Championnats du monde cadets-juniors-espoirs

De l’or et quelques regrets

Agathe Duval confirme : elle emporte en Malaisie le titre juniors deux ans après son sacre en cadettes.

Deux titres, quatre médailles d’argent et sept médailles de bronze… La France fait moins bien qu’en 2009, mais mieux qu’en 2007. Un équilibre fragile qui la situe tout de même au 4e rang mondial. Bilan et réactions. 

Deux titres donc : un en combat pour Agathe Duval, qui confirme après son titre mondial cadette de 2009, et la mainmise du trio kata féminin formé par Marie Bui, Marie Hervas et Jessica Hugues. De quoi se classer dans le quatuor de tête et montrer une nouvelle fois sa force de frappe et la politique de formation fédérale. La concurrence ? L’Egypte domine les débats, la Turquie est une solide deuxième nation devant le Japon qui doit beaucoup, tradition oblige, à ses katamen et katawomen (quatre titres !). Et il y avait des prétendants aux titres : l’Angleterre en a pris deux, la Hongrie, la Bosnie Herzégovine, le Mexique, l’Algérie, l’Azerbaïdjan et le Montenegro, un. En tout, 37 nations au tableau d’honneur au cours d’une compétition qui rassemblait –coupe du monde espoirs en sus oblige- plus de 1200 jeunes compétiteurs. Il fallait donc être costaud, peut-être plus que jamais, pour endiguer les ambitions adverses. Dominique Charré, concentré sur les mondiaux seniors 2012, ne fut pas moins un témoin attentif de l’événement. Il fait les comptes : « En kata, d’abord. Le Japon, absent en équipe, a remporté les 4 médailles d’or des épreuves individuelles, interdisant avec autorité et maîtrise aux autres nations de s’emparer d’un titre. Dans le contexte d’une compétition au niveau élevé, l’équipe masculine a montré son potentiel après une demi-finale qui leur échappe d’un drapeau contre les Égyptiens, tandis que les filles, sobres et efficaces, ont vu leur travail récompensé en montrant un état d’esprit très collectif. C’est une vraie satisfaction.
Dans les 22 épreuves combat, nous remportons dix médailles. L’or d’Agathe Duval, c’est magnifique. Elle doit surtout sa victoire à sa grande capacité à se préparer mentalement. Une rage de vaincre énorme, combinée à une intelligence tactique et une bonne lecture des combats qui permet d’effectuer les bons gestes. Bref, un karaté qui paraît simple, dépouillé de gestes parasites et de la détermination. Un exemple, y compris pour les seniors. Derrière, il y a trois finales perdues, un constat répétitif auquel on ne doit pas s’habituer, et six médailles de bronze dans lesquelles il faut aussi trouver des satisfactions et des promesses pour l’avenir. En revanche, que dire des sept combattants qui ont perdu dès le 1er tour, parfois sans honneur. Il s’agit bien d’un échec. Ils n’ont pas été à la hauteur des attentes de leurs entraîneurs qui ont beaucoup travaillé et tout donné eux aussi… » Même goût d’inachevé chez les entraîneurs présents sur place. L’ancien international, Ludovic Cacheux : « On ne sait pas si l’on doit prendre le verre à moitié vide ou à moitié plein. Il y a des motifs de satisfaction. On a vu chez les espoirs que certains sont aux portes de l’équipe de France seniors et que des jeunes juniors avaient un très fort potentiel. Après, nous sommes tout de même déçus car on fait moins bien qu’aux derniers championnats du monde. On perd trois finales un peu bêtement. Marie Prouille et Alizée Agier avaient fait une belle compétition jusqu’au dernier combat et Anthony Giraudeau a mal abordé sa finale alors qu’il avait très bien géré les tours précédents et qu’il est doté d’un très fort potentiel. Je pense qu’il y a chez nos athlètes un blocage psychologique au moment d’aborder les finales. Dommage, car quand on voit que six des sept repêchés ont fait une médaille, on se dit que c’est dommage d’avoir besoin de prendre une valise pour se remobiliser. » 

LES CHAMPIONS DU MONDE
CADETS ET JUNIORS FRANÇAIS

 CADETS
1999, SOFIA (BULGARIE)
Yann Bernard (-60kg)
2001, Athènes (Grèce)
Cédric Siousaran (-70kg)
Olivier Araminthe (-75kg)
2005, LIMASSOL (CHYPRE)
Emmanuelle Fumonde (Kata)
2007, ISTANBUL (TURQUIE)
Kenji Grillon (-70kg)
2009, RABAT (MAROC)
Agathe Duval (+54kg)
Steven Balzan (-70kg)

