N°40/ DÉCEMBRE 2010

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Championnats du monde 2010

La Serbie avant Paris

Championnats du monde seniors

Le « girl power » montre le chemin !

Coupes de France kata et espoirs combat

Les jeunes à l'épreuve

État des lieux du karaté mondial

L'ouverture continue

Chantal Jouanno

Une ministre karatéka

Les experts japonais

Les absents ont eu tort !

La ligue du Val-de-Marne

La cinquantaine rayonnante !

École Hâu Quyên

Dans la tradition du roi des Singes

Taï-jitsu

Parole à la (self) défence

Giovanni Tramontini

« Le Karaté, une arme à double tranchant »

Enchaînement goju-ryu

avec Zeneï Oshiro

Toutes les infos en direct

des ligues, des comités départementaux et des clubs.

Le karaté, entre sport et tradition

par Serge Devineau

Lolita Dona

« Je suis impulsive ! »


Dominique Charré Directeur technique National de la FFKama

Dominique Charré
DIRECTEUR TECHNIQUE NATIONAL
DE LA FFKDA

« Présenter une équipe complète »
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L'ouverture continue

État des lieux du karaté mondial
Le karaté s'ouvre au monde d'une façon régulière depuis dix ans. L'entrée dans le troisième millénaire a clairement permis l'éclosion d'un karaté universel. De plus en plus de pays, naguère impuissants à lutter à armes égales avec les grandes nations d'Europe et le Japon, sont désormais compétitifs et prennent des places sur le podium. Pourquoi ? Comment ? Officiel Karaté Magazine a mené l'enquête.

Championnats du monde 2000, à Münich. La France, pour la deuxième fois consécutive, est leader des nations, avec un score sans précédent de seize médailles dont six d'or. Déjà, pourtant, le basculement de la discipline est en cours. La participation est passée de soixante-quinze nations en 1998, à quatre-vingt-quatre cette année-là. Ce mouvement d'évolution ne s'arrêtera plus, avec un pic à quatre-vingt-dix-sept nations à Tokyo en 2008 ! Dès 2002, c'est la répartition des médailles qui évolue dans ce sens : de dix-sept pays médaillés en 2000, on passe à vingt-sept en 2002, avec un pic à vingt-neuf en 2006 à Tampere. De nouveaux acteurs sont sur les rangs, en kata comme en combat. La Russie s'affirme. L'Azerbaïdjan s'étoffe. Venezuela, Pérou, Brésil débarquent sur les tablettes. L'Afrique montre des signes. L'Égypte s'affirme en grand pays du karaté à partir de 2006 et reste aujourd'hui un redoutable concurrent – cette année encore les Égyptiens ont sorti l'équipe masculine française en combat pour la médaille de bronze.
En 2010, si le nombre de pays s'est paradoxalement tassé par rapport à Tokyo, c'est le nombre de pays et d'athlètes très compétitifs qui augmente nettement. Pour la première fois, l'Australie et le Brésil sont en or, et ce n'est pas un accident. Plus significatif encore, la Chine a décidé de s'intéresser au sujet et débarque d'entrée sur la plus haute marche, avec une médaille d'or en combat. La petite histoire du karaté semble épouser la grande histoire d'un monde en évolution rapide. C'est le retour d'un karaté d'affirmation de soi pour ces nations dont la plupart sont en « pleine bourre » au niveau économique et politique dans le grand concert international. Confiance, détermination à représenter son pays, à exalter parfois sa vitalité guerrière – et à déboulonner au passage les idoles du passé – mais aussi « professionnalisation » des modèles, sont les clés pour expliquer cet éclatement de la hiérarchie. « Je ne comprends pas pourquoi c'est moins bon », confesse Pastor Valentin Antonio, l'un des responsables d'une équipe espagnole au bilan réduit à quatre médailles de bronze. « Nous travaillons toujours aussi fort, nous n'avons rien changé ». Mais dans ce contexte de concurrence exacerbée, les nations de l'Europe de l'Ouest ont plus de mal et les fameuses transitions entre les équipes d'expérience et les nouveaux se payent souvent cash. La France a comme les autres – sauf l'Italie, plutôt en progression – marqué le pas sur cette décennie, descendant sous les dix médailles et les trois médailles d'or depuis 2006. L'organisation des championnats du monde 2012 sera l'occasion de retrouver des couleurs (bleu, blanc, rouge évidemment) plus éclatantes. Mais les adversaires du modèle français, si longtemps dominant, l'obligeront à se dépasser.



