N°40/ DÉCEMBRE 2010

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Championnats du monde 2010

La Serbie avant Paris

Championnats du monde seniors

Le « girl power » montre le chemin !

Coupes de France kata et espoirs combat

Les jeunes à l'épreuve

État des lieux du karaté mondial

L'ouverture continue

Chantal Jouanno

Une ministre karatéka

Les experts japonais

Les absents ont eu tort !

La ligue du Val-de-Marne

La cinquantaine rayonnante !

École Hâu Quyên

Dans la tradition du roi des Singes

Taï-jitsu

Parole à la (self) défence

Giovanni Tramontini

« Le Karaté, une arme à double tranchant »

Enchaînement goju-ryu

avec Zeneï Oshiro

Toutes les infos en direct

des ligues, des comités départementaux et des clubs.

Le karaté, entre sport et tradition

par Serge Devineau

Lolita Dona

« Je suis impulsive ! »


Gilles Truong en bref…

Né en 1966 au Sud-Vietnam. Gilles Truong fit ses études primaires à l'école Française « Colette » à Saïgon. Il a dix ans quand sa famille est rapatriée en France après la chute de Saïgon. En 1984, il obtient sa ceinture noire 1er Dang à la FFVVD, première Fédération officielle des AMV en France et s'installe trois ans plus tard à Lognes pour fonder son premier club de Viet Vo Dao, avant de s'installer à Colomiers, près de Toulouse, en 2007, créant ainsi le 10e club de l'école Hâu Quyên qui en compte désormais onze. Il est le chef de file de la deuxième génération, CN 5e Dang FFKDA des Arts Martiaux Traditionnels Vietnamiens. Parallèlement à sa pratique, Gilles Truong est diplômé d'un DESS de Gestion à Paris 1 Panthéon-Sorbonne, il est Contrôleur de gestion dans l'Aéronautique à Toulouse.


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Dans la tradition
du roi des Singes

École Hâu Quyên
L'école Hâu Quyên de Gilles Truong est née dans les cours d'un temple bouddhiste au Vietnam et se réclamait d'une origine « égale du Ciel »… avec le plus brillant des maîtres, le légendaire expert Sun Wukong, le roi des Singes. Respect de l'autre, tradition, humilité dominent les prouesses physiques et les démonstrations de force.

10 ANS À SAÏGON Je suis né à Saïgon où j'ai vécu jusqu'à mes dix ans, avant sa chute et le départ de notre famille en France. Les parents étant occupés, les enfants étaient très libres pour se déplacer. La rue, à Saïgon, c'est là où tout se passe. On y joue, on y vend de tout, on y fait la cuisine. Le coiffeur y tient son échoppe. Quand j'y suis retourné trente ans plus tard, c'est ce parfum, les senteurs, qui ont frappé mes narines et ma mémoire, et qui ont ramené les souvenirs. Avec mon frère Alain, d'un an plus vieux que moi, nous étions déjà passionnés par les Arts Martiaux. Au Vietnam aussi c'était l'époque Bruce Lee. Alors on appelait dans les salles de Vo pour regarder les pratiquants de Thieu Lam. Nous n'avions pas le droit de nous joindre à eux, trop jeunes, et désargentés… Aujourd'hui, mon frère est lui aussi pratiquant, du même grade que moi.

EN FRANCE, UN MATIN D'AVRIL À la chute de Saïgon, la famille est encore restée un an, mais cela devenait très difficile, il n'y avait pas de travail, et nous devions déménager tout le temps. La famille a finalement pu être rapatriée en France. Nous avions eu la chance inouïe de suivre des études dans une de ces écoles françaises que l'on trouvait alors beaucoup dans le Sud-Vietnam. Elles étaient tenues par l'administration française et dispensaient un enseignement académique adapté à de jeunes Vietnamiens. C'était une immersion dans la culture française, alors que nous ne savions pas encore que nous vivrions là-bas. Notre arrivée au Bourget fut un moment heureux. C'était un petit matin d'avril et nous découvrions le froid pour la première fois. Avec mon frère, on faisait de la buée avec la bouche comme si on fumait. Nous n'avions plus peur, nous n'entendions plus de cris, ni de bruits de tir, nous savions qu'on allait pouvoir poser les valises.

DES DÉBUTS AVEC SAFY MOHAMED Une fois notre scolarité stabilisée, nous nous sommes mis en quête d'un enseignement. Nous étions en 1979 et les clubs étaient peu nombreux. C'est à Fontenay que nous avons découvert Safy Mohamed (aujourd'hui 6e dang), un jeune professeur qui nous a rapidement pris en charge, pour les cours, mais aussi les déplacements en province, les stages étant hors de nos modestes moyens à ce moment-là. Nous avons par la suite aidé au club, dans une relation traditionnelle de maître à disciple.
La salle d'entraînement d'alors était exigüe et donnait directement sur la rue, avec pour seule séparation une porte en verre trempée ; d'où une humidité et un froid glacial durant les entraînements en hiver ! Chaque chute provoquait un nuage de poussière, qui montait depuis les vieux tapis en paille jusqu'au plafond. C'était dur, déroutant, mais motivant. Ce fut aussi une source de repères dans cet exil, de trouver un compatriote qui parlait couramment vietnamien et avait fait le même chemin que nous, plus tôt.

