N°40/ DÉCEMBRE 2010

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Championnats du monde 2010

La Serbie avant Paris

Championnats du monde seniors

Le « girl power » montre le chemin !

Coupes de France kata et espoirs combat

Les jeunes à l'épreuve

État des lieux du karaté mondial

L'ouverture continue

Chantal Jouanno

Une ministre karatéka

Les experts japonais

Les absents ont eu tort !

La ligue du Val-de-Marne

La cinquantaine rayonnante !

École Hâu Quyên

Dans la tradition du roi des Singes

Taï-jitsu

Parole à la (self) défence

Giovanni Tramontini

« Le Karaté, une arme à double tranchant »

Enchaînement goju-ryu

avec Zeneï Oshiro

Toutes les infos en direct

des ligues, des comités départementaux et des clubs.

Le karaté, entre sport et tradition

par Serge Devineau

Lolita Dona

« Je suis impulsive ! »


EN VIDÉO

Serbie 2010, entrez dans l'ambiance !


Dominique Charré Directeur technique National de la FFKama

Thierry Masci
DIRECTEUR DES ÉQUIPES DE FRANCE

«Le bilan… »
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Le « girl power »
montre le chemin !

Championnats du monde à Belgrade (Serbie), 27-31 octobre 2010
À Belgrade, la France signe un bilan très contrasté : le kata au creux de la vague, les garçons décevants, mais des féminines au top classent la France cinquième nation, troisième au nombre de médailles.

QUATRE FINALES SUR SIX POSSIBLES ET UN TITRE EN ÉQUIPE EMPORTÉ AVEC AUTORITÉ Les combattantes féminines françaises ont taillé la route à un niveau qui faisait plaisir à voir. Ce coup de filet collectif est, de plus, réussi par des jeunes femmes, Tiffany Fanjat mise à part, qui n'étaient encore jamais parvenues à ce niveau – et pour certaines, comme les médaillées Nadège Ait-Ibrahim et Betty Aquilina - qui faisaient leur premier championnat du monde en individuels. Un bilan collectif qui montre qu'une page de transition est tournée depuis les Mecheri, Leroy et autre Fischer. Une réussite qui restera la face lumineuse, pour la France, de ce vingtième rendez-vous mondial et qui rassure pour l'avenir. Avec un tel résultat, la France, habituellement capable de ramener des médailles dans tous les secteurs, pouvait prétendre retrouver le leadership mondial. Malheureusement, une fois n'est pas coutume, le kata français revient bredouille pour la première fois, lui qui avait ramené trois médailles depuis 2004 (et n'était rentré que deux fois sans médaille d'or depuis… 1994). Quant aux combattants masculins, si pour sa première sortie mondiale, Johann Lopes (7e), a donné une belle image, seul Ludovic Cacheux atteint le podium. Impeccable, exemplaire… mais seul. En 2006 et 2008, les combattants avaient ramené deux médailles, trois en 2004, cinq en 2002, huit en 2000… Malgré les signes encourageants montrés par ce groupe renouvelé, encore jeune et toujours en construction, il s'est brisé sur le mur des championnats du monde, comme s'il refusait de sauter l'obstacle. En individuels comme en équipes, les garçons n'ont pas osé. Une lourde déception par le résultat, mais aussi par le comportement. Dans ces conditions, les cinq médailles dont une d'or et la cinquième place de la France, en deçà des sept médailles dont deux d'or de Tokyo 2008, sont un moindre mal… Il reste deux ans pour se remettre en selle et s'inspirer de la posture mentale et de la belle réussite des féminines. La transition entre la génération des Biamonti, Baldé, Baillon n'a toujours pas eu lieu. Rendez-vous à Paris.