 JUNIORS 

1999, SOFIA (BULGARIE)
Laurent Debono (-60kg)
Équipe féminine kata(J. Buil, S. Buil, Signavong)
2001, ATHÈNES (GRÈCE)
Jeremy Aubéry (-70kg)
Laurent Capla (-75kg)
Hakim Mesbah (+80kg)
Sabrina Buil (Kata)
Équipe féminine kata (J. Buil, S. Buil, Dittoo)
Équipe masculine kata(Tafforeau, Kadini, Huynh)
2003, MARSEILLE (FRANCE)
Nelly Moussaid (+60kg)
Abdel Hammoumi (-70kg)
Équipe féminine kata (St Patrice, Chevallier, Nguyen)
Équipes masculine kata (Neghliz, Dupont, Plagnol)
2005, LIMASSOL (CHYPRE)
Christophe Araminthe (-75kg)
Équipe masculine kata (Bouchfira, Pinto, Ha)
2009, RABAT (MAROC)
Sohad El Kati (-53kg)
Freddy Ichane (-68kg)
2011, MELAKA (MALAISIE)
Agathe Duval (+59kg)
Équipe féminine kata(Bui, Hugues, Hervas) 

 


 

AGATHE DUVAL    OR 
JUNIOR +59KG / KARATÉ INTER EVREUX
« Je vais à l’essentiel »

C’est avec une précision chirurgicale qu’Agathe Duval a remporté le titre juniors deux ans après avoir dominé les cadettes. Pour celle qui envisage d’être médecin, c’est une exigence de tous les instants.

« Quand j’ai gagné, cela a été une immense joie. Sans réellement penser à la victoire, je savais que j’avais les moyens de faire un podium. Dès le début de la journée, je me sentais bien. Ensuite, les tours se sont enchaînés assez vite et l’on est très rapidement arrivé à la demi-finale. Du coup, je n’ai pas eu le temps de gamberger. Ensuite, il faut y aller. Gagner l’or, c’est une grande fierté. Je suis très proche de ma famille, j’ai beaucoup pensé à eux, à toute l’aide qu’ils m’ont apportée, surtout mon père qui m’a beaucoup motivée. Je suis très contente qu’ils soient fiers de moi. C’est mon deuxième titre, il y a de la joie évidemment, mais ce n’est pas la même émotion. Ce n’est pas moins fort, mais on réalise plus vite. Pour moi, cela ne change rien, je reste simple dans mon travail : je vais à l’essentiel. Je suis très timide, être double championne du monde n’a pas transformé mon caractère, je suis toujours au même niveau que les autres, je suis même souvent seule dans mon petit coin…» 

 

ÉQUIPE DE FRANCE KATA JUNIOR    OR
MARIE BUI [ANNECY DOJO KARATÉ]
JESSICA HUGUES [FKA MARSEILLE]
MARIE HERVAS [MISTRAL ÉLITE]
« On s’est tout dit »

Les Japonaises n’étaient pas là, il y avait donc un coup à jouer pour ce nouveau trio. Mission accomplie avec, mine de rien, un titre qui s’inscrit dans la lignée des grandes équipes.

« C’étaient nos premiers championnats du monde ensemble. Alors, les remporter, c’est une véritable fierté surtout que nous n’avions terminé qu’à la troisième place des derniers championnats d’Europe. Heureusement, nous avons cette fois réussi à battre l’équipe espagnole qui nous avait éliminées. Cela prouve que nous avons progressé. Et puis, une fois en finale, on s’est dit qu’on ne pouvait pas terminer sur une défaite. On savait qu’on ne partait pas favorites et que tout le monde attendait les équipes asiatiques ou les Égyptiennes. On ne savait pas vraiment où l’on allait, surtout qu’on reste une jeune équipe. Mais une équipe où l’on s’est beaucoup parlé. Quand on nous a réunies, on s’est mise dans un coin et l’on s’est raconté notre vie. On s’est tout dit. On a toutes les trois beaucoup de caractère, il fallait mettre tout à plat pour partir sur de bonnes bases. On est devenu très amies, c’est très important pour la confiance. Quand on a gagné, on a surtout pensé à nous trois et à Marie, parce que c’était sa dernière compétition junior. On envisage déjà l’avenir car nous avons hâte de nous retrouver en seniors. On voit loin…» 

 

ANTHONY GIRAUDEAU   ARGENT
ESPOIR -78KG / CACV COMBS-LA-VILLE
« J’avais tout à gagner »

Il y avait une opportunité, il l’a saisie sans se poser de question. Au bout, une médaille d’argent, toute en spontanéité.

