenne et surtout mondiale dans quelques mois. À l’inverse, Davy Dona et Kenji Grillon ont été très performants en -75kg. Ils totalisent tous deux autour de 25 points selon le barème que nous avons fixé, alors que les leaders attendus dans la catégorie supérieure en ont moitié moins au compteur. J’en profite d’ailleurs pour dire que notre décision est d’abord celle de l’équipe de France : Kenji Grillon tenait absolument à rester en -75kg pour un défi personnel (C’était notamment la catégorie de son mentor Olivier Beaudry, NDLR), mais il a les capacités physiques de tirer en -84kg et la France d’aligner deux combattants capables de devenir champions du monde à Bercy. On a tranché. J’observe aussi, même si cela peut être difficile à entendre pour certains et que je dis clairement que le travail des pôles ne doit pas ignorer celui des clubs, que la plupart des sélectionnés en équipe de France sont issus de la filière de haut niveau, ce qui signifie qu’il y a une qualité d’encadrement et aussi sans doute, une continuité dans le suivi des athlètes qui est important.

Le titre par équipe combat sera un objectif. Vous avez également avancé sur ce point ?
Oui, chez les filles comme chez les garçons. Nous avons annoncé les sélectionnés pour les championnats d’Europe mi-février, là aussi sans concession, même si l’état d’esprit est différent des sélections individuelles. En équipes en effet, il ne s’agit pas de juxtaposer des combattants très forts. Il faut aussi de la complémentarité, de l’explosivité, du leadership… Chez les féminines, nous avons ainsi sorti Alexandra Recchia de l’équipe, alors même qu’elle est championne du monde en titre, pour intégrer Nadège Aït-Ibrahim, Alexandra ayant pour objectif de remporter le titre individuel. Quant aux garçons, l’équipe vice championne d’Europe a aussi été remaniée par rapport à 2011. Davy Dona en fait partie pour son style emballant qui peut faire chavirer une rencontre et un public. Il sera aux côtés de Salim Bendiab, Nadir Benaïssa, Mathieu Cossou, Ibrahim Gary, Kenji Grillon et Azdin Rghioui.