N°41/ MARS 2011

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Open de Paris 2011

Paris 2012, acte 1, scène 1

Open de Paris

Des cigales et un Grillon !

Championnats d'Europe
cadets-juniors-seniors

Trois titres et des regrets

Interview de Louis Lacoste

« Tout s'est joué dans le vestiaire ! »

Cérémonie des vœux

Yoshinao Nanbu, nouveau 9e dan

Le karaté en milieu scolaire

De retour à l'école

La réforme des diplômes

Les enjeux du nouveau Diplôme d'État

Professeurs de clubs

Quand l'engagement prend son sens…

La ligue de Picardie

Les copains d'abord

Arts Martiaux Vietnamiens

Ça bouge dans les AVM !

Le kempo

Une philosophie du combat

Patrice Belrhiti

« Le karaté, un cadre pour l'idéal »

Attaque en shome-uchi / Défense en kata-ha-jime

avec Mamoun Bidon et Vick Bhadye

Toutes les infos en direct

des ligues, des comités départementaux et des clubs

Assemblée générale

Les feux sont au vert

Formalisme ou réalisme ?

Avec Serge Devineau

Kenji Grillon

« Devenir journaliste sportif »

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Interview
Louis Lacoste

ENTRAÎNEUR NATIONAL

« Tout s'est joué
dans le vestiaire ! »

Louis, l'histoire de ce titre de champion du monde par équipes, c'est quoi ?
Celle d'une génération qui raccroche en 2006 d'abord. Personnellement, j'arrivais alors chez les seniors et seule Tiffany Fanjat avait l'expérience. C'est un caractère fort. Nos rapports, c'est un peu je t'aime, moi non plus. Mais j'ai compris sa détermination : elle voulait assumer le rôle de leader dans l'équipe. Le projet s'est construit autour d'elle. Lolita (Dona) était là aussi et la génération 2007 pointait le bout de son nez.

Justement, quel était alors votre projet ?
D'abord apprendre, ensemble ! Honnêtement, en débarquant chez les seniors pour ces mondiaux 2006, je n'avais pas la pleine mesure de ce qu'était un championnat du monde. Il a fallu que moi aussi je me forme, au côté des combattants, que j'analyse, que j'apprenne. Ce que j'ai fait, notamment sur les compétitions de jeunes. Tout n'a pas été planifié sur quatre ans, mais ce succès de 2010 vient quand même de très loin, y compris de la relation avec les entraîneurs juniors de l'époque, Olivier Beaudry et Yann Baillon.

À quel moment avez-vous senti que le projet prenait forme ?
Aux mondiaux universitaires de l'été 2008 nous avons décroché le titre. Une première pour la France. Ce n'était qu'un championnat universitaire, mais je me souviens du sentiment que j'ai éprouvé à ce moment-là : tout était limpide, les choses s'enchaînaient tranquillement, je voyais tout, on anticipait. J'avais le flow (1). Du coup, aux mondiaux 2008 au Japon, avec Nadège (Aït Ibrahim), Alexandra (Recchia), Ruth (Soufflet) et Tiffany (Fanjat), on avait déjà un quatuor solide dont Tiff' était la meneuse, pas forcément au top de sa forme, mais leader sur le plan mental, déterminée. Dans le même temps, Lolita revenait d'une grossesse. J'étais hésitant, j'ai eu du mal à lui faire confiance car elle se faisait encore souvent pénaliser pour des contacts et qu'il fallait qu'elle revienne à 100 %. Même aux derniers championnats d'Europe, ce n'était pas parfait. Mais elle a bossé sérieusement et elle est venue apporter son talent à l'équipe et au projet.

Quels éléments ont été déterminants dans la dernière ligne droite ?
Trois me viennent spontanément en tête. La préparation finale d'abord, qui a été différente, avec des stages en conditions extrêmes qui ont créé de la cohésion. Mais aussi l'intervention de l'ancienne championne du monde de cross Annette Sergent qui a endurci mentalement ce groupe féminin, en mettant en place des choses simples pour la gestion du stress par la respiration, un travail de visualisation… Cette rencontre a été bénéfique pour les filles et pour moi. C'était très intéressant. Enfin, dans cette réussite féminine, il y a un homme : Thierry Masci. C'était important qu'il soit là. Nous travaillons ensemble depuis 2005. Et si, au départ, nos relations ont été un peu houleuses, il m'a laissé faire mon expérience. Il m'a transmis aussi à travers une relation où chacun a trouvé son équilibre. Il a apporté sa sagesse dans le couple et je crois que nous nous sommes très bien complétés. En plus, c'est une personnalité hyper généreuse, humble… C'était bon à vivre.