« Cette médaille est un peu inattendue parce que c’est ma première participation à une grande compétition internationale. Du coup, je l’ai abordée sans pression. Je n’avais rien à perdre et tout à gagner puisque personne ne m’attendait. Je l’ai donc prise combat après combat, sans voir plus loin. J’étais déjà ravi d’être là ! Je savais qu’on n’était pas à fond sur moi et que mes adversaires ne devaient pas spécialement me connaître. Au fur et à mesure de la journée, je me suis dit : “et pourquoi pas ?” Ce résultat m’a permis de gagner en confiance et en détermination surtout qu’avant, j’avais connu beaucoup d’échecs. Finalement, c’est bon de gagner et de faire une belle médaille, je crois que je peux en prendre facilement l’habitude (rires).» 

 

ALIZÉE AGIER   ARGENT
JUNIOR -59KG / KC SEMUROIS

« J’avais à coeur de bien faire »

Alizée Agier avait tout gagné cette année dans sa catégorie junior des -59 kg et prétendait à l’or mondial. S’il lui a finalement échappé, elle se dit fière du parcours accompli.

« Je suis très heureuse puisque c’est ma première médaille internationale. Je me savais attendue, alors j’avais à coeur de bien faire. J’ai eu un premier tour très difficile où j’ai réussi à arracher la prolongation en toute fin de combat. Je pense que ça a vraiment lancé ma journée car, ensuite, j’ai bien maîtrisé mes tours. J’ai ressenti de la pression au moment d’aborder ma finale mais cette pression était positive. Je me sentais prête, je savais ce que j’avais à faire et je n’avais pas peur de l’enjeu. Malheureusement l’Egyptienne marque vite et m’a obligée à me découvrir. Dans la précipitation j’ai mal dissimulé mes attaques et je me suis souvent faîte contrer. Je suis déçue de ma finale mais avec du recul je ne retiens que la médaille. Et elle est magnifique.» 

 

MARIE PROUILLE   ARGENT
ESPOIR +60KG / SAMOURAÏ 2000 LE MANS

« Garder le même état d’esprit »

Cinquième de l’Open de Paris en janvier, déjà attendue chez les seniors, Marie Prouille avance. La Malaisie aura confirmé sa progression, même si, elle le dit elle-même, « une médaille espoir, on ne va pas en faire tout un plat ! ».

« Je reste un peu déçue par la fin de ma compétition parce que je visais vraiment l’or. Je sais maintenant qu’il me reste encore un palier à franchir, du travail à effectuer et que la route vers l’or reste longue. Au début de la compétition, je me suis dit que j’avais beaucoup travaillé et que je ne pouvais pas avoir fait ça pour rien. Je me suis sentie bien toute la journée, mais j’ai perdu en finale contre une combattante turque. C’est presque une habitude chez moi… Elle n’a pas été plus forte que moi, elle a juste pris sa chance au bon moment. J’ai fait une erreur, ça me servira de leçon pour la prochaine fois. Cette médaille d’argent me permet de croire en mes chances dans la catégorie seniors. C’est une bonne motivation pour la suite. J’étais présente ce jour-là, je dois garder cet état d’esprit pour mes prochaines compétitions. Ce n’est qu’une médaille espoirs, on ne va pas en faire tout un plat…» 

 

JIMMY CABANTOUS   BRONZE 
JUNIOR -55KG / FKA MARSEILLE

« La médaille de la patience »

Jimmy Cabantous a assuré sa place en Malaisie en remportant l’Open du Luxembourg qui venait achever une longue préparation estivale. De quoi garder le rythme pour les « monde » avec une belle médaille de bronze à la clé.

« Cette médaille est la récompense d’un énorme travail en amont. En club, puis en équipe de France… En Malaisie, je voulais montrer que l’on pouvait compter sur moi. J’ai fait un bon parcours et je perds en demi-finale sur un ura-mawashi à 4 secondes de la fin. Je suis frustré car mon vainqueur est champion du monde derrière mais j’ai au moins prouvé que ma place était méritée. Cette médaille, c’est celle de la patience et du travail, qui finit toujours par payer.» 

 

MARJORIE PIACENTINO   BRONZE 
JUNIOR -53KG / FKA MARSEILLE

« La marche était trop haute »

Nouvelle venue en équipe de France, Marjorie Piacentino n’aura pas mis longtemps à se hisser au niveau international.

« Je suis venue tard au karaté et tout s’est ensuite enchaîné très vite. Cette sélection aux monde était la première pour moi en équipe de France et je ne suis pas prête de l’oublier. C’est une belle récompense des sacrifices consentis pendant l’été où j’ai vu mes amies partir en vacances pendant que moi j’enchaînais les stages et les tournois. J’ai eu du mal en arrivant en Malaisie a m’adapter à la nourriture, au décalage horaire et pendant les combats, lorsque je sentais la fatigue, je m’appuyais sur la voix portante de mon père pour me donner du courage. Je sais que j’ai encore des détails techniques à régler. La marche était trop haute, tout simplement. J’associe à ma victoire ma grande soeur qui a été internationale sans malheureusement remporter de médaille. Son soutien a beaucoup compté pendant la compétition. Cette médaille est aussi un peu la sienne.» 

