N°41/ MARS 2011

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Open de Paris 2011

Paris 2012, acte 1, scène 1

Open de Paris

Des cigales et un Grillon !

Championnats d'Europe
cadets-juniors-seniors

Trois titres et des regrets

Interview de Louis Lacoste

« Tout s'est joué dans le vestiaire ! »

Cérémonie des vœux

Yoshinao Nanbu, nouveau 9e dan

Le karaté en milieu scolaire

De retour à l'école

La réforme des diplômes

Les enjeux du nouveau Diplôme d'État

Professeurs de clubs

Quand l'engagement prend son sens…

La ligue de Picardie

Les copains d'abord

Arts Martiaux Vietnamiens

Ça bouge dans les AVM !

Le kempo

Une philosophie du combat

Patrice Belrhiti

« Le karaté, un cadre pour l'idéal »

Attaque en shome-uchi / Défense en kata-ha-jime

avec Mamoun Bidon et Vick Bhadye

Toutes les infos en direct

des ligues, des comités départementaux et des clubs

Assemblée générale

Les feux sont au vert

Formalisme ou réalisme ?

Avec Serge Devineau

Kenji Grillon

« Devenir journaliste sportif »

 

 

Patrice Belrhiti
en bref…

8e dan à 59 ans, Patrice Belrhiti est un précoce et c'est légitime, pour celui qui est revenu 3e dan à 21 ans d'un séjour initiatique et fondateur de deux ans au Japon. Champion du Japon, champion de France, deux fois champion d'Europe toutes catégories, médaillé mondial, il fut sans conteste l'un des grands diffuseurs du Karaté « Wado-Ryu » comme compétiteur, et plus tard, comme enseignant au « Karaté Club Nippon Wado-Kai » à Sarrebourg et à Saverne. Directeur du Centre aquatique de Sarrebourg, il est Président de la Fédération Wado-kai en Europe, et désigné depuis 1981 responsable national du Wado-Ryu par Maître Mochizuki.

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« Le karaté, un cadre
pour l'idéal »

Rencontre : Patrice Belrhiti
Droit comme un Belrhiti. Celui qui sacrifia tout pour partir vivre l'entraînement japonais deux ans durant
et qui revint prendre deux titres européens toutes catégories des mains mêmes de Valéra, promène encore une haute silhouette imposante autant que souriante. « Brut de fonderie » dans sa jeunesse,
le maître Wado est resté acéré, mais s'est apaisé.

UN BALAYAGE QUI CHANGE TOUT J'étais d'une famille modeste. Mon père mort pour l'Indochine, ma mère vivait de sa pension et de ménages. Avec mon frère, on allait regarder les « Mercredis récréatifs » dans les vitrines. Bien sûr, on n'a jamais eu le son… J'ai fait tous les sports avec le sentiment que c'est par là que je pouvais m'en sortir. Je ne voulais pas être monsieur tout le monde. À dix ans, j'ai commencé le judo. L'année de mes 17 ans, je suis allé à la foire voir les catcheurs du moment. Dans la foule, un militaire a crié : « Je vous défie tous » et il s'est mis à jouer avec eux en levant les cannes. C'était génial. Quelques jours plus tard, je le revois dans mon club, en discussion avec un gars qui avait été champion de France poids lourds. Ils font un petit combat et le karatéka a balayé le judoka ! Il y avait une section dans mon club, je me suis inscrit. On était en Alsace où le Wado-Ryu était dominant, voilà pourquoi je suis devenu « Wado » sans le savoir.

ÇA VA ÊTRE DUR… Avec un diplôme de « Rectifieur affûteur » en poche – il s'agissait d'aiguiser au micron près des fraises au carbure avec des meules au diamant – je suis parti en Allemagne pour le salaire. Je me suis inscrit au Sportschulen Mann qui était tenu par un gars qui roulait en Rolls et avait fait venir du Japon Masaru Sakata, 4e dan de la Wado-Kai. Pendant ce séjour de deux ans, je suis devenu vice champion d'Allemagne junior, à 18 ans. Dans les tribunes des championnats d'Europe, j'ai vu entrer Valéra d'un côté, Gruss de l'autre. Je me suis dit « alors c'est eux ». Valéra balayait, les gars montaient à un mètre et il les reprenait d'un coup de pied pleine tête. Je l'ai vu arrêter Scherrer, qui était champion d'Europe, d'un mae-geri qui l'a envoyé à l'hôpital. Je me suis dit « ça va être dur… ». Quelques temps plus tard, j'ai décidé de partir au Japon. Pendant deux ans d'entraînement là-bas, quand j'étais seul devant ma glace, c'est à Valéra que je pensais.

S'IL N'Y A PERSONNE, JE REPARS… Masaru Sakata m'avait annoncé, j'avais ma place à la Tokyo No Dai. Je suis arrivé là-bas en me disant « s'il n'y a personne pour m'attendre, je repars ». Il y avait Ashihara Mitsuo, à l'époque le bras droit du Maître Otsuka, fondateur du style, aujourd'hui responsable mondial, et Yanagida Sunzuke, un monstre de technique qui avait été choisi en 68 pour faire une démonstration, avec Murakami de la Shito-Ryu, aux Jeux olympiques. Nous étions en plein mois d'août, je me souviens des makiwara et des kim maculés de sang qui séchaient au soleil et des universitaires qui revenaient du footing en ponctuant le rythme. On a fait trois heures d'entraînement où ils m'ont testé. Le lendemain, il y avait une fête universitaire avec une compétition contre Nichidai, les gars de « la haute société ». Ils m'ont opposé à un combattant qui était là depuis deux ans, et j'ai gagné. Ils ont adoré.