JAPON | LA FORCE DE LA TRADITION Malgré l'évolution générale, le Japon est parvenu sur cette première décennie du millénaire à rester trois fois sur cinq en tête des nations. L'entraîneur national Ko Hayashi, champion du monde et ancien rival de Thierry Masci, explique les raisons de cette régularité au meilleur niveau.
« Si nous n'avons que 80 000 licenciés, intéressés par les compétitions cadets-juniors, nous avons aussi beaucoup d'anciens qui alimentent en qualité les clubs, les universités. Chez nous, il y a des clubs dès le collège et les jeunes peuvent travailler tôt avec intensité, même si cette génération n'aime pas beaucoup ça ! Dans notre système, les jeunes doivent choisir des activités sportives ou culturelles et s'y consacrer avec assiduité jusqu'à l'université s'ils y vont. Les clubs universitaires, dans lesquels l'entraînement est quotidien, alimentent l'équipe nationale dont les athlètes se réunissent environ une fois par mois pendant trois jours.
Notre force en kata vient de petits clubs spécialisés de bon niveau. Pour le combat, si le karaté mondial a beaucoup innové, nous sommes restés sur nos principes fondamentaux. Nos entraînements privilégient les bases (kihon). Ensuite nous travaillons la distance de combat (ma-ai), enfin la vitesse, puis l'anticipation. Nous n'avons jamais changé ce modèle. Chez nous, le karaté reste un art martial. Ces dernières années, nous avons renforcé cet aspect de notre philosophie de base de la discipline : "Simple, mais dur", ce qui nous donne beaucoup de force mentale. »

AZERBAÏDJAN | L'ESPRIT GUERRIER ! Rafael Aghayev, le meilleur karatéka du monde, et désormais quatre fois champion du monde, n'est plus seul. Une forte équipe l'entoure, qu'il a emmenée jusqu'en finale de la compétition par équipes. Le lutin infernal de l'Azerbaïdjan nous donne les secrets de la force de son pays.
« Si nous sommes forts, c'est pour des raisons historiques et politiques. Nous sommes un pays de guerre et le combat fait partie de notre histoire, et de notre vie quotidienne. Nous avons ça dans le cœur et dans la tête. J'ai la chance de pouvoir m'entraîner comme un professionnel, tous les jours, dans notre centre de Bakou, grâce à notre Président Ilham Aliev qui aime beaucoup le karaté et nous aide énormément. »

SERBIE | UN SPORT PRIVILÉGIÉ Souriante et épanouie, Snezana Pantic – mieux connue sous son nom de jeune fille, Peric, avec lequel elle fut championne du monde avant d'épouser un footballeur professionnel – nous explique les raisons qui ont permis à la Serbie de devenir la première nation du karaté en 2010.
« Nous avons bénéficié d'une très bonne génération qui a bien travaillé en prévision de l'organisation de ces championnats du monde chez nous. À Tokyo, nos combattants étaient encore trop jeunes. Cette fois, en pleine maturité, ils se sont hissés en finale par équipes masculines. Nous avons toujours eu un bon système, mais nous avons travaillé avec encore plus d'intensité, notamment avec la France car c'est important de se frotter aux meilleures nations. En Serbie, le karaté a un statut fort parce que nous sommes bons depuis longtemps et donc bien considérés et aidés. Nous sommes forts dans les sports collectifs, mais il n'y a pas tant de sports individuels où nous sommes aussi performants qu'en karaté. C'est le succès qui entraîne le succès. Chez nous, un médaillé olympique sera salarié à vie. En karaté, une médaille mondiale t'assure quatre ans d'un très bon salaire. On a quelques clubs qui tournent bien et rassemblent les meilleurs et les réunions de l'équipe nationale sont très fréquentes. »