Cette victoire, c'est aussi un joli coup tactique…
Les filles ont été intelligentes, matures, à l'écoute, mais c'est vrai que nous avons beaucoup travaillé sur les profils adverses. J'ai peu dormi à l'approche de ces championnats du monde : il fallait faire un gros travail de lecture des stratégies adverses – par ailleurs passionnant. Des vidéos, j'en ai vues sur mon ordinateur ! Mais, au moment du briefing avant la finale contre l'Espagne, c'est-à-dire au lendemain d'une journée où l'on avait perdu trois finales en individuels, il y avait une forme de résignation. J'étais déçu moi aussi, mais j'ai poussé un coup de gueule. « Ok, alors l'Espagne a déjà gagné, pas la peine d'y aller ! » Je leur ai seulement dit ça. Pour les secouer, pour les agacer. Puis je les ai laissé réfléchir… Quelques minutes seulement avant de l'annoncer aux filles soit trois quarts d'heure avant la finale, Thierry et moi n'étions d'ailleurs toujours pas d'accord ! Tout s'est joué dans le vestiaire et même juste avant de monter sur le tapis ! C'est Thierry qui a fait accepter aux filles le placement que, moi, je voulais : Ruth en n°1, Lolita en n°2 et Tiffany pour conclure.

Une fragilité qui a contrasté avec la force affichée…
Une semaine avant l'événement, malgré l'expérience accumulée, je ne sentais pas une grosse confiance chez les filles alors même que les garçons, eux, dégageaient vraiment quelque chose. J'ai même dit à Olivier et à Yann : « Je crois que vous avez déjà réussi un truc au niveau de la cohésion »… Ruth et Alex avaient des petits pépins physiques. Lolita et Tiff' avaient leurs épreuves individuelles. Franchement, on ne sentait pas qu'on allait tout casser ! Moi-même, j'avais des doutes. Mais elles ont joué le jeu, sans retenue, en éliminatoires notamment malgré leurs objectifs individuels. On est donc rentré dans la compétition humblement. Ce fut peut-être l'une des clés : on ne s'est pas mis de grosse pression.

Construire un projet avec des athlètes qui s'entraînent le plus souvent dans leur club, c'est compliqué ?
Je crois que nous avons fait un gros travail en équipe de France, des séances très précises. Nous avons surtout franchi des étapes, ensemble, avec ce groupe, à travers la vérité de la compétition. Mais il est évident que ce titre doit venir récompenser les clubs, leurs professeurs. L'équipe de France, c'est la mise en situation en stage et en compétition au meilleur niveau, mais pour en arriver là, il y a un travail de fond mené par les entraîneurs de clubs. Ce titre, c'est un travail… d'équipe. C'est très clair pour moi.

Le plus dur, c'est de recommencer... Quel va être le projet pour 2011
et surtout pour les championnats du monde 2012 à Paris ?

Nous avons tous 2012 en tête et la pression, on l'a déjà. On a évidemment envie de gagner, encore. Mais quand on a fait le coup, on est attendu. Je ne crois pas que la même recette puisse fonctionner deux fois. Il y aura trois étapes : les championnats d'Europe 2011 en Suisse puis ceux de Madrid en 2012 et Bercy pour les mondiaux. On ne va pas changer l'équipe cette année. On reste sur la même dynamique. Ensuite, il faudra écouter les envies des unes et des autres, innover dans la préparation. Nous sommes allés en Australie en février, et j'ai en tête de partir par périodes de quinze jours loin de nos bases à la manière des tournées des rugbymen pour créer et entretenir la cohésion de groupe. Il y aura aussi un peu de préparation physique, même si je pense que nous devons avant tout rester dans l'opposition karaté. Il y a également un travail plus pointu à réaliser sur la vidéo afin d'approfondir ce travail sur les profils et les stratégies, en impliquant les combattantes. On ne gagnera pas de la même manière, c'est sûr, mais quand on a goûté à l'ivresse d'un titre mondial, on n'a qu'une envie, c'est de recommencer !.PROPOS RECUEILLIS PAR O. REMY / PHOTO : D. BOULANGER

(1) Ce concept, élaboré par le psychologue hongrois Mihaly Csikszentmihalyi, décrit un état mental atteint au maximum de la concentration où la personne éprouve un sentiment d'engagement total et de maîtrise sur ce qui l'entoure.

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