La famille Nguyen

Thanh Long, quelle histoire !

L’emblème du Thanh Long est la rosace (lien hoa) voulue par maître Nguyen Dân Phú, ici avec six de ses fils, et dessinée par lui. Il y a mis un certain nombre de messages que les pratiquants apprennent à décoder au fil de leur progression.

Avec plus de 50 ans d’existence, le style Thanh Long est un pan, à lui seul, de l’histoire des arts martiaux vietnamiens. Il repose sur une histoire patriarcale étonnante. Pour mieux comprendre l’épopée technique et spirituelle du style, questions-réponses avec Jean-Louis Juhle, pratiquant depuis les années 80 et porte-parole de la famille Thanh Long.

Comment est né ce style ?
Son créateur est maître Nguyen Dan Phu, né à Hanoï au début du siècle dernier dans une famille aisée. Il a bénéficié pendant toute la première partie de sa vie de l’enseignement direct de maîtres réputés dans tout le pays. Lorsque son frère aîné, Dan Giam, rentre de France après des études à la Sorbonne, il décide de découvrir le pays qui l’a enchanté. Il quitte Hanoï pour s’engager dans l’armée française pendant la seconde guerre mondiale puis s’installe en France à la fin des hostilités. Redoutable combattant et personnage hors du commun, il a eu une vie digne d’un roman qui lui aura notamment donné huit fils ! Tous ont été initiés aux arts martiaux. Au Viet Vo Dao bien sûr, mais aussi au judo. Si chacun est devenu un pratiquant de haut niveau, quatre enseignent aujourd’hui : Serge, Gérard, Michel et Gilles Nguyen. Maître Nguyen Dân Phú a commencé à enseigner à la demande de ses fils. Nous sommes alors en 1957, à Montluçon, et l’enseignement est d’abord dispensé dans le cadre familial. Pour transmettre son art à ses fils, il codifiera une synthèse des enseignements qu’il avait lui-même reçus et de sa pratique de combattant. Ce sera la naissance du Thanh Long.

Qu’advint-il ensuite ?
Au début des années 60, Maître Nguyen Dân Phú devient Lao Su Daï Viet. C’est l’époque où ses fils participent aux différents championnats de France combat de karaté. 1969 marque un tournant dans l’histoire du Thanh Long. Maître Nguyen Dân Phú est longuement hospitalisé. Les suites d’une douloureuse blessure, souvenir de la seconde guerre mondiale lorsqu’il était engagé volontaire dans l’armée française. À partir de cette date, il n’enseignera plus en tant que professeur. Ses fils prennent la relève, il n’interviendra plus que lors des stages organisés par ceux-ci.

Le maître avec son fils Gilles.

Nguyen Dan Phu a cherché très tôt à rassembler, non ?
Oui, il est aussi, en 1972, à l’origine de la création de la Fédération Française de Viet Vo Dao dont il devint d’ailleurs le patriarche, l’autorité morale. En 1974, quelques mois avant la chute de Saigon, accompagné par deux de ses fils (Gérard et Michel), il retourne au Viêt-Nam pour la première fois depuis son engagement dans l’armée française. Son retour fait les titres de la presse Saigonnaise. Il fait partie de la délégation de la FFVVD et est alors reçu avec ses fils par le Patriarche du Vovinam Viet Vo Dao. Ils reviendront 17 ans plus tard, en 1991, à Hanoi, et organiseront une démonstration nationale à laquelle participeront différentes écoles vietnamiennes. 1974 est aussi l’année ou ses fils obtiennent leurs diplômes d’Etat (karaté, judo, aïkido et disciplines associées). De 1974 à juin 1999, date de son décès, il va oeuvrer pour la reconnaissance du Viet Vo Dao au sein de différentes structures : FFVVD, FAMTV. Son influence technique et spirituelle dans les arts martiaux en général et dans le Viet Vo Dao en particulier feront que nombre de pratiquants se prévaudront à tort d’être des disciples directs. Certains iront même jusqu’à créer des écoles se réclamant de son enseignement et d’une filiation directe.