MERCREDI 27 | Le coup du scorpion ! Kata : les techniciens lancent le bal. Trois tours nets pour Minh Dack jusqu'au choc Valdesi. Pas de chance, le Français se retrouve toujours dans le tableau du triple champion du monde. Tout en puissance et en art de faire durer les temps lents, le maestro italien prend les cinq drapeaux. Le déclin annoncé, ce n'est pas encore pour aujourd'hui. « Minh était sans doute meilleur sur le plan technique » relativise Yves Bardreau. Kata : Sandy Scordo dans un troisième tour décisif sur la jeune Japonaise Usami, championne du monde juniors 2007. On jurerait que son « kanku-sho » vaut largement le « kosokun dai » adverse. Elle ne lui prend que deux drapeaux. Pire que tout, la Japonaise tombe ensuite dans le piège d'une autre « shito » toute en élégance, mais avec plus d'autorité et de présence qu'elle, la Vietnamienne Hoang Ngan N'guyen, deux fois finaliste et championne du monde en titre. Un tirage au sort cruel pour une Française vraiment dans le coup. Dynamite Ludo is back ! Le doyen de l'équipe de France, déjà en pré-retraite, est concentré et perforant en -84 kg. Le Néerlandais Petersen prend un 6-2 au passage, dans un combat choc. Hélas, en quart, le combat part mal sur le Turc Y. Karamollaoglu. Une attaque trop courte bien remisée par le Turc et c'est la course impossible derrière un combattant devenu intouchable. Ludo Cacheux va trouver les ressources pour revenir un peu plus tard, net et tranchant face à un Allemand, prendre sa chance d'une médaille. Nadège Aït-Ibrahimen finale des +68 kg ! L'Égyptien Mohamed (+84 kg) sort l'Italien Maniscalco d'un mawashi applaudi par le Transalpin lui même. Il en plantera d'autres au Russe Tebuev, pour un 8-0 sans appel en demi-finale. Cela restera le combat du championnat : en -75 kg, le triple champion du monde Aghyev est mené à quelques secondes de la fin par le Japonais K. Matsuhisa qui vient de le distancer par un incroyable coup de pied, le coup du scorpion ! Sasori Geri. Une ruade précise qui touche le petit diable Azéri derrière la tête. Aghayev revient immédiatement avec une projection de hanche. La salle est debout. Il laissera le Japonais à trois points en prolongation.

Les autres Français :
I. Gary (+84 kg) perd 1-2 au 3e tour face à D. Hrachou (BLR).
K. Grillon (-75 kg) perd 0-1 au 1er tour face à D. Vandeschrick (BEL).
T. Fanjat (-68 kg) perd 1-0 au 3e tour face à H. Abdelrahman (EGY).


JEUDI 28 | La prima Dona étincelle ! C'est l'évidence en -61kg : la brune Lolita Dona est dans un excellent jour. Tonique et engagée comme elle sait l'être, elle est aussi précise et contrôlée. « Pas de stress, chaque fois que tu es touchée, tu en remets une derrière », la rassure Yann Baillon, entraîneur sur la chaise. C'est vrai. Elle passe facilement à travers la Suissesse Schwab, médaillée mondiale, la combattante de Malaisie, celle de l'Argentine, et deux championnes en titre en quart et en demie, la Russe Sobol – battue dans les dix dernières secondes –, et la quadruple championne du monde elle-même, l'Américaine Fonseca Au, un peu perdue devant tant de mobilité. Quel tableau ! Les filles donnent le ton. Alors que les supporters français digèrent l'échec de William Rolle (-67 kg) et la domination du Brésilien Brose, futur champion du monde, sur Johann Lopes (-60 kg) par un 5-1 douloureux, Betty Aquilina (-50 kg) avance. Dans la douleur… mais elle avance ! 2-1 sur une Slovène, puis 1-0 sur une Bulgare, puis une décision (unanime) sur une Kazakhe, et encore 1-0 sur l'Américaine Wolfe. Elle donne une seconde finale à la France avec un dernier 1-0, contre la Russe Ponomareva, médaillée européenne et mondiale. Sans vista, mais solide en défense, en progrès depuis ses derniers championnats d'Europe. En kata par équipes, les trios français commencent de façon encourageante avec un 5-0 des filles sur l'Egypte et un 4-1 au deuxième tour des garçons sur les Turcs, mais la sanction est rude : un seul drapeau pour les Françaises contre les « shito » vietnamiennes et aucun pour les garçons contre les champions italiens.

