Wado-ryu français

Né un 24 septembre

Dans les aventures humaines et les parcours d’écoles et d’associations, il y a des moments forts, des expériences décisives. Le 24 septembre 2011, le karaté wado-ryu français organisait un stage, sous l’égide de la FFKDA , qui a réuni… près de 450 personnes. Un acte fondateur pour une union dans le respect des tendances, dont les principaux acteurs nous donnent la genèse.

 PATRICE BELRHITI  8e dan / directeur technique de la Wado-France
« Nous avons réussi à estomper les égoïsmes »
« Après Hiroo Mochizuki, en créant en 1982 la Wado- France, mon but a toujours été de fédérer l’ensemble du wado français. Au début, c’est d’ailleurs ce qui s’est passé, car il n’y avait pas grand-chose en termes d’organisation à l’époque. Mais les divers courants internationaux ont été à l’origine de prises de distance au niveau national, alors que je souhaitais plutôt travailler à l’origine avec toutes ses organisations internationales. Mais je comprends aussi qu’il y ait des écoles, c’est humain et naturel et c’est une bonne chose aussi. Je ne suis pas pour le : ‘‘tout le monde fait la même chose’’. Travailler ensemble, ça ne veut pas dire ça. La diversité c’est la richesse du style. Je crois cependant que nous avions la confiance des autres groupes quand ils ont vu que, réunis autour de la coupe de France, ils n’étaient pas défavorisés par l’arbitrage et que les sélections internationales dépendaient des podiums, toutes tendances confondues. Autour de cette idée de stage, que je souhaitais, l’engagement de la Fédération Française a bien aidé aussi parce que c’était par elle, et non par moi, que nous avons pu solliciter tout le monde. C’était bien mieux. Je ne connais encore pas beaucoup Kazutaka Otsuka, mais il est jeune avec le vécu familial de son père et de son grand-père, c’est très intéressant. Tandis que je suis plus orienté sur la technique de combat, il amène une ouverture très complémentaire vers le jutsu. Notre proposition est plus complète. Nous avons réussi à estomper les égoïsmes. C’est une belle satisfaction sur le plan humain et c’est tant mieux aussi sur le plan technique et politique. Moins de division, c’est plus de force. Le résultat concret de ce rapprochement encore informel, c’est la création d’un bloc de travail autour de la coupe de France, avec la réunion d’un comité des sages le vendredi pour réfléchir tous ensemble, le stage le samedi et la compétition le dimanche. C’est bien non ? »

 JOSY GARDIER  6e dan / directeur technique de la ligue Dauphiné-Savoie / Représentant de l’école Fukazawa lors du stage
« Confiance dans la qualité des hommes »
« Faire du Karaté, c’est ce qui est important. Le faire dans notre code de l’honneur et bien enseigné. Voilà ce qui compte. C’est par le biais de Monsieur Belrhiti que nous avons été contactés pour participer à ce stage. La démarche était très intéressante. J’ai toujours pensé que le wado-ryu devait être uni en respectant les écoles, comme au shotokan. Pour nous qui étions orphelins de Fukazawa sensei, c’était à la fois impressionnant et réconfortant de voir toutes ces ceintures noires désireuses de travailler ensemble. J’ai beaucoup pensé à Hiroji ce jour-là. Il aurait aimé ce moment. On a aussi parlé nettement. J’ai reçu des réponses franches à mes questions franches et j’ai confiance dans la qualité des hommes, qui ont tous oeuvré dans leur groupe de façon positive pour obtenir ce résultat. Je découvre Kazutaka Otsuka, un homme jeune, ouvert et humble qui inspire le respect. C’était comme une grande fête familiale, un élan commun. Au delà de l’intérêt technique, il y avait un bien-être partagé. Je suis vraiment très heureux d’avoir eu la chance de vivre ça. »

 PHILIPPE DHERBECOURT  6e dan / président de la ligue de Picardie
« Morcelé, le wado-ryu était négligé »
« Avec quelques présidents concernés, nous avons abordé le sujet de la réunification des groupes wadoryu avec Francis Didier à la réunion des présidents en début de saison dernière. Une date a été trouvée un mois plus tard pour un grand rassemblement fédérateur et on s’est entendu sur la nomination de Michel Muller comme coordinateur des différents mouvements, avec le parrainage amical de Hiroo Mochizuki qui rendait cette réunion entre écoles plus facile. La ligue de Picardie, mais d’autres aussi, se sentaient très impliquées dans la perspective de redonner de l’éclat au wado-ryu français qui représente tout de même 20% du karaté national, parce que nous avions l’expérience positive d’un travail commun entre les différentes écoles. Morcelé, le wadoryu était négligé. Regroupé, il représente une force. Au début de la réunion qui comportait un protocole strict, c’était encore un peu froid ! Et puis on a eu la grande satisfaction de voir ces experts qui ne se connaissaient pas se parler, puis travailler ensemble… »

 MICHEL MULLER   6e dan / coordinateur pour le wado-ryu auprès de la FFKDA
« Une opportunité formidable »
« Tout le monde est plus ou moins élève de Mochizuki sensei, étant donné qu’il a été le promoteur du wadoryu en France et le directeur technique de la FFKDA il y a bientôt une cinquantaine d’années. Il exprimait comme beaucoup d’autres un désir de rassemblement. L’arrivée de Kazutaka Otsuka en France et le bon vouloir Patrice Belrhiti qui travaille à cette unité, la plus grande association wado de France, et malheureusement la disparition du regretté Hiroji Fukazawa, qui était l’inspirateur de l’une de ces tendances, ont créé un terrain et un climat nouveaux. Le temps était venu. Finalement, la combinaison de la forte aura de Patrice Belrhiti et de ses compétences, le potentiel technique et humain qu’incarne Kazutaka Otsuka, qui apporte notamment beaucoup dans le domaine jutsu de la discipline et le regard de Mochizuki sur tout cela nous offre une opportunité formidable dont le premier bilan est que nous avons réuni dans un stage 430 personnes, volontaires pour travailler et échanger autour du wadoryu. Mon rôle à moi est d’être la cheville ouvrière que Mochizuki Sensei ne peut ni ne veut être. En février, nous réunissons tous les 6e dan pour une réunion la veille de la coupe de France pour faire naître un Comité de réflexion sur l’avenir du wado-ryu. » 

RECUEILLI PAR EMMANUEL CHARLOT / PHOTOs : D. BOULANGER