N°41/ MARS 2011

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Formalisme ou réalisme ?

Avec Serge Devineau

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Formalisme
ou réalisme ?

Explication
de Serge Devineau

Considéré par certains comme une méthode de combat eff icace et par d'autres comme un art favorisant la progression personnelle et l'épanouissement de l'individu, le karaté se trouve sans doute à mi-chemin entre le formalisme et le réalisme.

 

Serge Devineau, lors de notre dernier entretien vous nous avez expliqué qu'en évoluant vers le Budô, le réalisme dans les arts martiaux est devenu secondaire et a peu à peu cédé la place à un certain formalisme. Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet ? Oui, bien sûr. Je pense qu'il n'y a pas de véritable opposition entre le formalisme et le réalisme mais, pour un adepte des arts martiaux japonais et plus spécialement pour un pratiquant de karaté, il est essentiel de comprendre ce que recouvre exactement chacune de ces deux notions. Au quotidien, le formalisme peut être considéré comme un respect scrupuleux des règles de savoir vivre, un attachement (parfois un peu excessif), aux formes extérieures de politesse… Bien entendu, les règles de politesse sont différentes selon les pays et leur culture. Par exemple, si un Français reçoit un cadeau, il s'empresse de l'ouvrir devant la personne qui le lui a donné pour montrer l'intérêt qu'il y porte, et la remercie chaleureusement. Un Japonais remercie tout aussi chaleureusement mais se garde bien de défaire le paquet immédiatement, ceci pour ne pas mettre dans l'embarras la personne qui le lui a offert dans le cas où le présent serait un peu trop modeste. Ce seul exemple, parmi de très nombreux autres, permet de comprendre qu'il faut se garder de juger hâtivement et superficiellement des comportements différents. En effet, des habitudes peuvent être différentes, voire diamétralement opposées, et rester toujours motivées par le respect et la politesse qu'on souhaite témoigner.

Et dans un Dojo ? Dans un Dojo au Japon, l'étiquette fait partie intégrante de la pratique. Certes il n'existe pas un rituel unique et le cérémonial peut être différent d'un Budô à l'autre, voire dans une même discipline, d'un Dojo à l'autre. Mais malgré quelques petites différences dans la forme, les règles d'étiquette ont toujours pour but de favoriser le respect des autres (et du lieu), la courtoisie, le sérieux dans la façon d'agir. La société japonaise est fortement hiérarchisée et elle l'est encore davantage dans le monde du Budô. Il est donc essentiel pour un pratiquant de bien connaître sa place dans la hiérarchie et de savoir y rester, de savoir adapter son langage et son comportement à chaque instant. En France, la question se pose de façon différente. Il est probable que, dans leur immense majorité, enseignants et anciens ont parfaitement compris le sens profond de l'étiquette et des différentes phases du rituel. Malgré tout, il peut arriver que dans certains Dojo, on se contente d'imiter sans très bien comprendre le pourquoi et le comment, ce qui peut conduire à des comportements excessifs ou erronés. Ainsi, pour certains, le cérémonial qui accompagne les arts martiaux ne représente qu'un folklore superficiel que l'on va pratiquer avec désinvolture ou même abandonner purement et simplement. A l'inverse, d'autres se montrent plus japonais que les Japonais et attachent une importance parfois démesurée à l'étiquette et à la notion de hiérarchie, ce qui peut faire naître une confusion entre sérieux et austérité, respect et soumission…

