Wado-ryu

La Voie de l’Harmonie

Si le wado-ryu est la « Voie de l’harmonie » selon le sens de ses idéogrammes (Wa = harmonie, paix / Do = la Voie), les responsables du style en donnent un excellent exemple. Le karaté ici, n’est pas un sport individuel, mais une dynamique collective où la maîtrise des hommes s’exprime de façon spectaculaire et positive. Savoir mêler les énergies par absorption et convertir ces énergies, additionnée de la sienne propre dans une direction donnée, et avec une intention… Ce sont les fondamentaux du karaté « wa-do » et cela fait aussi de l’excellente politique quand on parvient à se hisser à ce niveau. C’est cela dont ont été capables les écoles du wado-ryu français et leurs experts en se réunissant pour un grand stage commun sous l’égide de la FFKDA en début de saison. Aux belles intentions les grandes réussites : le succès exceptionnel de cette réunion est désormais une pierre blanche dans la voie d’une forme de réunification du wado-ryu français. Officiel Karaté Magazine revient sur cet événement important du karaté français avec ses témoins et ses acteurs majeurs. Découvrez, notamment, l’interview « expert » d’un nouveau venu sur le sol français dont l’apport technique déterminant n’est pas pour rien dans cette volonté nouvelle de travailler ensemble, Kazutaka Otsuka, le petit-fils du fondateur du wado-ryu, désormais résident français.


UN JUJUTSOKA JAPONAIS CHEZ FUNAKOSHI

Hironori Otsuka, le fils, aurait dit du style de karaté créé par son père : « Il faut considérer le wado-ryu plus comme un système de jujutsu auquel on a ajouté des techniques de karaté d’Okinawa et des techniques d’armes issues des écoles japonaises de sabre Yagyu et Toda »… Petit voyage historique à la naissance du plus japonais des Karaté.

Gichin Funakoshi aura fortement influencé, avec ses katas, l’enseignemement de Hinori Otsuka, qui créera à son tour sa propre méthode : le wado-ryu.

C’est en famille et dès le plus jeune âge que ce descendant d’une lignée de samouraïs encore très présents en cette toute fin du XIXe siècle commence la pratique jujutsu. Fils de médecin pratiquant et neveu du samouraï Chojiro Ebashi, Hironori Otsuka est à bonne école. À 13 ans, il passe à la vitesse supérieure en poussant la porte intimidante de Shinzaburo Nakayama, troisième maître d’une école de ju-jutsu, la Shindo Yoshin- Ryu – une version plus militaire, avec notamment un travail du sabre, de la fameuse Tenjin Shinyo Ryu, la première école pratiquée par Jigoro Kano, créateur du judo. À 29 ans, celui qui est devenu entre temps le meilleur élève du dojo, reçoit le Menkyo Kaiden, l’honneur suprême d’être considéré comme le continuateur de l’école, celui qui en possède tous les secrets et toutes les maîtrises. Juxtaposition étrange d’une époque de transition, le jeune guerrier fait parallèlement une formation dans la banque. Il y travaillera, sans conviction, avant de faire le choix de son art. Fort de son Menkyo, le jeune maître est à l’affût des progrès possibles. Il entend alors parler de la démonstration de Gichin Funakoshi à Tokyo et décide d’assister à la suivante. Nous sommes en 1922. Otsuka se passionne rapidement pour l’enseignement des kata dispensé par Funakoshi l’Okinawaiien, lequel trouve intérêt à la présence de cet expert japonais de bonne famille et de haut niveau technique. Les kata digérés, Hironori Otsuka commence à approfondir la relation entre le jujutsu et l’art de la « Main vide ». Il est l’un des plus brillants élèves du dojo et accompagne souvent Gichin Funakoshi en démonstration. Mais à la fin des années 20, des dissensions d’ordre technique, mais aussi peut-être des conflits de personnalité, notamment avec le fils de Funakoshi, Yoshitaka, éloigne Otsuka du shotokan. Il a commencé à travailler avec d’autres experts, comme le fameux combattant Choki Motobu qui le sensibilise au kumite. Trop de combats « libres », trop de jujutsu dans le karaté d’Otsuka le Japonais, il faut prendre ses distances… C’est en 1939 seulement que l’organisation du Butokukai, qui répertorie les arts martiaux japonais, lui demande de nommer ce qu’il enseigne depuis 1934. Ce sera le wado-ryu, l’école de la Voie de l’Harmonie, basée plus fortement que le shotokan sur la flexibilité du haut du corps et l’esquive, des techniques plus courtes et une position plus haute, les clés et les projections. Le système technique s’appuie sur trois principes, Inasu (dévier l’attaque, ne pas la stopper en force), Nagasu (absorber avec fluidité), Noru (rendre la force, pénétrer). Distingué par l’empereur en 1966, récompensé du titre exceptionnel de Meijin (homme accompli) en 1972, Hironori Otsuka meurt en 1982. Son plus jeune fils, Jiro Otsuka reprendra l’école et le prénom d’Hironori. D’autres élèves directs du fondateur ont essaimé au niveau international, comme Suzuki Tatsuo, Ajari Yoshiaki, Ohgami Shingo, Kono Teruo ou Shiomitsu Masafumi… et plusieurs organisations (dont la Wado Ryu Renmi de Hironori Otsuka II et la Wado- Ryu International Féderation de Tatsuo Suzuki).


LE WADO-RYU EN FRANCE

Comme le raconte Hiroo Mochizuki (voir son témoignage page 35), c’est lui qui, lors de son second séjour, à partir de 1963, fait découvrir ce style aux pratiquants en France. Mais sa propre recherche l’éloigne du karaté. Il prend acte au début des années 80 de la naissance du yoseikan budo, et par là même, de son retrait du wado-ryu français. Sur son instigation, Patrice Belrhiti, fort d’un long séjour au Japon et d’une grande carrière de combattant (voir OKM 41), est désigné comme successeur et fonde la Wado- France en 1982. Du fait des ruptures au niveau international – notamment la sécession de Tatsuo Suzuki – plusieurs organisations voient le jour, dont la Wado Ryu Karatedo Académie (Président Michel Novi) en 1989 et l’organisation fondée autour de la personnalité d’Hiroji Fukazawa, envoyé en France par Minoru Mochizuki en 1974 pour seconder Hiroo Mochizuki, qui deviendra le responsable technique de l’association France Wado-Kai à partir de 1991 jusqu’à sa mort en 2010. Il existe aussi beaucoup de clubs français qui ne se sentent d’aucune « appartenance ». Le wado-ryu représente 14 411 licenciés répartis dans 682 clubs.