Les autres Français :
A. Calizingoue (-55 kg) perd 1-5 au 3e tour contre J. Kovacevic (CRO)
W. Rolle (-67 kg) perd 0-1 au 4e tour (dont un « kiken gachi » du Tunisien au 3e) face à S.Salem Saad (EGY).


VENDREDI 29 | Les filles… et les Serbes Le jour des équipes ! Les garçons seront-ils bons ? Malguy ouvre par un 4-0 sur les Slovaques, bien relayé par Nadir Benaissa, qui touche à six secondes de la fin (1-0) et par Ibrahim Gary contre le vieillissant Farmadin (2-1). Mais les Bosniaques, tous taillés sur le gabarit de Florian Malguy, marquent la différence. Agressifs et confiants, ils bousculent durement des Français timorés. Kenji Grillon encaisse un 2-6, Ibrahim Gary reste figé à 0-1. Florian Malguy ne fait pas mieux que 0-0 et Freddy Ichane que 1-1. La messe est dite.
Les filles soufflent le chaud. Ruth Soufflet plante un 5-1 contre la première Marocaine, et c’est Alexandra Recchia qui termine par un 4-1 assuré, après un nul de Fanjat. La Bulgarie ne résiste pas à Ruth Soufflet encore, et à Lolita Dona. 8-0 à elles deux. La partie est plus serrée contre d’excellentes Tunisiennes. Lolita Dona est d’abord menée 0-3 avant un mawashi déterminant à la dernière seconde ! Ruth Soufflet fait match nul elle aussi, mais Alexandra Recchia termine en beauté par un 3-1 plein d’autorité. Fanjat se réveille en ouvreuse contre la Croatie (3-1), et Lolita Dona termine ensuite par un 3-2 serré. Et les redoutables Turques ne pourront pas faire mieux, battues 2-0 par Fanjat et Recchia, qui gagne d’un point sur la double championne d’Europe Celik. Une finale de plus pour la France, toujours par les féminines !
Repêchés, les garçons vont-ils sauver leur journée ? Les Argentins sont consentants. Mathieu Cossou, en ouvreur convaincant, plante un mawashi d’entrée, avant de s’arrêter (3-1). Jean-Christophe Taumotekava fait match nul (1-1), mais Florian Malguy tout en puissance, relance au pied par un 6-0 sur un combattant trop léger pour lui. Le match nul de Freddy Ichane (0-0) assure la victoire. Les Mexicains ne résistent guère. Mathieu Cossou vainqueur (2-1), est bien relayé par Freddy Ichane (1-0) et Florian Malguy, 8-0 cette fois sur un autre petit gabarit. Les Néerlandais impressionnent sur le papier, mais malgré Petersen qui tient le nul au troisième combat face à Malguy, ils ne sont pas là. 1-0 de Cossou et de Grillon sur les deux premiers combats. Nadir Benaissa ferme le tout par un 4-0. Les voici en place de trois. Ouf ! Les Serbes déménagent tout, jusqu’en finale.

