Coupe de France combat seniors

Les leaders se profilent

Johan Lopes/ Antoine Cuenca : en finale des -60 kg, le médaillé européen (à gauche) a été bousculé par son jeune rival.

Si la coupe de France n’est pas décisive pour les sélections internationales, elle précise les hiérarchies nationales. Certains leaders y ont pris de la consistance, des outsiders entrent dans la lumière.

Pour William Rolle, « il fallait se faire violence pour être bien présent ». Cette concentration lui va bien : il gagne sa troisième coupe consécutive et garde ses distances ation. Lolita Dona (-61 kg) est passée à travers la compétition de la même façon, réaffirmant son statut. En lourds, Ibrahim Gary a montré que pour l’instant, son sens du déplacement et sa puissance le mettaient au-dessus du lot. Johan L opes (-60 kg) a fait de sa finale une démonstration d’autorité sur un outsider un peu envahissant, Antoine Cuenca, le vice champion d’Europe juniors de Novi Sad. Quant à Kenji Grillon, il a fait de cette coupe de France une occasion : plus puissant, très sûr, il a enfin dominé une compétition nationale, lui qu’on voit surtout à l’international. « Je viens de faire un bon parcours dans les tournois et en gagnant ici, je montre une régularité qui me manquait. Je me suis remis en question avec une grosse préparation physique, beaucoup de travail de jambes, une bonne diététique qui me permet de ne plus faire de gros régimes. J’ai aussi trouvé mon équilibre dans mes études, je fais “sport com” à l’Insep. Tout cela va m’aider à garder mon karaté offensif, mais aussi à faire moins d’erreurs. En seniors, à ce niveau, tout est plus pointu. Je me sens prêt cette année.»

LA CONSTANCE DE FROMAGER
Il y a les leaders et il y a les autres. Si les finalistes marquent des points, notamment les jeunes comme Cuenca (-60 kg) ou Lakehal (-84 kg), ceux qui s’imposent mettent carrément un pied dans la porte. Il y a les jeunes, Prouille (+68 kg) et Bendiab (Open masculin) dont l’efficacité et le style font plaisir à voir. Il y a surtout Lucie Ignace (-55 kg) dont la série victorieuse incite à penser que son temps est peut-être venu. Enfin, il y a la constance de la « Postière de Colombes », Sonia Fromager (c’est en effet son travail à la Poste de 6h30 à 13h00 qui lui permet de s’entraîner au club), une jeune femme qui n’est plus un espoir, elle a 29 ans, mais qui se permet de dominer assez régulièrement la grande Tiffany Fanjat. Une place possible en équipe de France ?

LES COMBATS
LES FILLES
Un coup de pied de part et d’autre et Alexandra R ecchia s’impose d’un drapeau en -50 kg, reprenant ainsi d’un rien l’avantage à la championne de France Betty A quilina. Lucie Ignace est trop rapide avec ses gyaku tsuki limpides pour sa « compatriote » Aurélie Calinzingoue en finale des -55 kg. Pour la deuxième fois de suite après les championnats de France 2011, la combattante de « Bras Panon » domine celle de Sainte-Clotilde. Même constat en -61 kg où la championne du monde Lolita Dona, domine pour la troisième fois en finale – sur un balayage en prolongation – comme lors des deux derniers championnats de France, la longiligne Lamya Matoub. Autre affrontement serré reconduit d’une finale à l’autre, en -68 kg entre une championne du monde, Tiffany Fanjat, et sa « challenger », Sonia Fromager. La Lyonnaise Fanjat est à deux doigts de remporter un nouveau titre dans un combat fermé, d’un petit point en prolongation, quand la combattante de Colombes, Sonia Fromager, trouve à trois secondes du gong l’opportunité d’un coup de pied victorieux. Après les championnats de France 2011, c’est sa deuxième victoire en finale contre Tiffany Fanjat. Championne du monde cadettes 2008 et juniors 2009, Marie Prouille (+68kg), ne quitte plus les podiums nationaux depuis deux ans et réussit à emporter sa seconde coupe de France consécutive dans la catégorie de la championne d’Europe Nadège Aït-Ibrahim. Cette dernière est battue sur ses erreurs par l’excellente contreuse de Brignoles, Anne-Laure Florentin. En finale, après être sortie d’une demi-finale échevelée contre Ruth Soufflet (10-6), Marie Prouille paraissait elle aussi subir le karaté de Florentin, mais ses accélérations lui permettaient finalement d’affirmer son statut d’espoir en pleine confirmation. Ce fut sans bavure en Open pour Samy Maeva, 3e en -55 kg. Elle marquait 28 points contre zéro encaissés en cinq combats et concluait par un 8-0 contre Jennifer Gaubard Beziat avec deux ura-mawashi-geri à la clé.

Sarcelles, ça envoie ! encore plus quand l’équipe compte dans ses rangs le champion d’Europe 2005 Tim Petersen.