ÉGYPTE | UNE ORGANISATION RIGOUREUSE Absente du karaté du XXe siècle, l'Égypte a conquis ses galons de nation forte en trois championnats du monde. Didactique, le Vice-Président Khaled Gad Elmola, nous dévoile le socle de cette conquête mondiale. Un système puissant et organisé.
« Le karaté est très apprécié en Égypte et nous avons donc beaucoup de combattants dans tout le pays. Il y a vingt zones dans la République. Nous sélectionnons quatre combattants dans chaque catégorie issus de ces zones et nous les mettons à l'entraînement avec l'équipe nationale. Ils partent à l'étranger, notamment dans la ligue italienne, mais nous allons aussi en Écosse, en Turquie… L'Égypte est un pays riche. On en choisit ensuite deux, puis un. Ils sont entourés d'une équipe professionnelle, avec notamment un préparateur physique, un suivi médical, nous sommes très attentifs à ce qui se fait ailleurs. Les athlètes sélectionnés s'entraînent toute la journée avec un statut d'athlète de haut niveau, mais ils sont remis constamment en concurrence. L'argent ne manque pas dans notre karaté. Les clubs ont beaucoup de licenciés. Quant à la fédération, elle finance le haut niveau, grâce aux licences et aux passages de grade. L'État nous donne aussi un demi-million de livres égyptiennes (environ 60 000 euros) par camp d'entraînement. Enfin, il y a aussi des soutiens régionaux… et les parents ! Le karaté offre beaucoup d'opportunités de travail. Il y a la Police et le Ministère de l'Intérieur, les écoles. Le karaté est partout. »

ITALIE | LA MARCHE EN AVANT DES CARABINIERI L'Italie ne subit pas l'usure que connaissent les autres pays de l'Europe de l'Ouest, au contraire. Elle est passée pendant cette décennie au-devant de la scène, prenant son premier leadership mondial en 2006, consécration qu'elle était à deux doigts de rééditer cette année. Il s'en est fallu d'une finale perdue. Les raisons ? L'ancien champion du monde Davide Benetello, désormais « politique » comme il se présente lui-même, les connaît bien.
« Il y a plusieurs facteurs à notre réussite actuelle. Le plus important d'entre eux : tous nos athlètes sont militaires. C'est la force de notre système. C'est un état d'esprit et une discipline, c'est bien sûr un statut social qui leur permet non seulement de s'entraîner tous les jours, mais aussi d'avoir une situation, une carrière possible après le sport. La seconde raison, c'est la qualité de notre DTN, Luigi Aschieri, un homme d'expérience, toujours à l'affût de ce qui va nous faire avancer. C'est lui qui nous a permis de construire ce karaté "clean" et technique et a monté une génération forte. Nous sommes aujourd'hui devant les Français, mais pour demain, on ne peut rien dire. La France est dans une période de transition, nous avons plus d'assurance. Il leur faudra encore quelques années pour trouver un nouvel équilibre. »

CHINE | UN PARI SUR L'OLYMPISME Accompagnée de son coach Guan Juanmin, Hong Li a fait forte impression. Elle apporte à la Chine son premier titre mondial ! Un nouveau concurrent dans la place qui pourrait bien faire rapidement de l'ombre à tous les autres. D'où viennent-ils ? Hong Li nous l'explique.
« De Shanghai où nous avons un centre d'entraînement. Nous faisons du karaté depuis trois ans. Nous venons tous du kung-fu wushu. Le karaté est très beau. Notre coach a beaucoup analysé ce qui se faisait, en particulier en France et nous avons appris ! Nous vivons dans le centre et nous n'avons pas de problème de financement, qui est assuré par le gouvernement. La raison ? Le karaté pourrait devenir sport olympique. »

VIETNAM | UN STATUT PRO Mademoiselle Hoang Ngan Nguyen, championne du monde en titre en kata, était venue pour le doublé en individuel, mais aussi une victoire par équipes. Tout s'est effondré à cause d'une blessure grave au genou contractée à l'échauffement. Deux médailles d'argent tout de même… Une réussite qui ne tient pas seulement à un engagement personnel, mais aussi du gouvernement.
« Je me considère comme une professionnelle. Comme mes camarades, et comme d'ailleurs tous les meilleurs athlètes vietnamiens dans les autres sports, nous recevons de l'argent du gouvernement pour nous entraîner. Je m'entraîne tous les jours au Japon, à Tokyo, où je fais aussi des études de sport. »

BRÉSIL | UN GÉANT QUI S'ÉVEILLE Premier champion du monde masculin de l'ère moderne pour le Brésil (en -60 kg) depuis Luiz Tasuke Wataabe en 1972, Douglas Brose a épaté tout le monde par son karaté spectaculaire. 5-1 sur le Français Lopez, 8-2 sur l'Espagnol Gomez, 4-2 sur l'Italien Giulani en finale, les nations phares l'ont vu passer. Un météore ? Plutôt un astre montant, signe de la prospérité nouvelle d'un géant économique.
« Traditionnellement, la fédération ne fait à peu près rien pour nous. Nous souffrons toujours du même handicap, la taille du pays. Nous ne pouvons pas nous réunir régulièrement. C'est pourquoi, même s'il y a pas mal de compétitions, le niveau n'est pas très élevé parce que notre élite est trop éclatée. Mais pour la première fois, le Comité Olympique a payé nos billets d'avion. Quant à moi, grâce à mes bons résultats de ces deux dernières années, j'ai la chance d'avoir obtenu une aide importante de ma région qui me permet de vivre totalement cette expérience. Je peux voyager régulièrement en Europe et en Asie et c'est en me frottant aux meilleurs que j'ai atteint le niveau de la médaille d'or. »