SAMEDI 30 | Cacheux toujours là Les phases finales commencent fort par un grand combat pour le bronze entre l'Espagnol Gomez (-60 kg), mené 8-2 par le Colombien Redon, avant de gagner 11-10 avec un balayage sublime et un mawashi à deux secondes de la fin ! Un spectacle qui restera malheureusement assez isolé. Betty Aquilina (-50 kg) mène à quelques secondes de la fin, mais se fait reprendre par la Chinoise Hong Li qui gagne finalement de deux drapeaux. De l'or pour la Chine, une grande première, hélas. Douglas Santos Brose le Brésilien est impressionnant avec ses jambes en finale des -60 kg comme il l'avait été en demie contre l'Espagnol Gomez, battu 8-2. L'Italien Giuliani est dominé par 4-2. France, Espagne, Italie… C'est l'Amérique du Sud qui passe en revue toute l'Europe du Nord. Lolita Dona (-61 kg) s'enferre sur Kristina Mah (AUS). Moins précise, moins lucide, elle cède 0-1. Une défaite frustrante et une grande victoire pour Mah. Surprise en finale des kata, les Japonaises bénéficient du forfait des Vietnamiennes. Ludo Cacheux (-84 kg) en majesté : en marquant d'entrée contre l'Algérien Guiri, le « vétéran » de l'équipe de France élimine le doute et l'emporte par 5-2. Le grand Aghayev (-75 kg) touche lui aussi d'entrée par un mawashi sur l'Italien Busa et emporte son quatrième titre individuel. Chapeau bas.

Les autres Français :
Les trios kata masculin et féminin perdent 0-5 face aux Espagnols.
Les « shito » ne nous réussissent pas.


DIMANCHE 31 | Les filles sauvent la France ! Deux médailles à prendre en combat par équipes, dont le bronze pour les garçons contre de dangereux Égyptiens. Mais Florian Malguy n'assume pas le rôle d'ouvreur contre le rapide M. Mohamed, qui le bat 3-0 d'un mawashi, son arme maîtresse. Kenji Grillon redonne de l'espoir avec une victoire difficile par 3-1. Hélas, la flamme retombe vite avec un échec sans révolte d'Ibrahim Gary (0-1). La pression est trop forte pour Mathieu Cossou. Un peu perdu, il est écarté 0-2, et la France avec, par un T. Abdelroot, éclatant d'assurance. Un contraste qui ajoute à la déception. L'Azerbaïdjan d'Aghayev ne fait pas douter le « cinq » gaillard serbe. Seul le champion du monde sauvera un point. Un titre mondial, chez eux, qui ne doit rien au hasard. Attention à cette équipe jeune dans deux ans à Paris. Il reste une chance au kata français de sauver une médaille de bronze. Minh Dack la joue à fond et séduit le public connaisseur avec un original « Matsumara Bassai » auquel il donne beaucoup d'intensité et de majesté. Le Japonais Oki, sans faute, parvient tout de même à l'emporter d'un drapeau… Le Français était au niveau du podium. Kata féminin : émouvante, la Vietnamienne Nguyen monte sur le tatami pour saluer. La béquille qui la soutient explique au public pourquoi elle renonce à une deuxième chance de médaille d'or en deux jours. Elle s'est blessée au genou dans un entraînement. Un premier titre individuel en kata pour le Venezuela ! Kata masculin : le second ne doit rien à personne et frappe comme un coup de tonnerre : quatre fois médaillé de suite aux championnats du monde, et finaliste l'année dernière contre le grand Valdesi, Antonio Diaz triomphe cette fois du triple champion du monde transalpin. Le maître italien shotokan est à égalité avec le regretté Mickaël Milon avec quatre finales et trois titres mondiaux. Stop ou encore pour Luca Valdesi ? L'équipe de France féminine combat tient son destin, et accessoirement le classement final de la France, entre ses mains. Les terribles Espagnoles, triple championnes en titre, sont traditionnellement emmenées par la multiple médaillée européenne et mondiale Feo Gomez. Dans le secret de la salle d'échauffement, l'entraîneur Louis Lacoste a convaincu tout le monde que Ruth Soufflet pouvait ouvrir contre elle et l'emporter. Coaching parfait ! Déterminée, elle inflige un 7-4 déjà décisif au point fort des Espagnoles ! Mais le doute s'introduit par la défaite de Lolita Dona (1-3). Tiffany Fanjat, déçue en individuel, va-t-elle être forte en équipe ? C'est oui ! Un premier point, puis un mawashi la mettent à distance. La France retrouve le titre mondial en kumite par équipes féminines, pour la première fois depuis 2000. Un joli point d'orgue. .TEXTES : E. CHARLOT / IMAGES : D. BOULANGER

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