LES GARÇONS
Finaliste des championnats de France et vice champion d’Europe juniors en -60 kg, Antoine Cuenca, tombeur de S ofiane A inine en demie, entame sa finale par un uramawashi intimidant sur le leader français Johan L opes. Mais ce dernier monte en régime et laisse son challenger sur place pour finir le combat sur un joli 10-5. En -67 kg, l’affiche est désormais un classique : en forme ces derniers mois et dominateur sur la compétition Mathieu Cossou semblait cette fois de taille à poser des problèmes à William R olle. Mais celui-ci se rodait avec un 8-0 en quart contre Mahmoud Chakroun et un 7-2 en demi contre Anthony Gillet – et une utilisation parfaite du uraken qui faisait sourire de plaisir l’entraîneur national Olivier Beaudry, le maître de cette technique. En finale, il prenait parfaitement son rival français en alignant avec vivacité les points en gyaku au visage. Kenji Grillon attendu en -75 kg, a impressionné. C’est en demi-finale qu’il s’affirme, en surclassant un Davy Dona toujours aussi prolifique en attaque, mais moins efficace cette fois en défense – ainsi Niang Baba en prend huit… mais en marque sept. Menant de deux points contre Grillon, « l’ouragan de Thiais » allait encore en marquer un… mais en prendre onze dans le même temps ! En finale, Kenji Grillon manie lui aussi les uraken contre Azdin Rghioui et contrôle.
La catégorie est féroce et la hiérarchie peu nette en -84 kg. En l’absence de Jean-Christophe Taumotekava (opéré d’un genou suite à une rupture des ligaments croisés), on attendait Cédric S iousaran, vainqueur des deux dernières éditions. Il est dominé d’un point par le revenant Ludovic A lonso, qui profite ensuite de la blessure à l’épaule en plein combat du petit frère Dona, Larry, pour se hisser en finale ou il retrouve le jeune Medhi L akehal, « tombeur » de Mickaël S erfati en demie et d’Adrien Gautier, finaliste des France 2011, dans les premiers tours. Mené d’abord 2-0 en finale, Ludovic Alonso fait parler son excellente technique pour revenir rapidement et ne plus rien lâcher. C’est tout l’inverse en +84 kg où a commencé le règne d’Ibrahim Gary, deux fois champion de France en 2010 et 2011 et vainqueur de la coupe de France 2010. Débarrassé de Florian Malguy tombé dès le premier tour devant Mike Voltat, le combattant de Sarcelles ne va pas être inquiété jusqu’en finale contre Nadir Benaïssa qu’il contrôle facilement. Florian Malguy revient bien en Open avec une revanche cinglante sur Mike Voltat et une belle demi-finale contre Nabil Kherfi, mais il trouve sur le chemin du titre un jeune combattant qui ne se pose aucune question, Salim Bendiab, champion d’Europe espoirs à Novi Sad cette année. À 5-5 dans les dernières secondes, c’est le jeune challenger qui vole le dernier point et la coupe.

LES ÉQUIPES
Pas de suspense… La domination chez les masculins de Sarcelles date de 2007 et ne s’est pas démentie. Après avoir disposé sèchement du KC Colombes en demie – victoires de Gary, Cossou et du Néerlandais Petersen – Sarcelles réussissait une finale splendide contre le SIK parisien, malgré la défaite au deuxième combat de Lakehal face à l’excellent Drame. Mais Petersen se jouait brillamment du puissant Florian Malguy, mystifié 12-3 avec un ura-mawashi-geri d’entrée et deux balayages, et Siousaran balayait Serfati par 8-0. Neuvième titre d’affilée (coupes et championnats) pour le club phare de l’Ile-de-France. Malheureusement pour la concurrence, les filles de Sarcelles dominent elles aussi leur sujet depuis l’année dernière. Opposées au KC Colombes, elles l’emportent sur la longueur, au troisième combat, après un nul de Samy Maeva face à Sohad Gautier et une défaite de Lamya Matoub face au pilier de Colombes, Sonia Fromager. Mais Tiffany Fanjat règle la question en corrigeant Laurie Le Céhan par 8-0. Victoire aux points, la quatrième de suite pour les filles de Sarcelles. 

 


 

Quand elle se déplace en Métropole, Lucie Ignace ne fait pas le voyage pour rien !

LUCIE IGNACE
Le petit volcan de La Réunion

Et dire qu’elle aurait pu rester à la natation si ses yeux avaient supporté le chlore ! Riche idée d’inscrire la turbulente Lucie Ignace au karaté. Outre que cette jeune insomniaque –trop agitée – y a trouvé la canalisation dont elle avait besoin (au départ, elle faisait plus de tours de tapis de punition que de karaté), elle y a aussi découvert un terrain d’expression pour ses qualités d’explosivité, qu’elle sert avec un karaté net et clair. Depuis son titre de championne de la Réunion et une première médaille en métropole, en 2003, la jeune fille ne cesse de gagner… en combat comme en kata. « Il a fallu que je me spécialise. En combat, je gagne la coupe de France depuis que je suis minime ». Désormais, on passe aux choses sérieuses. Championne d’Europe juniors 2009, finaliste en 2010 et troisième des championnats du monde juniors, Invaincue en seniors depuis 2010 (deux championnats et deux coupes… dont celle de 2010 en -61 kg parce qu’elle n’était pas au poids !), le jeune volcan réunionnais de 18 ans tape désormais assez clairement à la porte de l’équipe de France, d’autant plus qu’elle a été excellente à l’Open d’Istanbul où elle s’est permise de battre la championne d’Europe en titre ! La jeune Réunionnaise a néanmoins un problème à régler. Elle n’est pas décidée à monter en Métropole et a de bonnes raisons pour ça : « Pour l’instant j’atteins mes objectifs de là-bas. Et puis je suis très frileuse ! »
TEXTES : E. CHARLOT / PHOTOS : D. BOULANGER