MAÎTRE TRAN VAN UT Le professeur de mon professeur est le maître initial de l'école. Vivant dans une région proche de Saïgon dans sa jeunesse, il eut la chance d'être pris en charge par un moine d'un temple bouddhiste non loin de chez lui. Ce moine se chargea de lui donner une éducation, mais il lui appris aussi les arts martiaux. Par la suite, Tran Van Ut vint en France pour étudier à haut niveau les sciences physiques et la chimie – il eut même comme camarade d'étude le futur prix Nobel Georges Charpak ! Il réunit quelques élèves autour de lui pour pratiquer son art. Il avait appris à la dure. Son enseignement était du même ordre. Il avait coutume de dire : « Avant de courir, il faut savoir marcher ». Et il proposait une longue période de travail seul visant à forger le corps, la fermeté des appuis, des membres. Endurance et endurcissement. Après sa retraite, et jusqu'à sa mort, nous avons gardé son héritage vivant en le faisant venir régulièrement dans nos clubs.

LA TRADITION DANS UN ESPRIT D'OUVERTURE Il est essentiel que notre pratique s'ouvre à tous. Experts et maîtres ne dispensaient jadis leur enseignement qu'aux adultes jeunes et assez déterminés pour supporter un enseignement « traditionnel ». L'École Hâu Quyên vise, selon notre idéal, le juste milieu. Notre pratique est d'abord sportive loin de toute mystique. Il s'agit d'abord de s'épanouir dans une activité physique. Ensuite, par nos origines, que nous offrons de découvrir au pratiquant, il y a une transmission de valeur. Le respect dû aux anciens et toute la culture de notre pays. Nous devons étendre cette proposition au plus grand nombre. Les adultes, qui doivent pouvoir commencer à 50 ans s'ils le souhaitent, et bien sûr les enfants. C'est parce que cela me tient à cœur que je m'investis dans la Commission Enfant à la fédération. Je voudrais arriver à proposer autre chose que des compétitions aux plus jeunes – qui représentent 40% de nos effectifs — et même des stages avec des hauts gradés. Les jeunes ont besoin d'un exemple fort pour aiguiser leur motivation. Cela va demander à ces hauts gradés de s'adapter à un jeune public et c'est peut-être cela le plus compliqué !

UN SINGE MAGIQUE AU SERVICE DE LA PURETÉ Hâu Quyên signifie « technique du singe » (hâu : singe et quyên, technique). Contrairement à ce que l'on pourrait penser, cela n'a pas de rapport avec une technique animalière. Comme en France, les noms des rues portent au Vietnam le nom de grands généraux et autres personnages historiques… mais aussi des personnages de nos légendes qui sont aussi vivants dans nos esprits que les autres. Le singe est un animal très important pour les Vietnamiens et Sun Wukong, personnage central du fameux roman « Voyage en Occident », le roi Singe, est extrêmement populaire. Très fort en arts martiaux, débordant d'énergie et de malice, il a renversé le royaume du ciel. L'ayant maîtrisé, un pèlerin lui propose de racheter ses fautes passées en l'accompagnant dans sa quête des livres sacrés du Bouddhisme. La vivacité du corps et de l'esprit du singe, sa magie, se mettent au service de la pureté et de la sainteté du moine.

HISTORIQUE ET ORGANISATION DE L'ÉCOLE HÂU QUYÊN L'institut Hâu Quyên fut officialisé en France en même temps que la première Fédération Européenne d'Arts Martiaux Vietnamiens dans les années 80. Mais, dès les années 50, maître Trân Van Ut, en collaboration directe avec d'autres maîtres d'arts martiaux vietnamiens, dont maître Nguyen Trung Hoa, commença à transmettre ses techniques martiales, quai d'Anjou à Paris au VÕ (Arts Martiaux) ĐA (Đông Á, Extrême Orient) Club, pour promouvoir la pratique traditionnelle du Võ, dans la capitale. La couleur de l'école est le jaune, rappelant les tenues des moines dans les pagodes : elle est portée au niveau des Đai (ceintures) des Võ Sinh (pratiquants). Le Hâu Quyên est un style linéaire à la recherche du juste milieu, « Trung Dung Ðao ». Les techniques les plus utilisées sont celles des membres supérieurs, avec des projections et des frappes à courte distance. Les positions sont stables et bien ancrées. Il possède huit Quyên, qui ne forment en fait qu'un seul et même enchaînement, allant du travail externe pour les premiers vers un travail interne pour les derniers. Cependant, l'école continue de travailler les Quyên traditionnels des diverses fédérations vietnamiennes et autres écoles, comme le Tu Tru Quyên (les 4 piliers), le Ngoc Trang (le bol de jade), le Thuan Nghich (les deux pôles). Les moines du temple étant pacifistes, le Hâu Quyên ne possède pas de Bai Vu Khi (enchaînements avec armes) à proprement parler. Cependant, afin de parfaire sa technique, l'école travaille essentiellement les techniques traditionnelles de bâton (Côn). Dans cet enseignement, le bâton doit être perçu comme la continuité du bras. Depuis l'ouverture du club de Fontenay sous Bois en 1976, une dizaine de clubs ont été créés à travers la France : Lognes, Torcy, Charenton, Noisy-le-Grand, Boissy Saint-Léger pour la région Parisienne, Fillinges pour la Haute-Savoie, Colomiers, Blagnac pour la région Midi-Pyrénées, puis sont venus les rejoindre récemment, les clubs de Montaigut sur Save et de Montauban. En plus de trente ans, plus de quatre-vingts ceintures noires de l'école ont été formées à travers ces différents clubs. Nos champions de France en titre sont Jérémy Tran (double champion de France deux années consécutives dans 2 disciplines), Peachararh Karunna, Magali, Nicolas et Guillaume Tcha, Christopher Boistuaud, notamment depuis la validation officielle de ces titres au niveau des AMV. Sans oublier les autres médaillés nationaux comme Truc-Anh Huynh, Julia Fillias, Karine Bergeret et François Codine de Toulouse. .E.C.

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