 

SHANA AMENGLE   BRONZE
CADETTE -54KG / LE GANT D’OR HOUILLES

« Le bronze vaut mieux que l’argent »

En Février dernier en Serbie, Shana Amengle connaissait pour la première fois les joies d’un podium international. Après l’argent européen, elle récidive à tout juste 15 ans avec le bronze mondial.

« Au moment du départ pour la Malaisie, j’appréhendais énormément le décalage horaire et la fatigue qui résulterait des longues heures d’avion. Finalement, je me suis rapidement adaptée aux conditions et je suis rentrée sereinement dans ma compétition. La préparation m’a vraiment servie, je me sentais bien physiquement et je voulais faire quelque chose de grand. Malheureusement un manque d’attention en demi-finale me coûte ma place en finale. J’ai pensé à tous ceux qui croyaient en moi, à ma famille qui n’avait pas pu faire le déplacement, à mon père qui lui était à mes côtés et je me suis remobilisée pour ne pas revenir les mains vides. Aujourd’hui je me rends compte que cette médaille de bronze est plus belle que l’argent des championnats d’Europe. D’abord parce que le niveau était bien plus relevé, mais aussi parce que je finis ma compétition sur une victoire et je ne « subis » pas ma médaille.» 

 

JORDAN DURIEU   BRONZE
JUNIOR +76KG / KC GENTILLLY

« Le mental… »

Médaillé de bronze aux championnats d’Europe, Jordan Durieu a récidivé en Malaisie. Pour la suite, il le sait, c’est dans la tête que se joueront ses prochaines victoires.

« J’ai un peu gambergé avant les championnats car je savais que Ludo (Cacheux) allait être papa et qu’il n’était donc pas sûr d’être du voyage. J’avais besoin de lui sur la chaise car il me connaît parfaitement. Quand j’ai su qu’il venait, j’étais déjà plus serein pour aborder la compétition. Sur ces championnats du monde, c’est une nouvelle fois mon mental qui a tout fait. Il me fait d’abord perdre contre l’Italien de façon calamiteuse. Je sortais de premiers tours très compliqués et j’avais du puiser dans mes réserves pour m’en sortir. Puis en quart de finale, mes nerfs lâchent, mon physique ne suit plus et je prends une grosse tôle contre un adversaire pourtant à ma portée. Derrière, mon amour propre fait le reste. Maintenant je vais continuer à travailler au Pôle pour enfin décrocher un titre majeur.» 

 

STEVEN DA COSTA   BRONZE
CADET -52KG / KARATÉ DO LONGWY

« La médaille à tout prix »

Issu d’une fratrie de karatéka, Steven Da Costa aborde les compétitions avec un appétit de mort de faim au point de passer parfois, à côté de ses combats. S’il n’a pas fait aussi bien que son aîné Logan en 2009, il ramène tout de même une nouvelle médaille au clan Da Costa.

« J’étais en Malaisie pour l’or. Je ne pensais qu’à ça. Je le voulais tellement que c’est finalement ce qui m’a coûté la médaille car j’étais trop euphorique et je me suis trop précipité dans mes combats au point de perdre en quart de finale. La remobilisation n’a pas été un problème car je ne voulais pas revenir en France les mains vides et Jean-François Tiercy m’a tout de suite remis dans le bain. Je gagne la médaille de bronze en prolongation mais je n’ai pas vraiment eu peur qu’elle m’échappe. Il y a mes frères Logan et Jessie. Désormais, il faudrait que l’un d’entre nous remporte une médaille d’or.» 

 

NANCY GARCIA   BRONZE
CADETTE +54KG / CLUB ARLESIEN DE KARATÉ DO

« Il reste du chemin »

Cinquième en Serbie aux championnats d’Europe, Nancy Garcia a su hausser son niveau pour grimper sur la troisième marche du podium en Malaisie.

« Je me suis entraînée toute la saison avec Ben Abdesselem, mon entraîneur en club, pour être prête pour ces championnats du monde. Je suis donc arrivée sur place assez confiante. Je n’avais pas de famille avec moi sur place ce qui m’a permis de ne pas trop me disperser et de rester dans ma bulle avec mes amis du groupe France. Je suis satisfaite de mon parcours. En demi-finale, fatiguée, je perds d’un cheveu. Cette médaille, elle est pour mon entraîneur de club qui m’a tout appris. Mais pour moi, être 3e aux mondiaux juniors n’est absolument pas un aboutissement. Je veux gagner des titres.»