VÉNÉZUELA | L'ARGENT DE L'ÉTAT Deux champions du monde de kata, Antonio Diaz, vainqueur du grand Valdesi, et Yohanna Sanchez, qui gagne par forfait devant la Vietnamienne, permettent à ce pays de se classer devant la France. Un leurre ? Pas si sûr, nous explique Antonio Diaz.
« Notre système est fondé sur les clubs. Le gouvernement donne de l'argent à notre fédération avec un cahier des charges clair et un calendrier précis de nos besoins. Je peux ainsi partir au Japon avec un programme, sans problème d'argent. Je suis un professionnel du karaté et nous sommes de plus en plus nombreux à bénéficier de soutiens financiers nouveaux. »

AUSTRALIE | LE CONTRE-EXEMPLE Kristina Mah, 27 ans, est devenue championne du monde en battant Lolita Dona en finale des -61 kg. Pour cette étudiante brillante qui parle un français parfait, rien n'a changé. Pas de moyens, peu de partenaires, la débrouille pour seul système. Elle est la preuve que l'or mondial est encore, avant tout, une histoire de désir. Un secret que lui a donné, dit-elle, une certaine Laurence Fischer. Découverte.
« J'ai débuté à huit ans dans un club de Sydney, le Miyagi Kan, avec Georges Barounis, qui est toujours là à mes côtés aujourd'hui. J'ai progressé jusqu'à l'obtention d'une sélection pour mes premiers championnats du monde en 2004, au Mexique. J'y ai été battue par les deux Françaises, Nathalie Leroy en -60 kg et Patricia Chereau en Open. C'est peut-être un peu pour ça que je suis venue pour un échange universitaire l'année suivante à l'École Normale Supérieure de Cachan ! C'était mon deuxième séjour, car j'étais venue un mois après le lycée. Cette fois, je suis restée sept mois et j'en ai profité pour m'entraîner au SIK, avec lequel je suis devenue championne de France par équipes. Sans doute que j'avais décidé de ne plus perdre contre des Françaises ! J'ai rencontré certains de vos experts, comme Serge Chouraqui et aussi Gilles Cherdieu qui montait un club à Colombes où j'allais aussi faire un tour. J'ai fait aussi des stages en Belgique avec J. Lefevre. De cette époque, je garde d'excellents souvenirs et la trace d'une conversation, pourtant anodine, dans le métro parisien. Je demandais à Laurence Fischer comment on devenait championne du monde et elle m'avait répondu : "C'est juste une question d'envie". Cette phrase m'est toujours restée en tête. À Sydney, je m'entraîne cinq à six fois dans la semaine entre les cours collectifs et les cours particuliers avec mon prof. Je suis étudiante en multimédia informatique-physique pour encore quelques petites semaines ! Nous n'avons aucune aide fédérale, ni nationale, ni régionale. Entre Sydney et Perth, il y a six heures d'avion, alors nous ne nous voyons guère qu'une fois par an. On pourrait aller en Asie, mais nous ne le faisons pas. Pour faire les tournois en Europe et les stages (comme mon prof est Gréco – Australien, j'ai pu aller m'entraîner une semaine en Grèce), il faut que je me débrouille. Je donne des stages, je fais beaucoup de cours particuliers aux familles dans mon club. Au fond, je crois que cela m'aide, parce que quand je monte sur le tapis en compétition, je ne suis pas toute seule. À Belgrade, j'avais le sentiment que beaucoup de monde était derrière moi. Maintenant ? Je vais profiter d'un bon été dans l'Hémisphère Sud. Je suis sur un programme de recherche, mais je vais chercher du boulot dans les mois qui viennent. Et puis je vais continuer à essayer de décrocher de grands titres. Je suis dans la meilleure forme de ma vie, pourquoi arrêter ? » .TEXTES : E. CHARLOT / IMAGES : D. BOULANGER


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