Comment définir le style Thanh Long ?
Thanh Long signifie « Dragon Vert » ou « Dragon d’Eau », animal mythique souple, fort, noble, imprévisible et jamais agressif. Le choix du nom donne le ton de ce style. Les origines nord vietnamiennes expliquent en partie l’élégance et la finesse des techniques Thanh Long. Le style Thanh Long repose sur la codification, par le Maître Nguyen Dan Phu, des développements de 72 mouvements de base. Dans l’inévitable classification « École de pieds » ou « École de mains », le Thanh Long trouverait sa place du côté des écoles de mains. Les mouvements caractéristiques sont en effet des mouvements de mains (marteaux, pioches par exemple). Quant aux enchaînements de base propres au style Thanh Long, ils font très majoritairement appel aux techniques des membres supérieurs : pics, paumes, tranches, marteaux, coudes, griffes. Les armes traditionnelles sont travaillées dès que le niveau technique l’autorise (bâton court et long, épées simple et doubles, Long gian, couteaux, sabre, hallebarde, etc.). De manière générale, les mouvements sont souvent circulaires et les déplacements se font dans huit directions. L’ensemble dégage une impression de grande mobilité et de précision.

Justement, comment résumer les caractéristiques techniques principales de cette école ?
Tel que Maître Nguyen Dân Phú l’a codifié, le Thanh Long présente trois points fondamentaux, fruit d’un travail réaliste de combattant. D’abord, l’importance accordée aux mouvements circulaires : marteaux, fléaux, pioches etc. Ensuite, la protection systématique des points vitaux lorsqu’on porte une attaque pied ou poing sur un adversaire. Enfin, le travail des frappes dans les huit directions (pa kua).

Comment s’organise la pratique régulière ?
C’est très complet. Il y a un travail de la respiration avec les quyens, des séries d’endurcissement des différentes parties du corps, un travail spécifique de l’énergie Bat Quai, des techniques de santé pour les personnes âgées type auto-massage, l’apprentissage de la maîtrise des armes traditionnelles (épées, sabres, fléau, bâton, lance, hallebarde etc.). Globalement, l’entraînement met l’accent sur la mobilité, le travail dynamique et la précision, des mouvements en général et des frappes en particulier. Nous étudions des leçons qui servent de socle de connaissance (tranches, paumes et piques de la main, coudes, marteaux, blocages et coups de pieds…). J’ajouterai qu’appliqué en self-défense, le Thanh Long se montre très efficace. Maître Nguyen Dân Phú a par ailleurs mis au point un matériel d’entraînement spécifique qui va des sacs de frappe, aux mannequins sur rail, aux baguettes d’endurcissement ou encore aux rouleaux pour les marteaux…

Que représente ce style au sein des Arts Martiaux Vietnamiens ?
Bien établi au sein de la FFKDA, le style Thanh Long est implanté géographiquement dans le centre et le quart sud-est de la France. Paris, la Rochelle et la Guadeloupe ont leurs clubs. Au total, le style Thanh Long est pratiqué dans un peu plus de 70 clubs qui représentent quelque 1 500 licenciés dont 170 ceintures vertes, le plus haut grade. 

Pour aller plus loin : www.thanhlong.org  et  www.vietvodao-thanhlong-sonhai.com


Les fils du Dragon

Maître Nguyen Dan Binh Serge (4), maître Nguyen Dan Long Alain, maître Nguyen Dan Tôn Daniel, maître Nguyen Dan Luc François, maître Nguyen Dan Viet Gérard (2), maître Nguyen Dan Viet Christian, maître Nguyen Dan Hung Michel (1) et maître Nguyen Dan Minh Gilles (3). 

recueilli par olivier remy/ Photos : D.R.