LIVREUR DE SAKE ET CHAMPION DU JAPON Je bossais comme livreur pour mon hôte qui fabriquait du sake, environ 7 h chaque matin, puis je m'entraînais environ 6 h l'après-midi, avec des périodes de stage. J'avais une petite pièce au-dessus de la fabrique, nourri, logé, plus la télé… mais pas de chauffage. En hiver ça descendait à -20° et parfois il neigeait dans la chambre. Pendant les trois premiers mois, ils ont été très gentils, et puis on est passé à une relation maître-disciple beaucoup plus dure, initiée par mon sensei d'Allemagne, qui avait trouvé lors d'une visite, sans doute avec raison, que j'avais changé. On conseillait les gars contre moi, mais j'exploitais ces conseils pour changer moi-même. Ça leur plaisait. Rapidement, on a fait les championnats du Japon et j'étais dans l'équipe. En finale du championnat du Japon Nord, j'ai arraché le nez de mon adversaire sur mai-te. Je me suis dit qu'ils allaient me tuer, mais le sensei était ravi ! Pendant deux ans, j'ai fait les corvées comme un première année. Cela m'allait, je voulais m'imprégner totalement, ne pas faire semblant. La seule chose que j'ai refusée, c'est de frotter le dos des sempai ! Il y en a un qui a essayé. Le lendemain, je suis allé me mettre devant lui pour lui mettre une rouste. Mais j'ai analysé tous mes combats, je notais tous les détails dans un carnet. Je l'ai toujours… La deuxième année, j'étais beaucoup plus fort et tout le monde me respectait.

DOMINIQUE VALÉRA Je débarque au championnat de France 1974. Personne ne me connaissait, mais moi j'étais venu pour gagner, personne ne pouvait me battre. Je tombe au premier tour sur Halifax, qui était champion d'Europe. Je marquais sans arrêt, mais l'arbitre n'arrivait pas à donner les points. On a fait quatre prolongations et j'ai perdu. Je voulais arrêter le karaté, mais heureusement, j'étais qualifié pour le toutes catégories. J'ai fait douze minutes de combat contre Valéra en finale, à la fin il m'a enfoncé la pomme d'Adam ! J'ai perdu sur décision un super combat. J'arrive aussi inconnu aux championnats d'Europe, c'était impressionnant. Je me souviens que Mac Farland avait brisé un sternum et Fitkins un bras ! En finale de tableau, je gagne à quinze secondes de la fin sur un gyaku contre Valéra. Je ne voulais même pas faire la finale, j'étais là pour lui. Valéra, c'est Valéra, un grand karatéka, un homme vraiment fort. Il m'a dit « si tu n'y vas pas, je t'en colle une ! ». Après ma victoire, toute l'équipe était là pour m'acclamer. Un super moment. L'année suivante on a gagné en Iran. Je bats le capitaine de la garde, la star du pays. Quand je suis monté sur le podium, l'orchestre chargé de jouer les hymnes est parti !

KARATÉKA TOREADOR Je ne suis pas très amateur du discours « Nous, en Wado… », je préfère dire karaté. Les chapelles c'est un facteur de dissension, de batailles d'ego. J'aime la communauté d'esprit et de travail, l'amitié du karaté français. La caractéristique de notre travail, c'est l'esquive. Nous sommes des toreadors. Il faut d'abord apprendre à entrer (Noru), ne pas fuir à l'impact. Être précis et puissant. Ensuite savoir dévier, esquiver, enrouler, absorber (nagesu). Ne pas prendre de coups, utiliser la force de l'autre, c'est la victoire assurée. Enfin il faut faire les deux en même temps (Inasu), maîtriser l'attaque tout en frappant, celui qui sait faire ça, il est fort. Comme Cassius Clay par exemple !

JE SERAIS RESTÉ À L'USINE La force du karaté, c'est de permettre de progresser tout le temps. À mon âge, et avec des articulations un peu fatiguées, je peux continuer à travailler sur les appuis, les démarrages, à fluidifier le plus possible. Et dans la vie, ça t'aide à trouver la bonne posture. Je la sens tout le temps. Le boulot d'entraîneur m'a aussi obligé à travailler mon caractère. J'ai eu des résultats, mais j'étais trop strict, je combattais à leur place. Aujourd'hui, j'ai pris de la rondeur ! Je prends plaisir à apaiser les conflits, dans le partage d'un stage… J'aime les défis, mais j'ai besoin qu'on me les propose. Quand j'ai arrêté la compétition, parce que je n'arrivais plus à m'entraîner assez et que je n'avais plus que 70% de chances de gagner, j'avais des opportunités professionnelles, mais j'ai choisi le sport avec la Municipalité. Avec eux, sur le tard, j'ai passé un BE de natation et un BE de Sport pour Tous, un Monitorat de voile. Je suis devenu le directeur du centre aquatique de Sarrebourg, que j'ai contribué à développer – le karaté m'a beaucoup servi dans la relation, notamment avec les jeunes des cités qui venaient mettre mes maîtres nageurs à l'eau ! Ils savaient que j'étais karatéka, il y avait de la provocation et du respect. En restant neutre et tranquille, cela passait. Ils n'ont jamais su si je pouvais ou non réellement leur botter le train. C'est le karaté, le Japon, qui m'ont offert le cadre de mon exigence, de mon idéal, le terrain de mes progrès. Sans lui, je serais sans doute resté à l'usine..RECUEILLI PAR E.C. / PHOTOS : D. BOULANGER

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