Le formalisme dans les arts en général et dans les arts martiaux en particulier se limite-t-il aux seules règles d'étiquette ? Sans aucun doute, la réponse est non. En art, le formalisme est une tendance à privilégier des valeurs formelles au détriment du contenu et, peut-être est-ce un trait de caractère particulier, mais les Japonais ont tendance à codifier de façon très précise toute la gestuelle dans les différents arts traditionnels. C'est le cas dans l'arrangement floral, la peinture, la calligraphie… et bien sûr la cérémonie du thé qui est sans doute l'exemple le plus marquant. En fait, on devrait plutôt dire les cérémonies du thé car il existe plusieurs degrés de complexité selon l'expérience de l'hôte, la nature du thé préparé (épais ou léger), la saison… Bien au-delà des apparences (préparer et servir du thé), le fait d'approfondir, par la répétition, des gestes tout à fait formalisés et parfaitement codifiés a pour objectif principal d'approcher la perfection technique. En effet, dans l'esprit des Japonais, cette perfection technique constitue un moyen d'expression qui reflète sa personnalité intime et son niveau d'expérience, mais aussi une certaine réalisation de soi-même. Dans le domaine du Budô, il existe aussi des disciplines formalisées à l'extrême comme le Kyûdô par exemple. Toute la gestuelle (déplacements, différentes phases du tir…) est rigoureusement codifiée dans le moindre détail et c'est la répétition de ces gestes, en respectant scrupuleusement leur forme, qui doit permettre d'obtenir une harmonie du corps et de l'esprit sans laquelle la perfection technique ne peut exister. Ainsi, atteindre la cible n'est pas le but réel du tir, c'est la conséquence d'un tir harmonieux effectué par une personne dont le corps et l'esprit sont libérés.

Qu'en est-il en Karaté ? Contrairement aux arts que nous venons d'évoquer, le Karaté n'a pas complètement perdu son caractère utilitaire et il se place donc à mi-chemin entre le formalisme et le réalisme. Dans la totalité des Dojo de karaté japonais et une très grande majorité des Dojo français, il existe des règles d'étiquette parfaitement claires et respectées par chacun. Cependant, quand on parle du formalisme dans la pratique, on pense immédiatement aux kata. Certes, le kata est un exercice parfaitement codifié (positions, direction des déplacements, gestes défensifs et offensifs, rythme…) mais les autres exercices pratiqués pendant l'entraînement obéissent aussi à un certain formalisme. C'est le cas des techniques de base (Kihon) travaillées en allers-retours sous les ordres du professeur. C'est également le cas des assauts conventionnels (Yakusoku kumité) où, en réponse à une attaque définie à l'avance, on effectue des gestes de défense et de contre attaque tout à fait stéréotypés. Dès lors que le pratiquant a conscience des limites de ces exercices en matière d'efficacité en situation réelle et qu'il continue à les pratiquer comme un moyen de perfectionnement personnel, d'expression et de réalisation de soi-même, cela ne pose aucun problème. Sans doute les notions de Ma (intervalle espace et temps), de Hyoshi (rythme, cadence), de Zanshin (vigilance)… existent aussi dans un entraînement classique mais sont tout à fait différentes des paramètres et de la dynamique d'un combat réel. En outre, à l'intérieur du Dojo, les techniques sont contrôlées. Comment savoir dans ce cas si on est capable de parer, d'esquiver ou « d'encaisser » des attaques réelles et si une contre attaque unique peut, ou non, mettre l'adversaire hors de combat ? Il est donc nécessaire de rester lucide car, l'absence de test réel, peut facilement conduire à une illusion d'efficacité.

Formalisme ou réalisme, quelle est votre conclusion ? A l'origine, le Karaté était essentiellement un art d'auto défense qui a évolué peu à peu dans deux directions, le Budô et le sport. Aujourd'hui, sans doute pour répondre à un besoin du moment, à une recherche d'authenticité, différents styles de Karaté contact ou de défense sont revenus sur le devant de la scène. Mais en réalité, ce qui est le plus important pour un karatéka, c'est de s'interroger sur sa propre pratique, sur son objectif principal (qui peut évoluer avec le temps et l'expérience) et les moyens mis en œuvre pour l'atteindre. En fait, il n'y a pas véritablement d'antinomie entre le formalisme et le réalisme, le Karaté étant un équilibre subtil entre ces deux notions. Le travail en vue d'atteindre la perfection technique et la recherche d'efficacité contribuent ensemble à l'épanouissement de l'individu. .S. DEVINEAU


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